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Publié le 21 Février 2016

Nous pourrions penser que l’imagination est une chose acquise. Telle personne en possède, telle autre personne en est dépourvue ; nous voudrions pouvoir penser comme cela par c’est facile, simple et ça déculpabilise ceux qui n’en n’ont pas de ne pas en avoir. L’imagination pourrait donc être une forme de fatalité. En réalité je ne sais pas ce qu’il en est de l’imagination. Je suis un écrivain, j’ai la prétention d’être créatif, et pourtant je suis incapable de dire ce qu’est l’imagination. Je ne sais même pas si j’en possède, ni en qualité ni en quantité.

Comme tout le monde mon esprit a ses lubies ; dans l’imaginaire j’ai des zones de conforts. Je n’en ai pas qu’une seule, je n’en ai pas mille et aucune n’est réellement fixe. Mais je sais qu’il y a des thèmes, des sujets, des détails à l’intérieur de thème, des variations au sein des sujets, sur lesquels mon imaginaire vient et revient.  Je peux dire cela, mais cela ne dit pas l’imagination.

Je me dire mes lubies comme d’autres diraient leurs névroses. J’y vais parce que c’est agréable et parce que c’est facile. Et si je me demande si cela est bien de l’imagination c’est que je n’invente rien, je n’innove pas. J’envoie mon esprit sur un détail et je le laisse broder. J’envoie mon esprit là où il est bien et je le laisse rejouer encore et encore les mêmes choses, tous les soirs par exemple, toutes les nuits d’insomnies, durant tout mes trajets en voiture, je ressasse le même concept, de la même manière, avec mon  unique outil, celui qu’est mon esprit.

Dit ainsi ça semble stérile et vain, mais vu de l’intérieur, je sais qu’émergent des nuances, des brèches et que je vois cela comme de l’imagination. Mais ai-je raison ?

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Rédigé par Monsieur C

Publié dans #écrire, #Réflexion

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Publié le 26 Janvier 2016

J’ai l’impression que c’était hier le temps où l’on s’offusquait en direct dans la boite à télévision que nos smartphones à pomme, riches de leurs intelligences, stockaient nos données de déplacement grâce à leurs GPS et enregistraient les commandes vocales dictées à Siri par des consommateurs que l’on soupçonnait d’être plus con qu’acteur de leurs existences. Aujourd’hui j’ai la sensation que ce frisson de peur et de postures outrées que l’on prenait encore hier n’est qu’un lointain souvenir erroné, une invention de mon imagination devenue instable.

Hier nous hurlions de peur que Big Brother puisse ancrer ses velléités de surveillance voyeuriste sur notre société et sur nos si précieux et utiles téléphones intelligent ; nous faisions encore semblant d’avoir peur du big data de ce grand frère si pressant qu’il pouvait sembler incestueux.

Pourtant hier, et les jours d’avant, j’ai découverts par hasard en essayant de retirer l’habillage Star Wars avec lequel j’avais décoré Google ce que Google conservait de moi ; c'est-à-dire tout. Si le big data avait été une notion un peu abstraite j’aurai été mis nez à nez avec son corps. Un corps concret et gras alimenté de toutes mes recherches, tous mes déplacements, les vidéos que j’ai vues, les commandes vocales enregistrées et restituées, mes achats, tout ce qui a pu passer par l’entremise d’un logiciel Google était là, bien ordonné, rangé, organisé et disponible juste pour moi, c’est ce qu’ils me disent.

Le big data ça amuse les gens un peu comme le croque mitaine, si tu n’es pas sage un jour le big data viendra croquer toutes les données que tu laisses sur internet pour les manger, les digérer et sûrement les chier en des données utiles à quelqu’un. Mais quand on se rend compte que le croque mitaine est là, même plus à sa porte, mais dans son salon j’avoue que ça fout une claque.

Merci Google, maintenant je sais tout de moi, je n’ai même plus à avoir de souvenir de où j’étais ni ce que je suis allé y faire, tu es là pour ça, tu es là pour moi, souvient moi l’été dernier Google.

Il est là le vieux gros data en papier à la papa

Il est là le vieux gros data en papier à la papa

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Rédigé par Ceci est un blog

Publié dans #Je est un Blog, #Chronique chaotidienne, #Réflexion, #big data

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Publié le 24 Janvier 2016

Ma pensée est un flot, tumultueux cela va de soi et globalement continu ; discontinu dans l’assiduité mais continu dans la production, le bruit, brouhaha cérébrale et grésillement de pensées, ma cervelle vit dans un caisson de résonnance d’acouphènes créatifs et de bribes. Un maelstrom idiot, une énergie dispersée en vain mais en permanence, comme l’énergie des océans que les vagues et les marées dispersent en vain quand l’homme peine à en rentabiliser un fragment. Justement, dans ma métaphore maritime je suis l’homme, cet homme que je suis c’est l’homme générique qui cherche à rendre rentable en énergie partageable la décharge énergétique générée par les flots fluctuants en continu dans les océans.

Il est cherche, je suis chercheur, il est rationnel et moi croyant, qu’importe c’est moi qu’invente ma métaphore, je la conduit donc comme je veux.

Je pensais tout à l’heure sur les toilettes à des générateurs, pas d’énergies mais de contraintes ; je voudrais être capable de me créer des générateurs de narrations, d’inspirations et d’idées. Est-ce que j’en saurai moins un écrivain si au lieu d’écrire une histoire j’écris la méthode avec laquelle du hasard pourrait construire des histoires à partir des briques que je pourrais créer ? Est-ce que l’écrivain, architecte suprême de son écriture a le droit retirer son chapeau, son étiquette, se soustraire à son titre d’architecte pour devenir qu’un modeste ouvrier créant des briques ? Je le crois, à condition d’avoir laissé à quelqu’un  la méthode, la marche à suivre pour construire des maisons et des histoires. Tout ceci existant déjà je me demande pourquoi je me demande si je suis légitime à me fondre dans ce moule.

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Publié dans #écrire, #Réflexion

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Publié le 8 Janvier 2016

Imaginons une situation plutôt banale dans un jeu de rôle, deux personnages joueurs pénètrent ensemble dans un temple aux dimensions gigantesques. Ce sont deux guerriers humains, un homme et une femme réputés pour leurs prouesses athlétiques. Une fois qu’ils ont suffisamment avancé dans l’interminable vestibule de ce temps ils décident de retirer leurs équipements pour folâtrer, à l’intérieur de ce temps ils se sentent à l’abri des regards indiscrets, enfin bref. La guerrière accroche son épée sur un statut et cela déclenche un piège mortel. Le maître de jeu annonce que dans 10 secondes des pics empoisonnés vont sortir des murs et empaler les personnages s’ils ne sont pas sortis de là et bien évidemment pour les besoins de l’exemple l’entrée du temple se trouve à 100 mètres. Ni une ni deux les personnages décident de courir vers la sortie.

 

Les joueurs lancent leurs dés et là, hasard des exemples encore, les deux joueurs obtiennent deux réussites critiques, qu’importe le système ils obtiennent la meilleure réussite améliorée possible. Comme ce sont deux humains aux caractéristiques athlétiques très développées et que nous sommes dans un jeu où le système différentie les caractéristiques des hommes et des femmes, le maître de jeu décide de prendre les records mondiaux pour étalon. Résultat le guerrier arrive en moins de dix seconde à la sortie et il quitte le temple indemne tandis que la guerrière ne parvient pas à atteindre la sortie à temps et elle se fait embrocher à quelques mètres de la sortie. D’accord, ça pourrait amener quelque chose de dramatique ou d’épique à la scène, mais mourir sur une réussite critique c’est idiot quand même. En plus si on imagine que les deux personnages n’avaient fait qu’une réussite « normale » on suppose qu’ils seraient morts tous les deux parce qu’aucun n’aurai couru assez vite.

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Publié dans #jdr, #jeux de rôle, #Réflexion

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Publié le 23 Décembre 2015

Je ne suis pas la machine, mais la machine me traduit. Elle est parfois trop littérale cette machine. Pourtant virgule souvent elle me surprend elle anticipe elle corrige elle envisage mais surtout elle écoute. Plus précisément elle apprend à m'écouter elle apprend ma langue ce qui pour elle signifie qu’elle apprend ma voix, et bientôt si je continue à parler à son oreille la machine saura qui je suis, la machine sera ce que je suis point.

Je dialogue autant avec la machine qu'avec moi même, j'apprends moi aussi à l'anticiper j'apprends à comprendre ce qu'elle comprend de moi-même et ce n'est pas une chose aisée de parler à la machine. Pourtant sur des phrases, sur des phrases que je regarde être écrites sans moi je suis surpris que cela se passe sous mes yeux, par ma bouche juste entre ma bouche et l'écran de la machine.

Peut-être que la prose qui s'écrit est une prose de robot, peut-être est-ce moi le robot, peut-être que la machine est un bon robot et que moi-même je suis un robot. Marcher dans le futur c'est peut-être cela, peut-être que marcher dans le futur c'est marcher avec sa bouche, peut-être que marcher dans le futur c'est marcher sans ses mains, c'est marcher sans regarder où l'on pose la bouche, c'est une marche sur un fil qui a disparu.

Et si actuellement mes mots sont saccadés, c'est que pour le moment ma prose est handicapée d'être aussi peu inspirée, et je dois comprendre que je ne suis pas prêts pour ce futur, alors faut-il que je me considère comme un homme du passé incapable de faire face à ce qui est l'oracle de ce futur, la machine qui se tient devant moi dans ma main est presque dans ma bouche pour traduire ce qu'il y a dans ma tête ?

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Publié dans #écrire, #Réflexion, #futur, #SF

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Publié le 16 Décembre 2015

Dieu s'il aime le sport sait bien à quel point j'aime le handball. C'est un sport qui m'a fait connaître des émotions folles comme seul lui a pu le faire, j'ai vibré, crié, j'ai communié, je me suis roulé parterre emporté par la joie,bref ça ne doit faire aucun doutes que depuis quinze ans j'aime ce sport comme un spectacle épique, lieu d'exaltation et héritier de l'antique tragédie des grecques.

 

Ce soir il y a le hand star game, itération française et handballiqtique du all star game de la sacro-sainte NBA machine à spectacle. Ce soir je regarde ce hand star game parce que j'aime le handball, un peu aussi parce que c'est c'est ma petite soeur qui est derrière le show ce soir, c'est dire si je peux manquer d'objectivité. Et j'admets que le spectacle est beau, sa roule plutôt bien, le terrain est joli et le jeu semble bien s'amuser.

 

Mais si je fais du hand star game le sujet de mon article du soir ce n'est pour ça, oui j'aime le handball, j'apprécie le spectacle du soir, mais il faut reconnaître une chose, ce soir il y a un perdant et le perdant c'est le charisme. Cette célébration du handball à la sauce France fait très bien son job mais elle ne peut pas combler un vide dont elle n'est pas responsable, le manque cruel de gueules, d'icônes, d’idoles pour incarner la grandeur du phénomène handball en France. Nous n'avons pas une seule figure qui soit à la hauteur du palmarès de notre handball champion de tous les championnats mondiaux, européens et olympiques. Et ne me parlez pas de Nicolas Karabatic cet anti héros anti charismatique. Des joueurs beaux à voir jouer nous en avons, blessés ou non, sur le terrain ont trouve des joueurs à aimer. Mais il n'y a plus de personnages à aimer, de personnages qui portent nos passions par delà les terrains.


J'aime le handball très fort, mais charisme tu me manques.

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Publié dans #Réflexion, #Sport

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Publié le 7 Décembre 2015

J’avais envie de parler des élections. Je voulais poser ma bouse moi aussi et me faire éditorialiste politique. Oui je le voulais. Ce matin encore dans la voiture je brouillonnais mes phrases, j’assignais à mes analyses des valeurs pamphlétaires et ça sonnait bien. Mas voilà, j’ai commencé à écrire et c’était aussi moche que les analyses politiques du soir et des comptoirs que je conchie. Je ne suis pas militant frontiste, même pas votant et encore moins sympathisant. Je suis donc plutôt déçu du résultat.

Et c’est là que le bas blesse. Je ne suis pas déçu d’un vote démocratique. La démocratie a parlé et je ne peux que respect une expression démocratique. Si je suis déçu ce n’est pas des scores du Front National, ce sont par les scores de la gauche dissipée et dispersé parce que je suis plutôt sympathisant de ce bord. Je suis surtout mal à l’aise devant l’éternel front républicain qu’il faudrait lever contre l’autre front, celui qui se dit national. En appeler à un front républicain pour contrer une idéologie je vois cela comme l’échec d’une pensée démocratique. J’ai la chance d’être dans une région où la gauche se maintiendra au second tour, elle perdra peut-être mais je pourrais voter. Pas voter contre, mais voter pour.

Si vous n’acceptez pas que la démocratie parle les mots du Front National alors proposez moi une révolution, une refonte du système pour éliminer les pensées qu ne vous conviennent pas. Elles ne me conviennent pas plus mais je veux ne pas avoir à voter contre elles, je veux pouvoir voter pour des idées, des valeurs auxquelles je crois. Cessons de cristalliser les consciences sur le Front National, son expression est démocratique, travaillons plutôt a réinsuffler dans notre société un sens de l’idée, de la réflexion, de la valeur et de l’esprit critique. Parce que si je ne veux pas voter contre le Front National je veux pouvoir voter pour des idées qui par leurs essences devraient supplanter celles des frontistes. Je n’ai pas envie de taper sur les sympathisants du front, je méprise et je conchie la plèbe qui se vautre dans la satisfaction de son inculture assez souvent et depuis assez longtemps pour ne pas éprouver le besoin de le faire ce soir pour panser ma conscience.

Non, je veux une réflexion d’avenir, constructive et idéologique. Mais s’il fallait stigmatiser un problème je ne choisirai pas le Front National mais bel et bien la bêtise crasse et la phobie de la réflexion qui innervent notre société.

Merde, je l’avais dis, même après un deuxième jet, même après une nouvelle approche mon édito est aussi con et pathétique que ceux qui m’exaspèrent. Désolé.  

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Publié dans #Réflexion, #Je est un Blog

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Publié le 19 Novembre 2015

Nous sommes en guerre.

Sommes-nous en guerre ?

Est-ce qu’il y a une frontière entre faire la guerre et être en guerre ?

Nous sommes en guerre contre Daesh mais qui est ce nous ?

Où est cette guerre ; dans les avions, dans le ciel, en terre étrangère ?

La guerre, la France en guerre, ça sent le livre d’histoire. Par extension je voudrais penser que ça sent aussi la poudre, le métal brûlant, la terre, la sueur et le sang. Il y a dans mon esprit une part déterminer à supposer la guerre avec une forme, une odeur, un temps ; une ambiance. Quand j’ai entend notre président dire que nous étions en guerre cela à fait sens pour cette part de mon esprit qui savait ce qu’était la guerre. J’étais d’accord sur le fait d’entrer en guerre, je le suis toujours. C’est radical, outrancier et pathétique mais c’est comme je le pense un passage obligé vers une période plus propice à la sérénité. Oui, je pense tout cela et pourtant je suis déboussolé devant cette guerre qui ne se donne pas.

Nous sommes en guerre et que dois-je faire ? Je vois, j’entends, ceux qui retournent vivre en terrasse, qui boivent, mangent, sortent et je comprends que pour ceux qui ont eux peur, pour ceux qui ont étaient frappés par les attaques du vendredi 13 ça soit nécessaire de faire cela. Même si c’est trivial c’est pour eux une façon de remonter à cheval après en être tombé. Mais je ne parviens pas à voir dans ces gestes de vie une portée politique, idéologique, ni même un acte de guerre et encore moins de résistance tout simplement parce que je ne parviens pas à me convaincre que les attaques de Daesh avaient pour but de vider les terrasses, les restaurants et les salles de concerts. On peut le penser, on peut le croire, mais on peut aussi en douter et c’est mon cas. S’il y a une guerre à mener j’ai un doute quand au fait qu’elle se fera avec vos verres, votre musique et vos terrasses, ni même avec vos vies. Et je ne compte pas manquer de respect à ceux qui vivent en disant cela. Ce n’est là que le point départ de mes interrogations.

Nous sommes en guerre.

Je suis en guerre.

Alors que faire ? Quelles sont mes armes ? Quels sont mes fronts, mes terrains de guerre ? Je ne sais pas manier les armes, je ne sais que créer. Alors faut-il que je crée en guerre, que je crée ma guerre, faut-il que je parte en guerre avec ma bite et mon couteau, mon sexe et mon stylo ? Mon avenir de citoyen est-il de brandir des étendards contre Daesh ? Est-ce que l’on va mener une guerre d’idées ? De valeurs ? Je suis là, seul avec mes mots, loin des fronts, des avions, des porte-avions des bombes et des morts et je fais quoi ? Quel est mon devoir de citoyen ? Quel est mon devoir de créatif ? Je me sens comme hanté par une guerre qui n’est pas là, pas sur notre sol parce que je refuse de créditer les attentats passés et futurs comme des actes de guerre, je refuse de donner à Daesh autre chose que ce qu’ils sont, pas un état, pas une nation, juste une secte apocalyptique avec d’horribles desseins. Je ne peux donc pas considérer leurs agissements comment une guerre. Alors que faire de cette guerre qui n’en est pas une ? Que dois-je faire ?

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Publié dans #Je est un Blog, #Réflexion, #attentat, #écrire, #guerre

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Publié le 17 Novembre 2015

Je voulais une aube mais c'est un crépuscule. Mais voyez cela comme une aube, un renouveau.

Je voulais une aube mais c'est un crépuscule. Mais voyez cela comme une aube, un renouveau.

Il y a un après. Il y a toujours un après. Il y a toujours un après. Pas une suite, un après. Nous sommes déjà après. En fait nous étions déjà après ce vendredi 13 novembre 2015. Nous étions après les attentats de janvier 2015, nous vivions déjà dans le monde d’après et nous y sommes encore. Il y a dix mois nous devenions Charlie, c’était nos jours d’après, les gens devenaient aussi des mégaphones, des bannières, des éditorialistes, nous étions tous Charlie mais nous étions tous aussi des voix à faire entendre pêle-mêle l’émotion, la peur, la compassion, la colère, la fraternité, les amalgames, la haine, l’unité, la liberté d’expression, les lieux communs, les préjugés, nous étions tous Charlie, tous éditorialistes, tous d’une seule voix dans le monde d’après.

 

Aujourd’hui nous sommes après l’après. Déjà. De fait, contraints d’y être par la violence des attentats commis par Daesh. Poussé dans l’après après par les violences commis en notre sol. Cela peut sembler dérisoire comme précision mais tel est le cas. Bien sûr nous avons retenu certaines choses des attentats du 7 janvier. Enfin c’est l’impression que j’ai. J’ai la sensation qu’il y a un peu plus de retenue dans les médias, un peu plus de dignité, un peu plus de retenue dans les réseaux sociaux, un peu plus de dignité aussi. La nuance est mince, la variation des réactions face à une attaque à l’autre est dérisoire mais perceptible. Et je fais l’hypothèse positive que ces variations de comportement sont des choses que nous avons apprises des attentats de janvier. Mais il est possible que je me trompe, que ce qui me semble être de la retenue ne soit qu’une forme de lassitude, déjà, ou une forme d’habitude, déjà. A moins que la foule et la société soient comme moi, frappées de sidération.

 

Je me rappelle qu’en janvier, après les attentats j’ai connu deux émotions violentes mais distinctes ; la peur et la colère provoquées par le coup porté à la liberté d’expression et de l’autre côté de mon hémisphère l’indignation devant les réactions outrageuses de nombreuses personnes. Mais c’était dans le monde d’avant, j’étais un homme d’avant. Aujourd’hui je suis cet homme d’après. La peur et la colère sont moindre, sidéré bien sûr que je le suis, mais si j’ai moins de peur et de colère c’est peut-être aussi que je n’étais pas dupe de la violence du monde, du danger de Daesh. L’état islamique n’est pas devenu plus dangereux ou plus odieux parce qu’il frappe la France. Il ne nous a pas attendu pour faire démonstration de sa monstruosité, Syrie, Irak, Tunisie, Égypte, Liban et puis la France et sûrement d’autres pays et peuples que j’oublie de citer. Je suis un homme en colère oui, pas plus qu’avant ce triste vendredi 13.

 

Mon indignation devant les outrages de réactions maladroites, violentes, réactionnaires, hors de propos, elle aussi s’est amoindrie. Vous pourriez théoriser que je suis devenu plus tolérant, mais j’en doute. Je crois surtout que les réactions sont moins outrageuses, les gens font moins de politique, manient moins de concepts et font moins entendre leurs voix hors de leurs zones de légitimité. Je délimite la zone de légitimité de chacun à l’expression de son expérience et de son ressenti subjectif. Comme la première fois les réseaux numériques se sont faits des outils importants pour façonner le temps d’après. Ce temps d’après qui s’écrit dans l’instant présent. Nous étions Charlie, l’unité, la disparition de soi, de l’autre, des ego, de la diversité socio-culturelle dans le grand moule de Charlie. C’était le temps d’avant. Cette fois les réseaux numériques ont été là pour exprimer l’inverse, la multiplicité des individualités. Il n’y a pas eu moins de solidarité ni moins d’empathie. Mais au temps où les gens étaient tous Charlie, s’est substitué le temps où chacun était homme, femme, individu, derrière chaque #PortesOuvertes il y avait une personne, un nom, une adresse, tous différents, tous unis dans un même élan mais tous uniques. Cette nuit là je regardais le fil d’actualité des réseaux avec une acuité particulière. Cette nuit là les avatars, les comptes, les profils sont devenus des individus. Il y avait les #PortesOuvertes bien sûr mais rapidement il y a eu les avis de recherches. Tout se passait là, sous nos yeux, dans un temps bien trop rapide pour les médias traditionnels. Dans le temps de l’immédiateté.

 

Très vite il y a eu des noms, des visages, de personnes dont d’autres personnes n’avaient pas de nouvelles. Anodin comme un tweet, mais terrifiant comme une brique d’un réel vacillant. Avant nous étions Charlie, très vite, trop vite, tous identique, même avatar, même slogan, le monde parlait d’une seule voix. Après nous étions des femmes et des hommes, des noms, des adresses et des histoires vraies. Les noms et les adresses des #PortesOuvertes, les avis de recherches, les noms de ces personnes qui cherchaient où passer la nuit, un lieu pour survivre à l’horreur et puis il y a eu les avis de décès. Tout ça au temps de l’immédiateté, nous sommes passés au temps d’après.

 

Nous avions, j’ai envie de dire appris, dans le temps de Charlie à se ranger sous une bannière, unique, dans un slogan, unique. J’ai regardé cette nuit là les gens se chercher une bannière, se chercher un slogan. Et globalement cela a échoué, pas d’affiche unique, pas de slogan d’une même voix. Et je continuais de penser que nous entrions dans le monde d’après par la porte de la sidération. Je regarde les autres, je les vois dans leurs émotions et je perçois, j’imagine, je suppose leurs doubles peines. Parce qu’il y a eu les morts, les proches qui rendent un dernier souffle et que l’on va raconter, il y a la douleur et la peur en réaction. Et puis il y a l’après. Et depuis mon cas, je regarde les autres et je me demande si la double peine, la peine par-dessus la peine ce n’est pas le meurtre des illusions et d’une forme d’une naïveté. Parce qu’aujourd’hui le peuple d’après se réveille dans un monde où ils sont comme les autres, potentielles victimes anonymes et gratuites d’un mal grandissant. Ce n’est pas nouveau, mais peut-être qu’il aura fallu que cette société soient frappée par deux fois par les attentats pour que cette société réalise qu’elle n’est plus à l’abri de ses illusions et de ses prières. Le monde d’après est froid, cruel, c’est peut-être pour cela que ce même peuple comble ses peurs par toutes ces émotions.

 

Je dis plus haut qu’il y a eu cette fois-ci plus de retenue qu’en janvier. D’une certaine façon je le pense, mais dans un autre regard j’en doute. Il y a eu ces noms, ces personnes, vivantes, mortes, blessées, il y avait au temps du presque direct ce dévoilement cru de la banalité de l’horreur. Chacun dans sa retenue, mais créant dans l’accumulation une forme médiatique ambiguë, nouvelle, troublante, dérangeante. Il y a eu des moments où j’ai pensé que c’était le comble de la vulgarité, le paroxysme de l’impudeur. Et puis j’ai des moments de doutes. Je ne vois pas de mal à donner un visage aux victimes mais je m’interroge sur la temporalité des choses, sur les éloges funèbres qui accompagnaient ces photos de victimes, nommées mais anonymes ; j’aurais voulu savoir qui a choisi de partager leurs photos, qui a écrit leur éloge funèbre, la mort dans un attentat ne fait pas tout le sens. Mais il ressemble à cela le monde d’après. Des noms, des visages, des gens qui disent l’émotion. Dans gens qui disent leurs émotions. Bien sûr ces émotions racontent des vies, des histoires, et on écoute, et on respecte. Au début c’est toujours digne, c’est nécessaire et respectable, 140 caractères limitent de facto l’impudeur. Et puis il y a eu les médias traditionnels qui ont repris la parole des réseaux numériques, plus de place à la douleur, à l’impudeur, aux survivants, à l’émotion. Je ne suis rien ni personne pour réfuter cela. Il est comme cela le monde d’après.

 

J’avoue que je peine à trouver ma place dans ce monde d’après. J’ai toujours cru que je devais être celui qui cherche en lui les pensées et les réflexions et je me retrouve dans ce monde d’après où l’émotion sèche prédomine. En janvier il y avait matière à réfléchir, penser la liberté d’expression, penser le monde. Ce vendredi 13 novembre je ne trouve plus le terrain où penser. Quelle place à la réflexion, à la parole ? Je suis sûr que cela est possible, je suis sûr que certains d’entre vous viendront me dire que la réflexion a sa place ici ou là. Mais je ne parle pas au niveau des individus, je me questionne au niveau de notre nation et de notre société.

 

Il n’y a pas de meilleur moment pour penser le monde que dans un moment d’histoire qui déchire les frontières de sa routine de société. Il y a eu ces attentats à Paris, la violence et les morts et les blessés et tous les traumatisés. Et on a un ennemi à stigmatiser, Daesh ! Et le président de la république l’a dit avec fermeté. Nous sommes en guerre contre Daesh. Et j’ai trouvé cela bien. C’est une bonne chose d’entrer en guerre contre l’ignominie d’une secte millénariste qui voudrait accélérer l’apocalypse, une secte assise sur des barils de pétrole pour financer sa planification du chaos. Je suis pour partir en guerre contre Daesh. Mais une guerre ce n’est pas un jeu, ce n’est pas une posture. Si nous sommes en guerre, alors préparons nous à la guerre, préparons nous à vivre dans une nation en guerre, préparons nous à penser la guerre. Il faut penser la guerre comme il faut penser notre condition, penser aux épreuves qui se profilent, penser à l’après de l’après. Attentat, acte de guerre, entrer en guerre, non, nous ne pouvons plus faire l’économie d’une pensée, d’une réflexion. Alors quand je vois des personnes fières de retourner en terrasse prendre un café, quand j’entends qu’il va falloir beaucoup d’amour pour panser nos blessures je le comprends mais ça m’interroge.

 

Le monde n’a pas changé, mais nous sommes passés dans le monde d’après. Et ce monde, cet après, il faut le vivre d’accord mais il faut le penser. Je continue de croire que c’est notre devoir. L’État désire changer la constitution sur cette intuition qu’il faut changer les choses, et je voudrais que nous entrions dans un monde d’après où le peuple sera capable de penser son monde, ses outils dans un véritable débat national.

 

Ce soir je sors de ma sidération.

 

Merci.

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Publié le 16 Novembre 2015

Ébauche d’un texte naît dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 / novembre 2015 et poursuivi jusqu’à lundi 16 novembre

 

Les télévisons parlent beaucoup et cela rend leurs mots transparents. Elles parlent pour combler le vide que laissent la mort, l’horreur et la peur. Les télévisions parlent et cela me semble vain. Les réseaux sociaux parlent à tord, à raison, en travers par bouffée émotionnelle de quelques caractères. Je me refuse de le faire. J'essaie juste d'entendre mon émotion. J'essaie de percevoir ce que je ressens, vraiment. Il y a cette malsaine pulsion scoptique et l'impression de devoir regarder le déroulement de ces événements comme on regarde l'histoire s'écrire dans le sang et l'horreur, une histoire. Est-ce juste une histoire ?

 

Je ne sais pas ce que je ressens. Je ne sais pas si je ressens quelque chose. Je voulais ne rien dire mais je suis écrivain, c'est un devoir d'écrire. Mais écrire quoi ?

 

Il a quelques semaines je confessais à ma mère que le monde avait eut raison de ma volonté de le comprendre et de produire une réflexion honnête, objective, judicieuse à son sujet. Je me suis senti dériver en dehors du monde, hors de lui et ce soir l'horreur.

 

Qu'écrire ?

Rien.

Ressentir de la tendresse pour les proches parisiennes et parisiens.

Pour le reste je regrette de faire l’insecte nocturne qui se brûle les yeux sur l'écran des chaînes d’info qui dévoilent le décomptent macabre d’une horreur.

 

Tout cela est-il indicible ?

Je ne sais toujours pas ce que je ressens.

C’est peut-être cela la sidération.

 

Il y a eu les Charlies, ensuite il y a eu les migrants, la colère du monde et maintenant il y a l'innommable.

 

Quand il y a eu Charlie j'ai été ému et surtout affecté dans ma chair d'écrivain, de créateur, de penseur. Il y a eu Charlie, j’y voyais un symbole idéologique, je me suis senti affecté sur ce point. Sincèrement, vraiment, je me suis senti frère et coupable. Frère par empathie et coupable de la sensation de ne pas avoir écrit jusqu'au bout, jusqu’assez loin pour être mis en danger moi-même par l'audace et la révolte de ma plume. J'ai été frère, coupable mais j'ai senti aussi la communion, j'étais à fleur de peau, à fleur du monde et j'ai essayé de panser mon coeur en pensant le monde et les attentats avec mon âme. J'ai ardemment essayé en croyant que c'était mon devoir, convaincu que penser le monde et l’horreur de ces événements qui venaient de jaillir dans le réel calmerait les envolées d’un lyrisme émotionnel souvent destructeur qui emportait la foule. Il y a eu un attentat, nous étions tous Charlie et j'ai cru que nous pourrions penser ensemble parce qu'il fallait panser le monde. Je n'étais pas dupe mais j'ai fais en sorte d'y croire. Nous étions Charlie.

 

Plus tard il y a eu les vagues de migrants. Il y a toujours eu des vagues de migrants, il y avait ceux qui mourraient noyés et puis il y a eu ceux qui venaient, ceux que nous devions accueillir, à pieds partout dans l'Europe, ici en France ; nous devions les accueillir et les penser dans un même geste de retard et d’urgence. Mais sous les vagues déferlantes de migration de réfugiés la France réalisait qu'elle n'avait pas de moyens pour penser ce moment, ce mouvement. Il fallait de la pensée, de la culture, de la sagesse, de la philosophie pour penser ce moment et nous n’avions rien de cela. Comme toujours j'ai voulu le penser ce moment, le comprendre, l’appréhender dans sa justesse. J'ai voulu y croire, j'ai cherché de toutes mes forces une pensée pour appréhender l'événement. Mais j'ai échoué. Il n’y a eu que des vagues successives de lieux communs et de paroles moches, préjugés et matières prémâchées formant comme une bouillie intellectuelle, il y avait l’urgence mais l’état, la natation, les individus, les médias, n’arrivaient pas à faire preuve de pensée. C’était pour moi un double spectacle d’horreur. L’horreur des morts échouées et l’horreur du peuple qui ne sait plus rien dire ni penser et qui essaie d’agir dans pensées. Les informations étaient impossibles à trouver, impossibles à entendre, impossible à émettre. Nous étions face au mur de l’impensée. C’était l’échec de la pensée, de ma pensée, déjà ou encore l’échec de Charlie, l’échec de la nation en tant qu’objet culturel. Et moi, dans ce moment j’ai ressenti l’échec de ma pensée. J'ai voulu la sauver, sauver le monde, sauver le sens, mais je n’y suis pas arrivé. C’est de ce moment là que je suis sorti sortir du monde.  

 

Et puis voilà, il y a Paris. Attentats en série. Attentats innommables. Je déteste ce terme mais pourtant c'est le mot juste. Je n'ai pas de mot pour dire. Je n'ai pas de mots pour penser. Je n’ai pas de mots de ressenti. Je regarde la télé tout en suivant les réseaux sociaux, je regarde l’effroi, la terreur, la mort, j’observe et j’ai l’impression que je ne ressens rien. Je me sens froid, encéphalogramme plat. Cet état de sidération est-ce cela la réussite terroriste ou est-ce l’échec de mon esprit ?

 

L'un ou l'autre. Ça sonne comme une fin de ma parole. Une fin de ma pensée.

 

Je voulais ne rien dire. Je ne voulais pas écrire. Je voulais me taire et observer. Pourtant je suis là et j’écris, mais je ne suis pas dupe. En janvier lorsque je prenais la parole c’était pour essayer de penser, de réagir avec une forme de sagesse intellectuelle, en tout cas c’est ce que j’essayais de faire. Aujourd’hui je prends la parole mais je ne parviens qu’à parler de moi. Petit à petit je sors de ma sidération.

 

Nous sommes lundi. Pour marquer mon instant de commémoration j’ai choisi d’écrire pendant une minute.

Je vais écrire pendant une minute pour observer à ma manière du respect et de l'émotion pour les morts, j'aurai du faire taire la télé ça aurai été plus honnête, mais je n'ai plus le temps pour cela. De l'autre côté de ma tête la porte est ouverte sur la nature et le soleil et les oiseaux se foutent de la noirceur des hommes, c'est flagrant à cet instant, c'est curieux, c'est terriblement beau de voir que l'automne finalement il passe comme toujours. Les hommes et les femmes tombent, les autres meurent et l'univers tourne. J'espère que quelques part dans cet univers il y a matière à sauver le monde. Une minute c'est trop court.

Ma minute de silence

Ébauche du texte né dans la nuit de vendredi 13

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Publié dans #Réflexion, #Je est un Blog, #attentat, #Sidération

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