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Publié le 19 Septembre 2017

Elle est descendue fauchée dans la rue, les mains le long du corps parce qu’elle n’a prit de veste. Elle porte encore une robe malgré le vent et les feuilles mortes. Elle refuse la venue de l’automne et puis les robes et les jambes nues sans collant c’est plus économique en lessive, en efforts et en achats. De toutes façon de l’argent elle n’en a pas, peu, presque plus. Alors elle déambule en tant que pauvre dans les rues sans visages ni passants. Avec sa robe légère que le vent froisse et malmène on pourrait la prendre pour une aguicheuse qui dévoile plus de peau que de raison aux gens dans la rue. Sauf qu’en cette saison et qu’à cette heure de la journée les rues sont vides ; la plus part des personnes son au travail ou à l’école, alors que les pauvres, les ruinés et les désargentés tuent le temps chez eux en ce shootant avec leur surdose de télé. On ne croise plus que des retraités qui ne s’intéressent plus à sa peau et à sa chair de poule et quelques lycéens qui se rangent chez eux par grappe qui ne l’intéresse plus. Sans un sous elle se demande ce qu’elle fait là. La ville n’appartient plus aux pauvres lorsque le ciel se couvre. Elle échappe aux oisifs ainsi qu’à ceux qui fuient la monnaie comme une peste brune. Les bras ballants mais les poings serrés elle se balade seule comme une feuille roussie tombée de l’arbre puis ballotée par le vent. Dans sa paume droite, au creux de son poing serré il y a quelques pièces de centimes qu’elle a dérobés à la tirelire de sa fille. Elle n’est pas fière et se sent vaine de solder ainsi les trésors accumulés par sa gamine mais elle a l’impression de détenir la clef d’une échappatoire comme les écus abandonnés à Sharon le passeur des âmes. Elle perçoit les battements dans son cœur au fond de ses poings serrés comme s’il y avait là bas une forge pour frapper de névrose les pièces de métal maudit par la monnaie. Elle se dit cela quand une rafale de vent vient renverser sa coiffure dans un chaos idiot et balayer la résurgence de ses superstitions. Elle entre alors dans une boulangerie et dépense d’une seule somme son butin contre l’éphémère plaisir d’une religieuse.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #ébauche, #écrire, #argent

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Publié le 13 Septembre 2017

Du peintre, du musicien, du chorégraphe, de l’écrivain, de l’artiste d’art contemporain, du photographe et de tous les créatifs issus de toutes les sous-catégories que l’on peut dénombrées parmi les niches où se logent les personnes qui s’adonnent à une forme de création je me demande régulièrement qui est le plus libre. Je parle ici d’une liberté dont l’expérience se manifeste au sein de la forme d’expression choisie et non d’une liberté vis-à-vis de l’establishment ou de la société. Et si je me pose cette question c’est que j’ai l’intuition que la voie de l’écriture est une des formes les plus contraignantes parmi celles évoquées.

J’ai conscience que cette perception est très largement faussée du fait que l’écriture est la forme d’expression que je pratique le plus et avec le plus de sérieux et qu’à se titre j’ai certainement bien plus conscience des limites et des contraintes alors qu’à l’inverse je peux facilement fantasmer sur d’autres formes de création. Pourtant je continu de penser que le musicien, le peintre ou le chorégraphe peuvent être plus libres dans leurs gestes créatifs. Il n’y a pas là de jugement de valeur, et surtout pas un regard péjoratif ou négatif sur telle ou telle forme. C’est simplement une manière d’exprimer mon impression qui est qu’à la base du geste créatif, le peintre, le chorégraphe, le musicien peuvent plus facilement que l’écrivain s’adonner à une pratique instinctive. J’ai la sensation que je n’ai pas cette liberté de me mettre devant une feuille et d’aligner des mots comme ça, juste des mots en libertés simplement agencés par une pulsion invisible.

Je sais que c’est idiot de penser cela.

Je sais que je ferai bien de me taire.

Oui je le sais, ce n’est pas beau la jalousie.

C’est encore pire quand la jalousie se fonde sur des préjugés et des idées fausses.

Mais pourtant je vous jalouse.

Et lorsque je m’escrime à poser des mots en vrac, dans un vrac apparent seulement ordonné par un fil invisible c’est contre vous que je le fais.

Contre les peintres et la couleur.

Contre les danseurs et le mouvement.

Contre les musiciens et le son.

Pourquoi cette impression de devoir se coltiner le sens ?

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Réflexion, #écrire

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Publié le 11 Septembre 2017

Je vois passer, assez souvent maintenant, des personnes qui se lancent dans des défis d’écritures. Et pas genre le défis d’écrire une ligne ou une page sans faire de fautes d’orthographe, d’accord ou de ponctuation mais des défis de production, sur la durée, sur des mois et parfois des mois qui forment une année. Ce sont des défis de contenu, pas de courses ou de concours les uns contre les autres, mais des défis que les personnes réalisent contre eux-mêmes à moins que ce soit pour eux-mêmes.  Il est alors question pour ces personnages lettrés et littéraires de se mettre au défi d’une nouvelle par semaine, d’un marathon d’écriture ou de se confronter au regard inquisiteur du compteur de signes quotidiens. Et très sincèrement j’admire ces personnes ; d’une part parce que j’admire les personnes qui écrivent, d’autres part parce que j’admire les personnes qui écrivent sans faire de fautes, et puis surtout parce que j’admire les personnes qui savent s’imposer des contraintes d’écritures.

En plus de huit ans la seule que j’ai su m’imposer c’est de venir ici au moins une fois par jour pour déposer quelques mots. C’était mon défi à moi, celui de l’astreinte à la présence, mais je n’ai jamais soumis cette contrainte quotidienne à une exigence de qualité et officiellement pas non plus à une exigence de quantité même si officieusement je vise à presque toujours dépasser les deux cents mots. Pourquoi deux cents ? Je ne sais pas trop, je crois qu’un jour il y a des années de cela j’avais entendu un autre blogueur me dire que pour que Google s’intéresse à mon contenu, il fallait publier quotidiennement (ce que je faisais) mais il fallait publier plus de 200 mots. C’était peut-être 200 signes, c’était peut-être qu’une connerie ou qu’une légende numérique, mais cela m’avait paru assez crédible pour que je respecte quasiment quotidiennement cette échéance numéraire.

Mais poster 200 mots sans queue ni tête, sans histoire ni vérité, sans qualité ni style, sans début ni fin, ce n’est pas méritant et ce n’est même plus formateur au sens de l’abnégation qui me parait nécessaire à l’écriture. Alors parfois je me dis que je pourrais m’astreindre à mon tour de nouvelles contraintes qui viendraient s’ajouter à celle de publier quotidiennement. Or il n’est pas possible de publier une nouvelle par jour, sauf à être un génie, un robot ou un ordinateur, bref sauf à être une chose que je ne suis pas. Mais à défaut de réussir à rédiger une nouvelle par jour, par semaine ou par mois, je me dis que je pourrais peut-être me confronter à plus facile et à beaucoup plus difficile en même temps : me lancer le défi d’ébaucher un pitch par jour.

Pendant une durée qui resterait à définir je pourrais me pousser à trouver une idée de nouvelle ou de roman par jour et évidemment partager ces idées quotidiennes sur la toile. Bien sûr que je pourrais le faire, je pourrais même le faire avec de mauvaises idées, et je pourrais même le faire si personne le sait ni ne le lit. La seule chose qui pourrait me retenir de le faire, c’est qu’avoir une idée, trouver une idée, construire une idée, inventer une idée c’est certainement pour moi la part la plus difficile de l’écriture. Une fois que j’en tiens une, travailler la matière, écrire, réécrire, re écrire, modeler, étoffer, élaguer, et creuser une idée pour en tirer ce qui me semble le plus intéressant ou à défaut le plus stimulant pour moi c’est plutôt facile. Mais avoir une idée, oser avoir une idée ça me parait toujours très difficile.

Et en même temps, si se confronter à ce défi pourrait être intéressant pour moi c’est justement parce que ça me permettrait de me confronter à ce qui me semble le plus compliqué dans l’écriture : avoir une idée. Alors je ne sais pas si je vais me lancer, ni quand je vais me lancer, mais je songe à cela très sérieusement depuis quelques temps. Je crois que la seule chose qui me manque vraiment c’est de décider d’une bonne date de commencement et de bien définir la durée du défi.

Il n’y a plus qu’à.

Les images qui peuvent illustrer ce genre de propos sont d'une banalité sans nom

Les images qui peuvent illustrer ce genre de propos sont d'une banalité sans nom

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #écrire, #érotisme, #Nouvelles

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Publié le 26 Mai 2017

Dans la lumière du cosmos le rythme des étoiles et comme le rythme du clavier ; elles scintillent avec une irrégularité normale et moi je frappe le clavier avec une irrégularité normative qui témoigne de la profonde solitude des mots qui naissent la poitrine et qui transite directement dans les doigts. Je suis à deux doigts, comme ceux qui se frappent sur le clavier. La musicalité des mots, au sens de musicalité des paroles est une chose, et il est exacte de dire que je passe souvent le clair de mon écriture à l’écouter parler pour déceler les moyens de faire en sorte que cette écriture sonne bien, en tout cas qu’elle sonne mieux que le gruau indistinct qu’elle est lorsqu’elle naît dans l’idiotie crânienne de mon cerveau. Mais parfois ce n’est que le bruit de clavier que j’écoute, le rythme saccadé qui découpe le silence et qui hache tant bien que peu le brouhaha de ma conscience. Parfois je n’espère qu’une seule chose c’est que le clavier puisse faire taire ma pensée.

 

Alors vous comprendrez pourquoi j’appréhende assez mal les personnes qui me laisse entendre ma pensée par le silence de la leur qui devient une caisse de résonance infinie et informelle qu’il est impossible de contrôler et dont je subis alors la dite résonance. Le rythme du clavier n’a pas de sens, il est comme le bruit d’une rivière ou d’une autoroute, c’est un parasite familier qui englobe assez de conscience active pour tenir sous l'éteignoir les cavalcades de la pensée. Et s’accrocher au rythme c’est abandonner une part de sens, c’est privilégier le mot qui vient à celui qu’il faudrait prendre de trouver parce que celui qui est là fera le bon bruit de cliquetis plastifiés sur le clavier. En d’autres termes écrire sans écouter la musique des mots mais se concentrer sur la rythmique de la frappe c’est dénouer d’avec la conscience et embrasser un peu de poésie. C’est paradoxalement embrasser un peu de poésie. De cette poésie abstraite et arbitraire qui n’a de sens que dans le sens du courant de ce fleuve artificiel qui charrie l’angoisse de l’auteur.

 

Le silence est une agression sans filtre. La parole à l’opposé est un filtre permanent parce que la parole est une mise en scène, c’est une double ponction, ponction dans la soupe primitive de la conscience et ponction dans le réel perçu ou ressenti, qui est mise en forme afin d’adopter une forme transmissible. La parole est une mise au moule du sens et du sens commun parce que la parole a toujours la prétention de pouvoir être transmise. Alors nécessairement la parole est un filtre, c’est une superposition de filtre qui protègent, altèrent, nuancent l'insupportable chaos de la conscience. Le silence est l’enfer.

 

Le silence est cet enfer du soi par soi, qui extermine toutes possibilités de filtrage ce qui conduit la pensée à faire fleurir ses fleurs les plus toxiques. Le silence est le terreau toxique d’un enfer vert qui pourrait proliférer sans limites jusqu’à saturer l’espace, épuiser le sol, appauvrir la terre et ne laisser derrière lui que la possibilité d’un désert. Et je ne veux pas de ce désert qui se profil sur l’horizon comme un mauvais mirage ondulant sous mes yeux trop crédules et qui recouvre d’un voile humide ma conscience à la manière des gentlemans qui mettaient leurs mouchoirs sur leurs honneurs bafoués. Ce que je veux c’est le bruit, la fureur et le son des idées qui parlent et se parlent ensemble comme un ensemble de formes et de couleurs sur la toile abstraite de l’air alentour.

 

Cette fin est maudite comme un mauvais roman d'exotisme avec momie et sables mouvants.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #écrire, #Je est un Blog

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Publié le 17 Mai 2017

J’ai tellement de choses à plagier. De toute façon tout à déjà été plagié par tout et tout le monde, vingt-six lettres quelques milliards de vies, le reste est une équation mathématique de la répétition. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout est médiatique. Moi-même je suis le média de ma bouche, elle-même média de mes idées, elles-mêmes médiatrices de ma décadence. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Est-ce de la poésie ? Est-ce que je suis le faussaire d’un autre qui fût un fake qui affirmait qu’il était le beau, le seul et l’unique exemplaire de son espèce ?

Espèce de con. Oui, l’être humain est une espèce de con, un peu plus haut que l’animal et que le végétal sur l’échelle ouverte de la bête et de la reproduction. De toute manière c’est déjà écrit dans la bible, qu’est ce que je disais ? Je ne suis bon qu’à plagier. Le mâle est un plagiat assumé de dieu, c’est l’auteur lui-même qui prétend avoir tout pompé sur lui-même, quand à la femelle elle n’est qu’une copie bâtarde du mâle, une resucée réchauffée par le même auteur sans inspiration. La femelle c’est le plagiat travesti de dieu, et sans extrapoler, où à peine, la femelle est le plagiat des nuits de débauche où dieu se travesti et se bourre la gueule à ne plus finir d’en rire, de s’en rouler parterre à s’en briser les os.

Tout était déjà là avant moi, les mots, les modèles, les hommes de qui s’inspirer pour plaire à ces mêmes femmes qui étaient déjà séduites par ces mêmes ficelles littéraires. Et pour ne pas choquer la bonne conscience des muses et des farfelus qui prétendent connaître l’inspiration et puiser dans le néant la nouveauté prétendue de leurs mots liquéfiés par la hantise d’ignorer leur redondance dans l’ensemble du paysage lettré je vais reformuler la chose. Ceci n’est pas du plagiat, c’est une tradition, un folklore voyez vous bandes de cons. On s’inscrit dans un folklore et on s’inscrit dans une tradition avec complaisance mais confort. D’accord, si toutes cette inspiration mécanique de la reproductibilité des mots d’autrui n’est pas un plagiat mais un hommage qui s’inscrit dans une tradition ancestrale alors peut-être que vos consciences l’acceptent avec plus de déférence, mais moins de dignité.

Je sais bien que je suis comme les roses, vendues à la tonne dans les marchés aux fleurs. Je suis comme ça, récolté sur le terreau puis calibrée et mis sous plastique ou sous le verre de vos écrans. Puis étiqueté. N’allez pas croire que c’est une plainte, c’est un constat assumé et je préfère dignement poursuivre un plagiat qui pourrait me tirer vers le haut si je m’assure de plagier l’inspiration d’auteurs plus haut que moi dans l’estime subjective que j’échafaude du monde, plutôt glisser vers la médiocrité solitaire et imbécile de ceux qu’ignorent qu’ils ne sont que des facsimilés assimilé par le système et la tradition depuis tellement longtemps qu’ils ne sont même plus capables d’envisager qu’il ai pu en être autrement.  

La logique est respectée, je plagie cette illustration sous l'égide d'une autre Brigitte

La logique est respectée, je plagie cette illustration sous l'égide d'une autre Brigitte

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #écrire, #Je est un Blog, #Plagiat

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Publié le 16 Mai 2017

J’éprouve depuis hier le besoin d’écrire une histoire, besoin d’écrire des histoires, besoin de décrire des histoires. Qu’importe la forme de l’expression, écrire est une chose que je fais et que je sais plus ou moins bien faire. Mais lorsque je dis que je sais écrire je parle à l’ultra premier degré. Écrire, réécrire, travailler la langue, retravailler un texte, travailler ma matière brute rédigée jusqu’à ce que ça ressemble à quelque chose que j’aurai le courage et l’honneur de faire lire. Raconter des histoires c’est tout autre chose, pour moi ce n’est pas ça écrire, non ce n’est pas écrire, c’est autre chose. Il n’y a pas de jugement de valeur dans ce que je dis, je ne fais qu’exprimer une nuance qui m’habite.

Et si j’écris tous les jours ou presque, je raconte peu d’histoire.

Les histoires il m’arrive de les branler pour le jeu de rôle. Mais dans ma passion de l’écriture raconter des histoires n’occupe qu’une toute petite part du temps que je consacre ; dix pourcent ou moins même si c’est difficile à jauger.

Depuis hier j’ai envie de raconter des histoires. J’ai envie de retirer ma peau d’aspirant écrivain et d’opter pour une peau, nouvelle et étroite, de raconteur d’histoire. J’ai dans mon esprit tordu l’idée que celui qui utilise les mots pour raconter des histoires est beaucoup plus libre que celui qui utilise les mots pour le plaisir de l’écriture. L’écriture est une astreinte puissante et une contrainte permanente. Écrire c’est affronter la matière malléable littéraire pour la dompter sans rompre son flot et son fluide de félin sauvage. L’auteur est alors un combattant qui pour chaque mot retravaillé lutte sur un front infra mince qui recule mais que l’auteur ne franchi jamais parce que la phrase et le texte et l’histoire et le livre n’abandonnent jamais.

Raconter des histoires, dire des histoires, rédiger des histoires place selon moi l’auteur derrière son histoire, il recule et gagne en liberté et si l’histoire puissante puise dans des ressorts narratifs suffisant l’élan qui lui est nécessaire alors l’auteur peut se permettre d’abandonner le style et les mots au profil de fil de l’histoire.

Longtemps j’ai écris.

Aujourd’hui j’ai envie de raconter des histoires.

Alors j’en lis.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #écrire, #narration, #Je est un autre, #Je est un Blog

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Publié le 2 Mai 2017

Par paresse ou parce que les règles de mon fournisseur d'accès évoluaient, mon compte a été bloqué trois fois pour spam et la troisième fois j'ai été radié d'AOL. J'ai heureusement pu récupérer mes carnets d'adresse avec quelques centaines d'e-mails et je suis allé poursuivre mon jeu ailleurs. Cette fois j'avais divisé et limité mes envoies par paquet de 30 e-mails. Entretenir ce carnet d'adresse était laborieux, trier manuellement, vérifier les doublons, supprimer ceux qui vous bloquent ou disparaissent, annoter certaines adresses pour se rappeler pourquoi telle ou telle personne a un intérêt, etc. Mais jamais cela, vraiment beaucoup. Dès qu'un envoi était parti j'étais excité et stressé en même temps. J’avais peur de ce que les gens percevraient de moi au travers de ce que j’avais écris et j’étais excité de recevoir leurs réactions. Je n'ai jamais eu peur que mon anonymat soit dévoilé, mais pourtant sans lui je crois que je n'aurai pas pu agir ainsi. Je veux dire que je n'aurai pas assumé d'écrire ce que j'écrivais, mes pensées, mes désirs, mes fantasmes, mes idéaux. Mais cela changera lorsque je mettrais cette pratique de côté pour me lancer dans les blogs.

Vers la fin de mon âge d'or de la littérature non sollicité je me souviens que j'avais découverts des sites où l'on pouvait s'échanger des carnets d'adresses entre personne ayant envie de diversifier et amplifier la grandeur de leur carnet d’adresses. Il y avait un classement dans mes briques d’adresses, les favorites que je gardais précieusement pour moi, les chiants dont je pouvais me réjouir de balancer leurs e-mails dans des listes interlopes, et les adresses du tout venant. C'était étrange, un peu interlope, mais c'était excitant. J'avais la sensation ridicule de me tenir au sommet d'un empire.

En écrivant cela, je réalise que si cet âge d'or est un peu mon côté obscure de l'écriture il y a eu comme pour les lettres papier, un passage du côté de la lumière. Pour ma première pratique je vous ai expliqué que durant la terminale j'ai envoyé mes textes aux élèves dans une classe que je n'aimais pas et puis par la suite j'ai poursuis à la fac avec des personnes que j'appréciais, mais dans les deux cas en restant anonymes. Avec les envois groupés de littérature non sollicité je réalise que je peux faire une sorte de dichotomie un peu identique, j'ai commencé et j'ai pratiqué le gros de mon œuvre dans l'anonymat total et avec des e-mails volés à la volée. Et par la suite j'ai eu une pratique de l'envoi de textes groupés mêlant idéologie personnelle, intimité voilée, jeux d'esprits et plaisir du dévoilement avec mon groupe d'ami. C'est venu assez tardivement, nous débarquions sur Facebook, nous étions connectés, mais au lieu de leur écrire sur leurs murs, je préférais leurs envoyer des messages groupés. C'était plaisant mais ça avait un goût d'étrange parce que j'exportais quelques années de pratiques de mailing sauvage et secret dans un cadre familier avec des amis.

Petit à petit j'ai abandonné cette pratique de littérature sauvage non sollicité et j'ai transféré mon plaisir et mon apprentissage de l'écriture vers les blogs. Mais vous devinez que ça fera peut-être l'objet d'un prochain chapitre de ma vie et de comment j'ai apprivoisé l'écriture. Enfin ça sera le cas si quelqu'un est intéressé par ma petite vie et par savoir comment j'ai apprivoisé l'écriture comme une compagne et une amante.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #autofiction, #écrire, #écriture, #egotrip

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Publié le 1 Mai 2017

J'envoyais toujours la même prose rédigée avec une plume qui se rêvait en plume pamphlétaire. Mon but premier c'était de faire réagir, de provoquer des réactions, et donc parfois un peu de provoquer tout court. Mais jamais dans le sale, le gratuit ni le graveleux, j'essayais de développer une rhétorique censée et percutante pour amener des idées « marginales » à être exposée à un public dont je supposais qu'il ne partageait pas ces idées. J’apprenais empiriquement à faire de la rhétorique et c’était gratifiant. J'expérimentais aussi les jeux de séduction, le flirt littéraire de masse, une forme de partouze à sens unique où sous couvert de faux semblant et de traits d'esprits j'évoquais la sexualité. Il faut savoir que c'était une période durant laquelle j’étais encore vierge des femmes (et des hommes, et des animaux et des objets domestiques) et qu'évoquer l'intime de la sexualité dans de la littérature non sollicité n'allait pas de soi. Aujourd'hui je fais de mon impudeur un fond de commerce, en tout cas j'en fais le moteur de ma littérature mais avant ce n'était pas si simple.

Je faisais l'apprentissage du pouvoir qu'offre l'anonymat et malgré cela j'avais encore de la retenue à me dévoiler entièrement, disons que je ne me sentais pas encore assez solide pour avancer mes failles comme des qualités, je préférais les cacher et je voyais mon pucelage comme une faille. J'apprenais donc à inventer la sexualité par les mots. Elles ne le savent pas mais à cette époque, deux filles qui se trouvaient dans ma liste d'écriture non sollicitée m'ont indépendamment l'une de l'autre puisqu'elles ne se connaissaient pas, dit qu'un de mes textes érotiques avait parfaitement su saisir la sexualité et l'orgasme féminins et que ça devait souligner que j’étais un bon amant. La vérité c’est que je n’étais pas un bon amant, mais peut-être un bon écrivain … Ces deux phrases échangées de manières anodine et anonyme ont eu un énorme impacte sur moi car elles m'ont donné de la confiance en moi. Encore ici, la perspective de pouvoir convaincre, être crédible en amant accompli par la force des mots m'a donné le goût de l'écriture, le goût du pouvoir de l'écriture. Peut-être aussi le goût du mensonge, mais je préfère parler du goût de la romance.

Bien sûr certaines des correspondances menées depuis ces envois groupés mais poursuivies dans une forme intime d'échange ont menées à la naissance de sentiments amoureux et de passions virtuelles. Il n'y a jamais eu rien de concret, jamais de passage à l'acte, mais des heures au téléphone et des lettres de papier échangées. Et cette forme aussi m'a appris à apprivoiser la forme écrite. Surtout dans le dévoilement de soi, surtout dans cette utilisation de la confidence et de l'impudeur ces mécaniques qui deviendront plus tard les moteurs d'une écriture que j'aurai plus intellectualisé.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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Publié le 30 Avril 2017

En ce temps là récolter les e-mails sur les tchats c'est facilement parce qu'ils étaient toujours affichés. J'essayais de repérer des personnes qui pouvaient m'intéresser, sexuellement ou intellectuellement, et j'ajoutais leur mail à mon carnet d'adresse. Je ne me souviens pas au départ de combien d'adresse je disposais lorsque j'ai fais mon premier envoie groupé sur ma propre liste, mais cette fois j'ai eu des réactions. J'avais peut-être entre 20 et 50 mails qui n'avaient pas demandé à se trouver dans ma liste et sur cette quantité j'ai eu une majorité de non réponses, puis des messages de personnes qui se demandaient ce qu'elles faisaient dans ma liste et qui me demandaient gentiment de les retirer, puis bien sûr des insultes qui me demandaient de retirer leurs mails et enfin des réactions positives. Mais qu'importe le type de réaction, j'étais en joie dès que je recevais une réponse. Je répondais à toutes les réactions, j'affinais ma liste en supprimant les gens trop chiants et en ajoutant de nouvelles adresses, et évidemment je commençais une réponse plus personnelle aux personnes qui réagissaient positivement. Ces échanges sont devenus pour quelques uns de véritables correspondances qui ont durées des mois ou des années. Pour l'anecdote qui souligne que je n'étais pas encore bien habitué aux usages du virtuel, c'est que tous les mails de réponse que je recevais je les imprimais pour les conserver dans le classeur où je conservais mes lettres manuscrites.

Mais même si je développais des correspondances intimes et personnelles avec certaines personnes ça ne m'empêchait pas de continuer les envois groupés de littérature non sollicité. C'était tellement excitant. Et c'était tellement facile d'ajouter de nouvelles personnes et potentiellement un nouveau lectorat. Je crois que la première fois qu'AOL a bloqué mon compte c'est parce que j'envoyais ma littérature non sollicitée à plus de 900 personnes. Mon carnet d'adresse avait grossi et le fournisseur d'accès considérait que je faisais du spam. Alors que ça ne pouvait pas être le cas puisque je ne savais pas ce qu'était le spam. Après négociation téléphonique, et promesse de réduire, je retrouvais ma connexion et plein de bon sens je scindais mon carnet d'adresse en deux, puis en quatre, puis en huit, histoire d'avoir des envois plus discrets.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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Publié le 29 Avril 2017

Lorsque j’ai connu internet j’ai rapidement appliqué mon goût pour la littérature non sollicitée à ce nouvel outil qu’était internet et cette période, même si elle perdure encore aujourd'hui, a débuté pour moi il y a plus de 15 ans. Je parle de littérature non sollicitée pour parler de ces textes que j'écrivais et que j'envoyais par la Poste à mes camarades de lycée (avec qui je rappelle que je n'étais pas camarade), à mes camarades que fac (avec qui j'étais camarade) ou à mes voisins. J'ai appris le goût de l'écriture en ressentant le besoin d'être lu et de provoquer des réactions. Et lorsque l'on écrit sur une feuille de papier que l'on envoie anonymement à des gens dont on n'est pas forcément proche, le taux de réaction est assez faible.

Ceci étant redit revenons à mes moutons qui est seul et ce mouton c'est moi. Donc revenons à moi. L'ordinateur, l'outil qui m'avait poussé à passer à l'écriture, était intervenu dans ma vie par hasard. Mais quelques années plus tard, j'ai désiré avoir internet. C'était encore un truc pas vraiment connu, pas encore bien répandu, on payait nos connexions à la durée et lorsque l'on était en ligne ça coupait la ligne de téléphone. Bref, c'était un peu archaïque et même si j'avais voulu internet je ne savais pas trop ce que je pouvais en faire. Assez instinctivement je retrouvé sur les sites de tchat pour discuter avec des inconnues, essayer de draguer des filles virtuellement, et forcément aussi trouver du porno et de la musique téléchargée. Je vous rappelle que nous n'avions pas encore le haut débit donc nous étions patients, patients, patients. Je ne convoque pas le porno et la musique piratée juste pour faire de la déco un peu sale et prouver que j'ai toujours été un cochon doublé d'un pervers et d’un voleur, mais c'est que fréquenter ces salons m'a permit de découvrir les listes de diffusions. Si tu rencontrais les bonnes personnes en ligne tu pouvais donner ton e-mail qui se retrouvait dans une liste de diffusion qui faisait des envois réguliers et groupés de porno ou de musique.

En voyant cela j'ai rapidement vu le potentiel que ça offrait à mon principe de littérature non sollicité. Si j'accumulais assez d'adresses je pourrais faire des envois groupés de mes textes. Et c'est ce que j'ai vite commencé à faire. Vu que nous étions dans des listes de diffusions un peu interlopes je me suis permis de faire répondre à tous et d'envoyer un texte. Je ne sais plus du tout la nature du texte, toujours un truc exalté, révolutionnaire, colérique, vaguement poétique et moyennement drôle. C'était une bouteille à la mer, un truc qui n'espérait rien. C'était plutôt un teste et je crois que mon adresse a été presque tout de suite supprimée de la liste de diffusion parce que les gens qui s'y trouvaient s'en moquer de lire un pavé, ils voulaient voir des seins et des chattes. Faut dire que je ne connaissais rien des usages du net, j'expérimentais de manière empirique, j'improvisais et j'ai compris que je devais me faire ma propre base de donnée d'adresse.

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Rédigé par Monsieur Ray

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