Des gilets jaunes et un vase

Publié le par Rémy

Avec leurs gilets jaunes jetés nonchalamment derrière le parebrise qui fait une tâche fluo derrière la vitre comme une vignette d’antan accolée là pour arborer à la vue de tous, automobiles, piétons et forces divines son allégeance à la lutte sociale, les conducteurs conduisent. Ils roulent, empruntent les rues et consument leur carburant comme hier, comme demain, comme avant la crise ou après le choc pétrolier, pour aller travailler, pour aller consommer, pour aller dieu sait où.

Je suis l’un des autres, un automobiliste sans gilet jaune derrière mon parebrise et pour un peu j’aurai presque l’impression de franchir une loi, de transgresser un ordre établit et de faire preuve de défiance en bravant une loi tacite qui n’accorderait qu’aux porteurs de gilets la légitimité sur la route. Je suis étonné par le nombre de ces parebrises accommodés à ce mouvement sans idéologie, ce mouvement sans nom qui se définit par la couleur d’un gilet de sécurité qui par l’ironie du sort a été imposé aux automobilistes par le même gouvernement contre lequel ils vitupèrent.

Pour moi ce mouvement est à l’image de ces gilets exposés en vrac derrières les parebrises des conducteurs citoyens qui soutiennent le mouvement ; froissé, maladroit, made in china, assumé sans l’être, gilet vide que l’on arbore comme un badge touche pas à mon pote sauf que le pote en question on ne sait plus trop qui il est, l’argent, le carburant, le pouvoir d’acheter encore et encore, la survie, la galère ou quoi d’autre ? Derrière ce mouvement, non, derrière les interventions des personnes qui parlent en tant que porteurs de gilets jaunes il y a tout et rien, le ras le bol collectif et individuel, des petits drames personnels, secrets et subjectifs, la pauvreté du quotidien, des élans de révolutions abstraites et absurdes qui ne collent à rien, un arrière-goût de peuple adolescent qui entre en crise contre ses parents sans d’autres bonnes raisons à part que c’est comme ça. Les économistes parlent parfois d’effets de ruissèlement pour expliquer qu’en donnant au plus riches l’argent ruissèle jusqu’aux plus pauvres, alors peut-être que ce mouvement de contestation c’est un mouvement de gouttes d’eaux, à chacun son vase qui déborde, à chacun sa goutte en trop, mais moi j’aime la pluie, je trouve ça beau, c’est poétique la pluie parce que ça ne fait pas de politique.

Je crois que je ne comprends rien à ce mouvement et le plus important c’est surtout que je ne parviens pas à m’y intéresser tant il me paraît être un vase, plein ou vide, mais juste un peu de porcelaine façonnée en creux pour recevoir peut-être un jour des fleurs.

La tristesse

La tristesse

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