Ces textes que je n'ai pas écrits

Publié le par Rémy

Lorsque je vivais à la campagne j’avais un jardin, jardin qui existe toujours. Il y a quelques années, pour la première et seule fois de vie jusqu’à présent, j’ai acheté un transat afin de m’allonger sous le soleil, me retrouver parallèle à la terre et laisser les rayons me recharger d’énergie en regardant le ciel.

En effet je regardais le ciel, les nuages, le bleu, j’observais les quelques oiseaux paresseux qui se laissaient planer au-dessus de moi et ma pensée divaguait doucement tissant petit à petit des bribes d’écriture. C’est donc ainsi en regardant le ciel depuis mon transat que m’est venue cette idée de d’écriture non advenue ; bien que j’ai lancé plusieurs premiers jets avant de l’abandonner. Comme pour tous mes textes avortés j’avais une situation de départ, un contexte, un univers, mais je n’avais pas d’histoire et le texte est mort par manque de narration.

Mais il me reste cette idée de départ, il s’agissait d’un texte d’anticipation dans un futur où tous l’espace viable des terres émergées sur la planète était recouvert de ville. Dans cette ville sans fin, je me focalisais qu’un bâtiment et son créateur, un homme qui avait décidé en secret de faire construire un immeuble aux matériaux polarisant dont il pouvait faire varier les propriétés afin de voir au travers de son immeuble. Il n’y avait rien de révolutionnaire dans cette idée d’un propriétaire voyeur qui portait sur sa construction et ses habitants un regard omniscient comme un enfant regardant avec une curiosité joyeuse et un peu sadique le vivarium où vivent des fourmis. Cette idée du regard omniscient, intrusif et invisible d’un créateur, d’un voyeur, d’un décideur existe depuis longtemps dans ma pensée, parfois comme une peur, parfois comme un désir, parfois comme un moteur créatif. J’aimais l’idée que l’immeuble pouvait faire varier son opacité pour celui qui avait les clefs afin de voir les choses comme elles étaient réellement, c’était visuellement plus impactant qu’un propriétaire voyeur grâce à des caméras cachées et autres trous perdus dans les murs. Grâce à ce procédé qui permettait au propriétaire et à l’auteur de faire varier la structure visible de l’immeuble, tout le bâtiment devenait l’objet de mon écriture. Je le voyais comme ces coupes anatomiques du corps humain que l’on utilise dans la pédagogie. La technologie imaginaire que je développais permettait de voir un étage ou un appartement donné afin d’observer ses habitants, mais aussi de rendre seulement visible les structures du bâtiment, le câblage électrique, les canalisations, les couloirs, les réseaux d’ondes, etc. Je passais beaucoup de temps à développer les images qui me venaient suite à ce point de départ à cet homme vivant au rez-de-chaussée de son immeuble et regardant les personnes qui y habitaient comme moi je regarder les oiseaux planer haut dans le ciel. J’aimais cette idée d’être voyeur omniscient mais aussi d’en faire un personnage à qui il manquait des données afin de cerner les choses qu’il voyait, ainsi il en était réduit à faire comme moi, imaginer et inventer la vie de ceux qu’il regardait depuis le bas.

Si la donnée scopique de la situation liée à mon observation du ciel lointain et des oiseaux était une composante importante, le fait que cela se passe dans un espace hyper urbain était aussi une donnée forte qui a toujours existait dans mon esprit. Je me souviens que lorsque j’étais petit, je regardais la campagne où nous vivions et je me demandais si un jour la ville recouvrirait tout. C’était une pensée naturelle pour moi comme si transformer la campagne en ville était un mouvement inéluctable et logique, comme si la ville était une plantation dont la croissance naturelle était de tout recouvrir. J’y pensais avec envie, avec espoir et plaisir. Du coup imaginer un monde couvert de ville était une pensée plaisante, un contexte socio politique plaisant. Je ne l’envisageais pas encore comme une pieuvre cyberpunk noires et toxiques ; si je devais donner la palette de mon imagination à cette époque là c’était plutôt rose, jaune, mauve en couleurs pastel. L’immeuble étant possiblement transparent j’imaginais avec une certaine dose de précision le ciel au-dessus, les immeubles mitoyens, navettes quittant la Terre en arrière-plan, quelques volutes mouvantes aux couleurs artificielles constitués par la nanotechnologie lâchée dans l’atmosphère pour la purifier, etc.

J’avais mon univers, mon contexte, ma direction artistique mais je n’avais pas d’histoire. Bien sûr comme cette amorce à ma pensée me tenait à cœur j’ai malgré tout essayer de développer une narration autour de cela en allant du côté du propriétaire qui en observant l’un des appartements surprend des agissements ambigus pouvant représenter un crime. Cela était le point de départ d’un triller mais je trouvais l’idée trop maigre, trop classique et elle ne me transportait pas alors j’ai arrêté.

Aujourd’hui j’étais dans ce jardin, le ciel était bleu, quelques oiseaux sont passés et l’idée m’est revenue.

Ces textes que je n'ai pas écrits

Publié dans écrire, écriture, ébauche

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M
et ? Vas- tu t y mettre ?<br /> ????
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R
écrire les textes que je n'ai jamais écrit ? J'y pense en ce moment plutôt que de retravailler des textes que j'ai écris ^^