Les mots de la main

Publié le par Rémy

Il est peut-être étrange de dire cela venant de la part d’un écrivain, mais je suis toujours étonné lorsque j’écris des mots avec un stylo. L’écriture est censée être une chose acquise de longue date, dès l’enfance, l’école primaire, les lignes d’écritures pour apprendre à former les lettres et puis au fil du temps c’est censé être une chose naturelle qui vient à la main comme le mot à la bouche, comme le pas du marcheur, sans le besoin de la conscience pour développer le pas.

Et pourtant pour moi qui ai une écriture que l’on pourrait qualifier d’écriture de médecin, lorsque j’écris des mots dont je sais qu’ils vont être lus je suis toujours étonné par le phénomène. Je ne suis jamais passé dans la phase naturelle celle où l’écriture est l’équivalent de la parole. Je regarde ma main former des lettres mais je vois surtout des formes et monte à ma pensée cette idée émerveillée que les formes tracées, le consensus souple autour de leurs formes permettra à autrui de traduire mon dessin maladroit en mot. Et c’est particulièrement le cas lorsque j’écris une adresse sur une enveloppe où le nom du destinataire et souvent le nom de la rue ne sont pas des mots à sens justement mais des noms. Juste un nom, une suite de syllabes dont l’enchaînement nomme une personne, dont les lettres dépeignent la personne.

Je regarde la pointe de mon stylo trop appuyée former les lettres et pendant un court laps de conscience je suis comme un homme moderne devant un hiéroglyphe, devinant le potentiel de langue mais sans être sûr de le comprendre. Oui c’est curieux pour un écrivain mais c’est bel et bien le cas. Je suis un auteur sans sûreté de la main, je suis un écrivain des idées, des concepts, un auteur de la pensée et pas un écrivain dans le sens littéral de celui qui rédige et forme les mots sur la page.

Et alors ?

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