Lorsque j'ai écris en milieu naturel

Publié le par Rémy

Je suis venu à l’écriture seul. Seul dans ma chambre, seul devant un ordinateur. Je suis venu à l’écriture dans la solitude et le face à face de l’écran. C’était d’entrée une approche finalement assez intellectuelle mais aussi assez interfacée parce que je n’imaginais pas à cette époque écrire autrement qu’avec un clavier. Pour dire que mes premières pages, mes premiers pas, mes mots à mots sont venus à la page dans ce rapport très abstrait de l’homme, alias l’auteur, alias moi, et de la machine stérile alias l’ordinateur. Cette pratique pas tant solitaire mais expérimentée en dehors d’une prise au monde était confortable pour moi et pourtant j’avais quelque part dans le coin de ma tête l’image de l’écrivain assit à la terrasse d’un café qui écrit dans le chaos ambiant. Mais je n’étais pas un écrivain, même pas un manieur de stylo et je pensais en plus que cette image d’Epinal n’était pas réelle, ou qu’elle ne l’était plus.

Et puis je me souviens, quelques années après cette époque, je suis parti en voyage en train à travers Italie, Grèce et Turquie. Je n’avais pas encore de smartphone mais l’habitude de l’écriture était bien ancrée en moi, alors pour ce voyage je me suis autorisé à prendre un cahier et un stylo. Ce n’était pas exactement la première fois, mais c’était la première fois que je l’envisageais en milieu hostile à la concentration. Je crois que la première fois que j’ai sorti ce cahier c’était dans le bar d’une auberge de jeunesse. Il y avait du monde, de l’agitation, je n’avais pas particulière envie d’écrire mais j’avais du temps à tuer. J’ai donc pris mon cahier, mais qu’est ce que je pouvais y écrire ? Je ne suis pas du genre à crouler sous les idées de romans et de toutes manières je ne me voyais pas en débuter un de cette manière.

J’ai donc commencé à faire ce qu’aurait fait je suppose un peintre ou un dessinateur, c’était l’époque où j’étais en Arts Plastiques et ça a dû déteindre sur mon écriture, et j’ai commencé à croquer la scène. Plus que la croquer j’ai commencé en essayant de la décrire, mais je me suis vite rendu compte qu’une scène évolue bien plus rapidement que je ne suis capable physiquement de le noter. Les choses du monde changent bien plus vite que ce que le temps qu’il m’est nécessaire pour former les lettres sur la page. Je me suis donc lancé par la force des choses dans une forme courte, en visant à saisir non pas l’essentiel de la scène, mais simplement noter l’essentiel de ce que mon attention pouvait percevoir, en vrac, de manière brute.

Ce qui était au départ une contrainte désagréable est petit à petit devenu un plaisir. Je regardais le monde d’un œil, je gardais l’autre sur ma page pour noter des bribes en espérant me laisser dépasser, submerger, par le contexte, quelqu’un entrait, une fille parlait, un geste, un son, un vêtement, je notais de manière désorganisée et plus je le faisais et moins je pensais et plus ma plume était libre. A partir de là j’ai continué souvent de faire cela en voyage, en train, assis à la terrasse d’un café, dans une salle d’attente, etc. Mais malheureusement avec l’avènement des smartphones j’ai délaissé cette pratique. Non pas pour remplacer le cahier par un google doc, mais pour le remplacer par la photo, la photo comme prise de note parcellaire du réel. Mais je réalise ce soir que ce n’est pas la même chose et que cette pratique me manque.

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