Chiner sa bibliothèque #4

Publié le 22 Mai 2016

Le prix de la culture ne permet pas de jauger de la valeur d'une oeuvre. C’est une évidence que le système économique de la culture ne permet pas toujours de percevoir cette donnée, cela alimentant le préjugé selon lequel la culture est - trop - onéreuse. Pourtant cela devient tout de suite plus évidant lorsque l’on parcourt les vides greniers. Et c’est ce qui m’a conduit à vouloir mener ce projet qu’est chiner sa bibliothèque en constituant une bibliothèque éclectique à tout petit budget. Écumer les brocantes et les marchés aux puces c’est justement ce qui a conduit l’homme que je suis, écrivain, consommateur générique et consommateur culturel à relativiser la nature - déviante - de la relation instaurée en maîtresse référente entre une oeuvre, son prix, sa valeur culturelle et le lecteur. C’est une chose de savoir une chose comme on sait une donnée générique, mais l’éprouver dans le réel donne une perception plus fine et souvent plus intime de ce savoir.

 

Chiner c'est une forme de chasse aux trésors où les trésors se dessinent dans le contraste de leurs prix bradés et de leurs qualités littéraires élevées ; même si cette dernière donnée est largement subjective. Reste que pour un lecteur donné, il y a toujours la possibilité de découvrir un livre qui compte ou qui comptera pour lui à un prix ridiculement bas. C'en est même déroutant parfois. Se pencher sur un livre dont le nom évoque un pan de l'histoire littéraire et de découvrir que l'on peut l'emporter avec soi pour presque rien. Je sais que je devrais être habitué à ce phénomène qui brade la culture jusqu'à une gratuité illégale à portée de clic dans le flux internet. Mais entre regarder un film en volant sa diffusion sur un site de streaming et réaliser que l'on peut obtenir l'objet pour 50 centimes il y a une différence de perception assez forte sur moi.

 

Ce matin donc, je chinais doucement dans un minuscule vide grenier de campagne et je me penche sur un bac où des livres sont entassés sans soin pour mieux voir les titres. Alors que je suis penché pour regarder ces livres j'entends la femme qui tenait le stand m’annoncer que je peux prendre ce que je veux, c’est gratuit. Elle veut se débarrasser de tout, elle me précise que si je le désir je peux tout emporter ; c’est une application du principe de vide grenier au pied de la lettre. Je ne voulais pas pour autant repartir avec n'importe quoi, j'ai choisi avec soin et j'ai trouvé un morceau d'histoire, Le journal d’Anne Frank dans une édition de 1974. Je n’ai jamais lu ce livre mais j’en connais la portée à la manière dont cette oeuvre imprègne notre inconscient et notre non conscient collectif. C’est une oeuvre qui a nécessairement sa place dans une bibliothèque chinée. Ensuite j’ai trouvé deux poètes. Le premier c’est Jacques Prévert avec le recueil posthume Soleil de Nuit. Le second est sûrement tout aussi célèbre, non, il est certainement encore plus célèbre (je ne n'aventurerai pas en revanche à jauger de leurs talents respectifs pour établir une hiérarchie, la poésie ça se déguste seulement, ça ne se jauge pas dans le jeu de celui qui aura la plus grosse), c’est Victor Hugo avec le recueil Les contemplations. C’est amusant je viens de remarquer que sur la couverture, celle avec le prix encore en franc et une jolie couverture comme sur les livres scolaire ce qui permet à l’esprit de vagabonder en imaginant que le livre est celui d’une écolière (les écoliers sont moins soigneux), bref sur cette couverture le nom de l’auteur est plus gros que le titre du recueil, Hugo, sans prénom, preuve je suppose que le poète et auteur est une figure bien plus connue que toutes les autres.

 

Le dernière livre que j’ai pris c’est une livre qui se nomme Sang pour sang, le réveil des vampires. C’est un ouvrage rédigé par Jean Marigny professeur émérite de littérature anglaise et américaine et spécialiste de la figure du vampire. Il est aussi fondateur du GERF « Groupe d'Études et de Recherches sur le Fantastique » qu'il a dirigé plusieurs années et également membre de la branche canadienne de la Transylvanian Society of Dracula. Ce genre d’ouvrage même s’il participer au projet chiner sa bibliothèque ne va pas rejoindre physiquement ma bibliothèque chinée mais plutôt ma bibliothèque autour du jeu de rôle. Ce que j’ai aimé quand j’ai vu de petit livre c’est qu’il est joliment et richement illustré.

 

Voilà donc quatre ouvrages qui entrent dans le projet chiner sa bibliothèque et en plus pour la somme de zéro euro, gratuitement !

 

La somme totale de la bibliothèque est donc toujours de 9 euros
La somme totale de la bibliothèque est donc toujours de 9 euros
La somme totale de la bibliothèque est donc toujours de 9 euros
La somme totale de la bibliothèque est donc toujours de 9 euros

La somme totale de la bibliothèque est donc toujours de 9 euros

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #livre, #brocante, #bibliothèque, #videgrenier, #vide grenier, #chiner

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Commenter cet article

veuillezrenseibnercechamps 25/05/2016 22:44

Ecrivain ?
Zéro euros, alors vous devez être heureux, j'imagine.
C'est très bien, Remy, de votre grenier, vous semblez découvrir les vides-greniers; des lieux-communs, aussi, évidemment : "Le prix de la culture ne permet pas de jauger de la valeur d'une oeuvre". Tout Simplement Génial !. Alors, avec les contemplations, ça parachève le tout. Anne Franck, les vampires, vous ne seriez quand même pas un vieux prof de Français en quête de jeunes filles à duper j'espère ?
Si vous tombez sur les Fleurs du mal à 2 euros, alors là....

Monsieur C 26/05/2016 00:00

De Anne Frank à Anne Rice en quelque sorte. Je ne découvre pas les vides greniers, il y a longtemps je les faisais comme vendeur pour solder une ancienne vie et essayer d'en lancer une autre. Mais à cette époque je n'y chinais pas les livres ; ça prenait trop de place, trop poids, comme mon ventre mais en page et en encre.

Les lieux communs je les cultives comme un jardin secret mais je ne pensais pas cette information secrète de vous.

Je suis tombé sur les Fleurs du mal à 1 euro, vous le sauriez si vous me lisiez plus souvent. Tout comme tu saurais que je ne dupe personne, surtout pas les jeunes filles, j'ai trop peur d'elles.

nicole 23/05/2016 07:34

génial