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Publié le 26 Juillet 2016

La litanie des actes de barbarie énoncée dans les journaux augmente. C’est un fait.  Je ne suis pas sûr pourtant que la barbarie augmente. C’est la récurrence des actes barbares qui augmente. Et encore, à l’échelle du monde je ne suis même pas sûr de cela ; mais au sein de notre civilisation du regard médiatisé que l’on pose sur elle, les actes de barbarie commis dans notre environnement culturel immédiat et élargie augmentent.

Qu’importe la précision précédente, ce n’est pas cela qui porte ma réflexion.

Non, en effet si je suis frappé ce n’est pas par l’augmentation de cette récurrence barbare. Je le suis par la portée cinématographique des actes. Avant que l’on arrive aux attentats de Charlie Hebdo pour moi un attentat était un acte brutal, violent, horrible et instantané. Boom ! Un avion, une bombe, une ceinture d’explosif, voiture piégée, boom ! Le fait terroriste était dans mon imaginaire une irruption immédiate, violente et éphémère de l’horreur dans le réel.

Et puis il y a eu Charlie Hebdo et les récits, journalistiques ou fantasmés, du parcours des tueurs ; ils sonnent à la mauvaise porte, puis se font ouvrir celle de Charlie Hebdo, ils pénètrent dans la salle de rédaction, ils ciblent, tirent et tuent un à un leurs victimes et cela implique déjà une temporalité. Temporalité qui ensuite trouvera écho dans le traque, longue et médiatique, des terroristes et le déroulé de leur mise à mort.

Et puis il y a eu les attentats du Bataclan et là encore plus que jamais le déroulé des faits plonge dans l’horreur. Avant quand il n’y avait qu’une bombe, tu passais d’un état de vie à un état de trépas de façon brutale, instantané et définitive. Tu étais là, vivant, et soudain mort sans avoir eu le temps de la conscience de l’horreur. La temporalité barbare des attentats du Bataclan offre à l’horreur une nouvelle formule d’expression. Ils entrent, ils tirent, ils tuent, ils se barricadent, ils traquent, ils tuent, ils achèvent, ils revendiquent, ils résistent avant que l’assaut ne soit donné et que la mort leur soit donnée. Pendant cette durée, il y a le temps, le temps des barbares, le temps des victimes, le temps des survivants, le temps des spectateurs médiatisés par les réseaux, par la télé, et par son imaginaire qui sait que le temps est celui de la mort.

Et puis il y a eu l’attentat de Nice. Est-ce par une forme de cynisme visant à me protéger, ou à cause d’une déformation pop-culturelle de regarder trop de cinéma, mais la première chose qui a surgit à mon esprit quand j’ai appris pour cette attentat c’est un traveling. Je le disais au départ, c’est la portée cinématographique qui me frappe. Ce camion fou traçant dans la foule paniquée une route mortifère. Et l’horreur après ; je perçois l’horreur parce que je perçois l’événement dans une durée, une temporalité dans laquelle je peux me projeter. Une bombe explose ou une roquette tombe à la terrasse d’un café, les clients passent de la vie à la mort en un instant, je sais que c’est l’horreur mais elle ne me laisse pas d’espace pour m’y projeter. Mais dès que l’horreur entre dans une temporalité, dès qu’elle est portée par une mise en scène scénarisée par la parole de ceux qui la relate je peux m’y trouvé projeté. Je perçois ce temps, la peur, la panique, l’angoisse, l’adrénaline, le chaos, et tout ce qui peut passer par la conscience des vivants à ce moment là, un moment où l’attentat est en train de se faire, de se produire, d’être barbare, la durée où le fait-divers s’ancre dans le réel.

La nuit dernière encore, au Japon, un seul homme, des couteaux et la mise à mort de dix neuf victimes. Attentat ou fait-divers c’est la même chose, je suis frappé par la durée de ces actions ; si je me sens capable d’imaginer la pulsion mortifère qui pousse une personne à commettre ponctuellement un acte barbare j’ai beaucoup plus de mal à imaginer l’état de conscience d’une personne qui commet un acte barbare qui s’inscrit dans la durée parce que j’imagine cette durée comme un lieu d’émergence de la conscience.

Et ce matin, sans cynisme je me demande quel sera le prochain projet barbare à frapper ma conscience.

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Rédigé par Monsieur C

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Publié le 22 Mars 2016

Après les attentats contre Charlie Hebdo nous avons essayé de nous convaincre que nous étions tous Charlie. C’était beau parce que ça n’avait aucun sens mais avant que l’on ait eu le temps d’y réfléchir nous avions tourné les pages, le Je suis quelque chose ça n’a duré que le temps d’un direct télévisuel.

La vérité c’est qu’en France il y n’a que deux types de français possibles ; ceux qui sont sélectionneurs de l’équipe de France de football et ceux qui sont éditorialistes post attentat. Les autres sont portion congrue. Pour le football il roule sa balle de cuir, son fric et ses scandales toute l’année et les sélectionneurs potentiels ne manquent pas de tribunes pour leurs élégies sportives.

Mais pour les éditorialistes à la petite semaine c’est un peu différent. Le temps que la menace rôde en faux semblant et en silence ils fourbissent leurs proses. Lorsque ça pète, quand la surface fait boom ! il y a ce petit cri de ralliement Rip Hip Hip Houra avant d’entendre les plumes et les claviers glavioter leurs diatribes nauséeuses qui glosent l’évènement. C’est le moment pour eux de réécrire l’histoire, la petite qui est la leur et la plus large qui est celle du monde.

Je suis loin de voir là dedans le saint chaudron des débats d’idées où pourraient se forger des réflexions salvatrices. C’est un exercice de style où les meilleurs et les pires surfent sur le souffle des explosions, on cherche le choc de mots, la course à la punchline, et ça voudrait rendre coup pour coup avec le terrorisme, le politique, le religieux mais dans la plus part des cas sans s’en rendre compte l’éditorialiste post attentat qui sommeil en chacun n’est bon qu’a remuer la merde où baignent ses neurones pour la mélanger au pathos qui lui enveloppe l’esprit critique.

Je ne vaux pas mieux que ceux que j’évoque ici, la preuve je suis là. Mais dès lors que l’on a une prétention littéraire cela présuppose que l’on a une ambition intellectuelle et on ne peut pas s’éviter de confronter notre conviction rhétorique et idéologique à la soupe bruyante qui chauffe après chaque attentat.

Le boom bruxellois

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Rédigé par Monsieur C

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Publié le 22 Novembre 2015

L'impudeur c'est la merde. C'est comme aller aux toilettes en public ; peu nombreux sont ceux qui aiment. L'important ce n'est pas de relater soi mais de créer. C'est au moins ce que je suppose, mais supposer c'est un peu impudique, c'est sur ce que l'on pense être vrai et prendre le risque en public de l’affirmer comme si c'était vrai alors que l'on n'a aucune foutues preuves pour le confirmer. Je suppose que d'aller au toilette en public c'est dérangeant parce que c'est impudique, mais je n'en sais rien pour de vrai. Parce que même en chine, dans les toilettes publiques qui sont collectives je n'y allais pas faire mes besoins, sauf quand elles étaient vides de chinois. Alors je suppose, je suppute aussi et c'est moche comme quand j'écris dans l'impudeur de l'instant, de soi, sans le filtre de la création. Alors je vais essayer de revenir à l'écriture qui est de la création et quitter le lieu de moi, mon cul et ma tête comme le dernier refuge de moi. Que l'on me croit ou non, le retour de mon écriture à ne parler que de moi, à n'écrire que depuis moi, ça a été un effet secondaire des attentats, comme un échec de ma réflexion. Et il m'aura fallu une dizaine de jour pour lâcher l'ego et reprendre le vital fil de la pensée. Pardon & merci.

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Publié le 19 Novembre 2015

Nous sommes en guerre.

Sommes-nous en guerre ?

Est-ce qu’il y a une frontière entre faire la guerre et être en guerre ?

Nous sommes en guerre contre Daesh mais qui est ce nous ?

Où est cette guerre ; dans les avions, dans le ciel, en terre étrangère ?

La guerre, la France en guerre, ça sent le livre d’histoire. Par extension je voudrais penser que ça sent aussi la poudre, le métal brûlant, la terre, la sueur et le sang. Il y a dans mon esprit une part déterminer à supposer la guerre avec une forme, une odeur, un temps ; une ambiance. Quand j’ai entend notre président dire que nous étions en guerre cela à fait sens pour cette part de mon esprit qui savait ce qu’était la guerre. J’étais d’accord sur le fait d’entrer en guerre, je le suis toujours. C’est radical, outrancier et pathétique mais c’est comme je le pense un passage obligé vers une période plus propice à la sérénité. Oui, je pense tout cela et pourtant je suis déboussolé devant cette guerre qui ne se donne pas.

Nous sommes en guerre et que dois-je faire ? Je vois, j’entends, ceux qui retournent vivre en terrasse, qui boivent, mangent, sortent et je comprends que pour ceux qui ont eux peur, pour ceux qui ont étaient frappés par les attaques du vendredi 13 ça soit nécessaire de faire cela. Même si c’est trivial c’est pour eux une façon de remonter à cheval après en être tombé. Mais je ne parviens pas à voir dans ces gestes de vie une portée politique, idéologique, ni même un acte de guerre et encore moins de résistance tout simplement parce que je ne parviens pas à me convaincre que les attaques de Daesh avaient pour but de vider les terrasses, les restaurants et les salles de concerts. On peut le penser, on peut le croire, mais on peut aussi en douter et c’est mon cas. S’il y a une guerre à mener j’ai un doute quand au fait qu’elle se fera avec vos verres, votre musique et vos terrasses, ni même avec vos vies. Et je ne compte pas manquer de respect à ceux qui vivent en disant cela. Ce n’est là que le point départ de mes interrogations.

Nous sommes en guerre.

Je suis en guerre.

Alors que faire ? Quelles sont mes armes ? Quels sont mes fronts, mes terrains de guerre ? Je ne sais pas manier les armes, je ne sais que créer. Alors faut-il que je crée en guerre, que je crée ma guerre, faut-il que je parte en guerre avec ma bite et mon couteau, mon sexe et mon stylo ? Mon avenir de citoyen est-il de brandir des étendards contre Daesh ? Est-ce que l’on va mener une guerre d’idées ? De valeurs ? Je suis là, seul avec mes mots, loin des fronts, des avions, des porte-avions des bombes et des morts et je fais quoi ? Quel est mon devoir de citoyen ? Quel est mon devoir de créatif ? Je me sens comme hanté par une guerre qui n’est pas là, pas sur notre sol parce que je refuse de créditer les attentats passés et futurs comme des actes de guerre, je refuse de donner à Daesh autre chose que ce qu’ils sont, pas un état, pas une nation, juste une secte apocalyptique avec d’horribles desseins. Je ne peux donc pas considérer leurs agissements comment une guerre. Alors que faire de cette guerre qui n’en est pas une ? Que dois-je faire ?

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Publié le 17 Novembre 2015

Je voulais une aube mais c'est un crépuscule. Mais voyez cela comme une aube, un renouveau.

Je voulais une aube mais c'est un crépuscule. Mais voyez cela comme une aube, un renouveau.

Il y a un après. Il y a toujours un après. Il y a toujours un après. Pas une suite, un après. Nous sommes déjà après. En fait nous étions déjà après ce vendredi 13 novembre 2015. Nous étions après les attentats de janvier 2015, nous vivions déjà dans le monde d’après et nous y sommes encore. Il y a dix mois nous devenions Charlie, c’était nos jours d’après, les gens devenaient aussi des mégaphones, des bannières, des éditorialistes, nous étions tous Charlie mais nous étions tous aussi des voix à faire entendre pêle-mêle l’émotion, la peur, la compassion, la colère, la fraternité, les amalgames, la haine, l’unité, la liberté d’expression, les lieux communs, les préjugés, nous étions tous Charlie, tous éditorialistes, tous d’une seule voix dans le monde d’après.

 

Aujourd’hui nous sommes après l’après. Déjà. De fait, contraints d’y être par la violence des attentats commis par Daesh. Poussé dans l’après après par les violences commis en notre sol. Cela peut sembler dérisoire comme précision mais tel est le cas. Bien sûr nous avons retenu certaines choses des attentats du 7 janvier. Enfin c’est l’impression que j’ai. J’ai la sensation qu’il y a un peu plus de retenue dans les médias, un peu plus de dignité, un peu plus de retenue dans les réseaux sociaux, un peu plus de dignité aussi. La nuance est mince, la variation des réactions face à une attaque à l’autre est dérisoire mais perceptible. Et je fais l’hypothèse positive que ces variations de comportement sont des choses que nous avons apprises des attentats de janvier. Mais il est possible que je me trompe, que ce qui me semble être de la retenue ne soit qu’une forme de lassitude, déjà, ou une forme d’habitude, déjà. A moins que la foule et la société soient comme moi, frappées de sidération.

 

Je me rappelle qu’en janvier, après les attentats j’ai connu deux émotions violentes mais distinctes ; la peur et la colère provoquées par le coup porté à la liberté d’expression et de l’autre côté de mon hémisphère l’indignation devant les réactions outrageuses de nombreuses personnes. Mais c’était dans le monde d’avant, j’étais un homme d’avant. Aujourd’hui je suis cet homme d’après. La peur et la colère sont moindre, sidéré bien sûr que je le suis, mais si j’ai moins de peur et de colère c’est peut-être aussi que je n’étais pas dupe de la violence du monde, du danger de Daesh. L’état islamique n’est pas devenu plus dangereux ou plus odieux parce qu’il frappe la France. Il ne nous a pas attendu pour faire démonstration de sa monstruosité, Syrie, Irak, Tunisie, Égypte, Liban et puis la France et sûrement d’autres pays et peuples que j’oublie de citer. Je suis un homme en colère oui, pas plus qu’avant ce triste vendredi 13.

 

Mon indignation devant les outrages de réactions maladroites, violentes, réactionnaires, hors de propos, elle aussi s’est amoindrie. Vous pourriez théoriser que je suis devenu plus tolérant, mais j’en doute. Je crois surtout que les réactions sont moins outrageuses, les gens font moins de politique, manient moins de concepts et font moins entendre leurs voix hors de leurs zones de légitimité. Je délimite la zone de légitimité de chacun à l’expression de son expérience et de son ressenti subjectif. Comme la première fois les réseaux numériques se sont faits des outils importants pour façonner le temps d’après. Ce temps d’après qui s’écrit dans l’instant présent. Nous étions Charlie, l’unité, la disparition de soi, de l’autre, des ego, de la diversité socio-culturelle dans le grand moule de Charlie. C’était le temps d’avant. Cette fois les réseaux numériques ont été là pour exprimer l’inverse, la multiplicité des individualités. Il n’y a pas eu moins de solidarité ni moins d’empathie. Mais au temps où les gens étaient tous Charlie, s’est substitué le temps où chacun était homme, femme, individu, derrière chaque #PortesOuvertes il y avait une personne, un nom, une adresse, tous différents, tous unis dans un même élan mais tous uniques. Cette nuit là je regardais le fil d’actualité des réseaux avec une acuité particulière. Cette nuit là les avatars, les comptes, les profils sont devenus des individus. Il y avait les #PortesOuvertes bien sûr mais rapidement il y a eu les avis de recherches. Tout se passait là, sous nos yeux, dans un temps bien trop rapide pour les médias traditionnels. Dans le temps de l’immédiateté.

 

Très vite il y a eu des noms, des visages, de personnes dont d’autres personnes n’avaient pas de nouvelles. Anodin comme un tweet, mais terrifiant comme une brique d’un réel vacillant. Avant nous étions Charlie, très vite, trop vite, tous identique, même avatar, même slogan, le monde parlait d’une seule voix. Après nous étions des femmes et des hommes, des noms, des adresses et des histoires vraies. Les noms et les adresses des #PortesOuvertes, les avis de recherches, les noms de ces personnes qui cherchaient où passer la nuit, un lieu pour survivre à l’horreur et puis il y a eu les avis de décès. Tout ça au temps de l’immédiateté, nous sommes passés au temps d’après.

 

Nous avions, j’ai envie de dire appris, dans le temps de Charlie à se ranger sous une bannière, unique, dans un slogan, unique. J’ai regardé cette nuit là les gens se chercher une bannière, se chercher un slogan. Et globalement cela a échoué, pas d’affiche unique, pas de slogan d’une même voix. Et je continuais de penser que nous entrions dans le monde d’après par la porte de la sidération. Je regarde les autres, je les vois dans leurs émotions et je perçois, j’imagine, je suppose leurs doubles peines. Parce qu’il y a eu les morts, les proches qui rendent un dernier souffle et que l’on va raconter, il y a la douleur et la peur en réaction. Et puis il y a l’après. Et depuis mon cas, je regarde les autres et je me demande si la double peine, la peine par-dessus la peine ce n’est pas le meurtre des illusions et d’une forme d’une naïveté. Parce qu’aujourd’hui le peuple d’après se réveille dans un monde où ils sont comme les autres, potentielles victimes anonymes et gratuites d’un mal grandissant. Ce n’est pas nouveau, mais peut-être qu’il aura fallu que cette société soient frappée par deux fois par les attentats pour que cette société réalise qu’elle n’est plus à l’abri de ses illusions et de ses prières. Le monde d’après est froid, cruel, c’est peut-être pour cela que ce même peuple comble ses peurs par toutes ces émotions.

 

Je dis plus haut qu’il y a eu cette fois-ci plus de retenue qu’en janvier. D’une certaine façon je le pense, mais dans un autre regard j’en doute. Il y a eu ces noms, ces personnes, vivantes, mortes, blessées, il y avait au temps du presque direct ce dévoilement cru de la banalité de l’horreur. Chacun dans sa retenue, mais créant dans l’accumulation une forme médiatique ambiguë, nouvelle, troublante, dérangeante. Il y a eu des moments où j’ai pensé que c’était le comble de la vulgarité, le paroxysme de l’impudeur. Et puis j’ai des moments de doutes. Je ne vois pas de mal à donner un visage aux victimes mais je m’interroge sur la temporalité des choses, sur les éloges funèbres qui accompagnaient ces photos de victimes, nommées mais anonymes ; j’aurais voulu savoir qui a choisi de partager leurs photos, qui a écrit leur éloge funèbre, la mort dans un attentat ne fait pas tout le sens. Mais il ressemble à cela le monde d’après. Des noms, des visages, des gens qui disent l’émotion. Dans gens qui disent leurs émotions. Bien sûr ces émotions racontent des vies, des histoires, et on écoute, et on respecte. Au début c’est toujours digne, c’est nécessaire et respectable, 140 caractères limitent de facto l’impudeur. Et puis il y a eu les médias traditionnels qui ont repris la parole des réseaux numériques, plus de place à la douleur, à l’impudeur, aux survivants, à l’émotion. Je ne suis rien ni personne pour réfuter cela. Il est comme cela le monde d’après.

 

J’avoue que je peine à trouver ma place dans ce monde d’après. J’ai toujours cru que je devais être celui qui cherche en lui les pensées et les réflexions et je me retrouve dans ce monde d’après où l’émotion sèche prédomine. En janvier il y avait matière à réfléchir, penser la liberté d’expression, penser le monde. Ce vendredi 13 novembre je ne trouve plus le terrain où penser. Quelle place à la réflexion, à la parole ? Je suis sûr que cela est possible, je suis sûr que certains d’entre vous viendront me dire que la réflexion a sa place ici ou là. Mais je ne parle pas au niveau des individus, je me questionne au niveau de notre nation et de notre société.

 

Il n’y a pas de meilleur moment pour penser le monde que dans un moment d’histoire qui déchire les frontières de sa routine de société. Il y a eu ces attentats à Paris, la violence et les morts et les blessés et tous les traumatisés. Et on a un ennemi à stigmatiser, Daesh ! Et le président de la république l’a dit avec fermeté. Nous sommes en guerre contre Daesh. Et j’ai trouvé cela bien. C’est une bonne chose d’entrer en guerre contre l’ignominie d’une secte millénariste qui voudrait accélérer l’apocalypse, une secte assise sur des barils de pétrole pour financer sa planification du chaos. Je suis pour partir en guerre contre Daesh. Mais une guerre ce n’est pas un jeu, ce n’est pas une posture. Si nous sommes en guerre, alors préparons nous à la guerre, préparons nous à vivre dans une nation en guerre, préparons nous à penser la guerre. Il faut penser la guerre comme il faut penser notre condition, penser aux épreuves qui se profilent, penser à l’après de l’après. Attentat, acte de guerre, entrer en guerre, non, nous ne pouvons plus faire l’économie d’une pensée, d’une réflexion. Alors quand je vois des personnes fières de retourner en terrasse prendre un café, quand j’entends qu’il va falloir beaucoup d’amour pour panser nos blessures je le comprends mais ça m’interroge.

 

Le monde n’a pas changé, mais nous sommes passés dans le monde d’après. Et ce monde, cet après, il faut le vivre d’accord mais il faut le penser. Je continue de croire que c’est notre devoir. L’État désire changer la constitution sur cette intuition qu’il faut changer les choses, et je voudrais que nous entrions dans un monde d’après où le peuple sera capable de penser son monde, ses outils dans un véritable débat national.

 

Ce soir je sors de ma sidération.

 

Merci.

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Publié le 16 Novembre 2015

Ébauche d’un texte naît dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 / novembre 2015 et poursuivi jusqu’à lundi 16 novembre

 

Les télévisons parlent beaucoup et cela rend leurs mots transparents. Elles parlent pour combler le vide que laissent la mort, l’horreur et la peur. Les télévisions parlent et cela me semble vain. Les réseaux sociaux parlent à tord, à raison, en travers par bouffée émotionnelle de quelques caractères. Je me refuse de le faire. J'essaie juste d'entendre mon émotion. J'essaie de percevoir ce que je ressens, vraiment. Il y a cette malsaine pulsion scoptique et l'impression de devoir regarder le déroulement de ces événements comme on regarde l'histoire s'écrire dans le sang et l'horreur, une histoire. Est-ce juste une histoire ?

 

Je ne sais pas ce que je ressens. Je ne sais pas si je ressens quelque chose. Je voulais ne rien dire mais je suis écrivain, c'est un devoir d'écrire. Mais écrire quoi ?

 

Il a quelques semaines je confessais à ma mère que le monde avait eut raison de ma volonté de le comprendre et de produire une réflexion honnête, objective, judicieuse à son sujet. Je me suis senti dériver en dehors du monde, hors de lui et ce soir l'horreur.

 

Qu'écrire ?

Rien.

Ressentir de la tendresse pour les proches parisiennes et parisiens.

Pour le reste je regrette de faire l’insecte nocturne qui se brûle les yeux sur l'écran des chaînes d’info qui dévoilent le décomptent macabre d’une horreur.

 

Tout cela est-il indicible ?

Je ne sais toujours pas ce que je ressens.

C’est peut-être cela la sidération.

 

Il y a eu les Charlies, ensuite il y a eu les migrants, la colère du monde et maintenant il y a l'innommable.

 

Quand il y a eu Charlie j'ai été ému et surtout affecté dans ma chair d'écrivain, de créateur, de penseur. Il y a eu Charlie, j’y voyais un symbole idéologique, je me suis senti affecté sur ce point. Sincèrement, vraiment, je me suis senti frère et coupable. Frère par empathie et coupable de la sensation de ne pas avoir écrit jusqu'au bout, jusqu’assez loin pour être mis en danger moi-même par l'audace et la révolte de ma plume. J'ai été frère, coupable mais j'ai senti aussi la communion, j'étais à fleur de peau, à fleur du monde et j'ai essayé de panser mon coeur en pensant le monde et les attentats avec mon âme. J'ai ardemment essayé en croyant que c'était mon devoir, convaincu que penser le monde et l’horreur de ces événements qui venaient de jaillir dans le réel calmerait les envolées d’un lyrisme émotionnel souvent destructeur qui emportait la foule. Il y a eu un attentat, nous étions tous Charlie et j'ai cru que nous pourrions penser ensemble parce qu'il fallait panser le monde. Je n'étais pas dupe mais j'ai fais en sorte d'y croire. Nous étions Charlie.

 

Plus tard il y a eu les vagues de migrants. Il y a toujours eu des vagues de migrants, il y avait ceux qui mourraient noyés et puis il y a eu ceux qui venaient, ceux que nous devions accueillir, à pieds partout dans l'Europe, ici en France ; nous devions les accueillir et les penser dans un même geste de retard et d’urgence. Mais sous les vagues déferlantes de migration de réfugiés la France réalisait qu'elle n'avait pas de moyens pour penser ce moment, ce mouvement. Il fallait de la pensée, de la culture, de la sagesse, de la philosophie pour penser ce moment et nous n’avions rien de cela. Comme toujours j'ai voulu le penser ce moment, le comprendre, l’appréhender dans sa justesse. J'ai voulu y croire, j'ai cherché de toutes mes forces une pensée pour appréhender l'événement. Mais j'ai échoué. Il n’y a eu que des vagues successives de lieux communs et de paroles moches, préjugés et matières prémâchées formant comme une bouillie intellectuelle, il y avait l’urgence mais l’état, la natation, les individus, les médias, n’arrivaient pas à faire preuve de pensée. C’était pour moi un double spectacle d’horreur. L’horreur des morts échouées et l’horreur du peuple qui ne sait plus rien dire ni penser et qui essaie d’agir dans pensées. Les informations étaient impossibles à trouver, impossibles à entendre, impossible à émettre. Nous étions face au mur de l’impensée. C’était l’échec de la pensée, de ma pensée, déjà ou encore l’échec de Charlie, l’échec de la nation en tant qu’objet culturel. Et moi, dans ce moment j’ai ressenti l’échec de ma pensée. J'ai voulu la sauver, sauver le monde, sauver le sens, mais je n’y suis pas arrivé. C’est de ce moment là que je suis sorti sortir du monde.  

 

Et puis voilà, il y a Paris. Attentats en série. Attentats innommables. Je déteste ce terme mais pourtant c'est le mot juste. Je n'ai pas de mot pour dire. Je n'ai pas de mots pour penser. Je n’ai pas de mots de ressenti. Je regarde la télé tout en suivant les réseaux sociaux, je regarde l’effroi, la terreur, la mort, j’observe et j’ai l’impression que je ne ressens rien. Je me sens froid, encéphalogramme plat. Cet état de sidération est-ce cela la réussite terroriste ou est-ce l’échec de mon esprit ?

 

L'un ou l'autre. Ça sonne comme une fin de ma parole. Une fin de ma pensée.

 

Je voulais ne rien dire. Je ne voulais pas écrire. Je voulais me taire et observer. Pourtant je suis là et j’écris, mais je ne suis pas dupe. En janvier lorsque je prenais la parole c’était pour essayer de penser, de réagir avec une forme de sagesse intellectuelle, en tout cas c’est ce que j’essayais de faire. Aujourd’hui je prends la parole mais je ne parviens qu’à parler de moi. Petit à petit je sors de ma sidération.

 

Nous sommes lundi. Pour marquer mon instant de commémoration j’ai choisi d’écrire pendant une minute.

Je vais écrire pendant une minute pour observer à ma manière du respect et de l'émotion pour les morts, j'aurai du faire taire la télé ça aurai été plus honnête, mais je n'ai plus le temps pour cela. De l'autre côté de ma tête la porte est ouverte sur la nature et le soleil et les oiseaux se foutent de la noirceur des hommes, c'est flagrant à cet instant, c'est curieux, c'est terriblement beau de voir que l'automne finalement il passe comme toujours. Les hommes et les femmes tombent, les autres meurent et l'univers tourne. J'espère que quelques part dans cet univers il y a matière à sauver le monde. Une minute c'est trop court.

Ma minute de silence

Ébauche du texte né dans la nuit de vendredi 13

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Publié le 15 Novembre 2015

Tout ceci est parfaitement anachronique. Tout ici est devenu irréel, surréel, hors de propos, hors de réalité. Penser, désirer, fantasmer, écrire ou créer vers un en dehors du réel, vers une échappatoire est devenu un geste de fantôme. Ici rien n'a changé. Mais tout a changé. Par devoir, par civisme. Par humanité. Tout a changé et rien a changé.

 

On ressent qu'il faudrait s'arrêter, faire table rase et tout remettre en question, l'autre, autrui et soi. Remettre en question la culture et l'émotion et surtout la pensée. On sent bien qu'il faudrait tout arrêter, faire table rase et remettre sur pied de nouvelles histoires, de nouvelles pensées. Penser le présent avec du neuf. Mais on ne peut pas, le spectacle doit continuer, la vie aussi et le fleuve grave de l'émotion emporte le vivant un peu plus loin de soi, en soi, en avant. Loin de la rive, dans une dérive de l'être­-là. Durant un temps le cri des balles, le souffle des explosions et la vie quittant les corps ont arrêté le temps, ils ont rendu caduque le sens du monde d'avant ainsi que le sens de nos vies. Plus rien ne fait sens. Je n'ai plus sens à rien, plus de sens à rien

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Publié le 14 Novembre 2015

Qu'écrire ? Rien. Ressentir de la tendresse pour les proches parisiennes et parisiens. Pour le reste je regrette de faire l’insecte nocturne qui se grille sur l'écran.

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Publié le 13 Novembre 2015

Hier dans la benne. Des ordres contradictoires. Et un ventre de géant. Joindre la route. Le barrage à main nue. Des courbettes dans l'hygiaphone.Je souligne des détails. Au feu dans les rues de la télé. J'espère qu'il va se passer quelques choses. Frissons malsains. Pulsions scoptique ça mère. Le vide et la peur. Seule la nuit compte. Suicide de l'esprit critique. L'esprit saigne des autres. Rester calme ou courir la parole. Le feu crépite dans la télé. Chaleur ambiante de fin d'indien. Google montre le monde. Mouvement de panique dans les réseaux. Je vous regarde vous êtes malsains.Pulsions effrénées.Frénétique moment. Je voudrais ne rien dire. Savoir me taire. Je ne veux pas leur ressembler. Mais moi aussi je voudrais crier le bon sens. Commun. Demain on comptera les morts.

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