Des attentats inscrits dans une durée et ma pensée (titre à la con)

Publié le 26 Juillet 2016

La litanie des actes de barbarie énoncée dans les journaux augmente. C’est un fait.  Je ne suis pas sûr pourtant que la barbarie augmente. C’est la récurrence des actes barbares qui augmente. Et encore, à l’échelle du monde je ne suis même pas sûr de cela ; mais au sein de notre civilisation du regard médiatisé que l’on pose sur elle, les actes de barbarie commis dans notre environnement culturel immédiat et élargie augmentent.

Qu’importe la précision précédente, ce n’est pas cela qui porte ma réflexion.

Non, en effet si je suis frappé ce n’est pas par l’augmentation de cette récurrence barbare. Je le suis par la portée cinématographique des actes. Avant que l’on arrive aux attentats de Charlie Hebdo pour moi un attentat était un acte brutal, violent, horrible et instantané. Boom ! Un avion, une bombe, une ceinture d’explosif, voiture piégée, boom ! Le fait terroriste était dans mon imaginaire une irruption immédiate, violente et éphémère de l’horreur dans le réel.

Et puis il y a eu Charlie Hebdo et les récits, journalistiques ou fantasmés, du parcours des tueurs ; ils sonnent à la mauvaise porte, puis se font ouvrir celle de Charlie Hebdo, ils pénètrent dans la salle de rédaction, ils ciblent, tirent et tuent un à un leurs victimes et cela implique déjà une temporalité. Temporalité qui ensuite trouvera écho dans le traque, longue et médiatique, des terroristes et le déroulé de leur mise à mort.

Et puis il y a eu les attentats du Bataclan et là encore plus que jamais le déroulé des faits plonge dans l’horreur. Avant quand il n’y avait qu’une bombe, tu passais d’un état de vie à un état de trépas de façon brutale, instantané et définitive. Tu étais là, vivant, et soudain mort sans avoir eu le temps de la conscience de l’horreur. La temporalité barbare des attentats du Bataclan offre à l’horreur une nouvelle formule d’expression. Ils entrent, ils tirent, ils tuent, ils se barricadent, ils traquent, ils tuent, ils achèvent, ils revendiquent, ils résistent avant que l’assaut ne soit donné et que la mort leur soit donnée. Pendant cette durée, il y a le temps, le temps des barbares, le temps des victimes, le temps des survivants, le temps des spectateurs médiatisés par les réseaux, par la télé, et par son imaginaire qui sait que le temps est celui de la mort.

Et puis il y a eu l’attentat de Nice. Est-ce par une forme de cynisme visant à me protéger, ou à cause d’une déformation pop-culturelle de regarder trop de cinéma, mais la première chose qui a surgit à mon esprit quand j’ai appris pour cette attentat c’est un traveling. Je le disais au départ, c’est la portée cinématographique qui me frappe. Ce camion fou traçant dans la foule paniquée une route mortifère. Et l’horreur après ; je perçois l’horreur parce que je perçois l’événement dans une durée, une temporalité dans laquelle je peux me projeter. Une bombe explose ou une roquette tombe à la terrasse d’un café, les clients passent de la vie à la mort en un instant, je sais que c’est l’horreur mais elle ne me laisse pas d’espace pour m’y projeter. Mais dès que l’horreur entre dans une temporalité, dès qu’elle est portée par une mise en scène scénarisée par la parole de ceux qui la relate je peux m’y trouvé projeté. Je perçois ce temps, la peur, la panique, l’angoisse, l’adrénaline, le chaos, et tout ce qui peut passer par la conscience des vivants à ce moment là, un moment où l’attentat est en train de se faire, de se produire, d’être barbare, la durée où le fait-divers s’ancre dans le réel.

La nuit dernière encore, au Japon, un seul homme, des couteaux et la mise à mort de dix neuf victimes. Attentat ou fait-divers c’est la même chose, je suis frappé par la durée de ces actions ; si je me sens capable d’imaginer la pulsion mortifère qui pousse une personne à commettre ponctuellement un acte barbare j’ai beaucoup plus de mal à imaginer l’état de conscience d’une personne qui commet un acte barbare qui s’inscrit dans la durée parce que j’imagine cette durée comme un lieu d’émergence de la conscience.

Et ce matin, sans cynisme je me demande quel sera le prochain projet barbare à frapper ma conscience.

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Réflexion, #attentat

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