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Publié le 4 Novembre 2012

allez vient on se parle, vient on s’écrit, on se parler, débauche à bouche de mots ensemble, vient on se cri, se séduit de tous les possibles, du probable et de la prose ; vient et ouvre la bouche ta grande petite gueule, la déraison de ta pensée, allez vient que l’on pèse le poids de ton âme, on compte tes points de non retour, le tour de monde de ton cul et la débauche de ton regard, vient là qu’on se frotte à la foule et qu’on incendie le monde entier et toi et moi en transe tracer les cercles de nos enfermement ; vient qu’on s’essuie la nature plâtrière de l’empirisme de nos désirs ; vas y viens sors de là, sors de toi et que de ta bouche sortent les vers ; petite bouche incontinente de proses anorexiques, la débauche, la démesure, viens que je ne compte plus le ridicule de tes mots, l’aridité de ta parole, je pourrais fermer les yeux sur la vacuité de tes mots si c’est ma prose qui te l’inspire ; venir chercher en toi, chez toi, dans toi, au-dedans de toi, je voudrais pourri ton intérieur de mon ingérence introspective ; écarte les cuisses, ouvre la bouche, ouvre les yeux, trépane ton crâne et laisse moi entrer ; je pourrais même envisager la sodomie de ton anus s’il ouvre sur les chemins de tes torrents intérieurs. Dans mon malheur je n’ai plus rien à cacher, aucune pudeur de mes amours, de mes désirs, aucune pudeur de mes pulsions et sans pudeur pas de transcendance ; je cherche la muse qui me rendra l’impérieuse nécessité de la pudeur de mes sentiments

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Publié le 3 Novembre 2012

Je mets fin à une série de réédition de vieux articles, de vieux textes ; c’était difficile de se confronter à la vétusté de ma propre pensée et surtout de ma propre écriture, retrouver des mots pondus après quatre ou cinq ans c’est éprouver la qualité de son écriture et ça c’est affreux parce qu’avec le temps les mots écrits ne bougent pas mais la critique, le regard et l’exigence on glissé et le peut être pire c’est de réaliser qu’on écrivait mieux avant, qu’on avait des choses à dire à écrire, j’avais un peu de matière à moudre et ça faisait la différence d’avec l’inanité du présent, j’avais aussi le sens de la confrontation ; ce blog est un cercueil où la confrontation n’a plus lieu, ça n’a plus de sens d’écrire pour rien, être lu un peu d’accord mais ce n’est rien si on ne se bat pas d’avec les autres.

 

Je n’écrivais que pour séduire ou châtier et parfois pour châtier pour cacher que je voulais séduire mais aujourd’hui je n’ai plus personne à séduire, même pas sûr que je puisse séduire à mots nus, à mots crus, impossible qu’il m’est d’être amoureux quand à châtier je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai la sensation désagréable que les trolls ont tiré à eux la couverture pamphlétaire à eux et moi je ne suis pas un troll, je suis trop vieux, dépassé, décatie handicapé d’un cynisme qui me manque. Moi je marche avec les corbeaux, je voudrais me croire assis au bord du monde à contempler sa fin mais je suis assis sur une poubelle, piteux loser qui débite ses mots plus souvent qu’il ne sort sa bite, piteux comme un chien galeux ; j’ai la verve plus molle que ma verge qui elle au moins sait encore vers où il faut pointer, ma verve se perd et se dilue et voudrait faire croire qu’elle est plus forte que sa complaisance. Trop de monde écrit trop de chose bien mieux que moi ; minable

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Publié le 2 Novembre 2012

Je veux d'un racisme plus propre, d'un racisme clair qui lève la tête, gonfle le torse et dit son nom. Oui je veux un racisme qui sait appeler un nègre un nègre et qui sait encore ce qu'est un travail d'arabe, un racisme franc du collier qui sent bon la bière blonde et la haine raciale dès le petit matin. J'ai la nostalgie des années 80 quand la jeunesse berurière levait le majeur pour emmerder le front national quand il était facile d'emmerder le racisme aveugle, quand il n'était pas borgne, le racisme à la papa des fachos petits bourgeois aux idéologies aussi nauséabondes qu'une pustule sur une paire de couille de curé. Mais aujourd'hui le racisme n'est plus ce folklore honteux et pathétique dans le paysage culturel de notre France, aujourd'hui le racisme est devenu mainstream avec ses je ne suis pas raciste mais les problèmes viennent toujours des immigrés, la rhétorique des étrangers qui ne savent pas s’acclimater avec leurs cultures sous entendu barbare, la théorie d’ils vont tous nous bouffer ; puisque la parole d'état abonde dans ce sens pourquoi réfréner la parole d’un racisme populaire, le grand-public a la parole délurée et répète qu’il faut passer la racaille au karcher, qu’il faut interdire le voile et tant qu'à y être on va essayer de se débarrasser des cons de polygames quand on aura fini on va renvoyer les roms ; quand il n'y en a qu'un ça va mais quand ils sont plusieurs ... et tout le monde y va de son bon sens populiste, comme si le bon sens populaire était habité d’un racisme nationaliste.

 

Il est passé où ce racisme à l'ancienne quand les connards n'avaient pas peur d'assumer la connerie de leur relent néo nazi ; saluer le bras tendu puis partir en ratonnade le dimanche matin avant d'aller à la messe. Aujourd'hui la parole est insidieuse, qui n’a pas entendu un proche, un membre de la famille un jour sans verve ostentatoire fustiger modestement les noirs, les blancs, les jaunes, les roms, les pd, les chinois ou les syndicalistes et si on prendre le risque de s’offusquer c’est soi qui passe pour un con, un idiot, un inconscient à qui on reproche la tolérance en la faisant passer pour du laxisme. Je ne suis pas vieux, pas encore, mais j’ai connu une époque où c’était la parole raciste qui était la parole des cons. Aujourd’hui on t’inculque avec la prose républicaine que - leur - culture ne traduit pas ce que l'on pense ici chez nous, mais rassure toi non je ne suis pas raciste.

 

Tant que la parole nationaliste - qui conduit au racisme - sera mainstream, tant qu'elle raisonne dans la bouches des médias, des politiciens et du peuple et que ces discours continus de tisser l'ombrelle sous le couvert de laquelle mon voisin devient un étranger et que la rumeur bruissent de croisades qui libérant le fiel d’une parole aigre contre l'arabe, le noir et l'étranger, moi j'aurai honte, de ma culture et de mes semblables. Il n'y a pas longtemps ma culture de la rage et de la révolte me donnait envie de brûler des maisons petites bourgeoises pour fustiger l'inculte indifférence des classes moyennes à la marche du monde. Aujourd'hui j’ai envie d'appeler à la haine, à la guerre et à la destruction de la parole raciste, celle qui se déguise en valeur culturelle, celle qui n'assume pas sa connerie radicale et se cherche une légitimation socio-historique. On veut nous faire croire qu'un attenta légitime une parole haineuse, qu'un acte tragique peut faire passer une parole de l'illégalité honteuse à la légitimité crasse. Plus que jamais la parole raciste me rend malade - du profond de moi jusqu'à la surface ; je suis ébranlé et frappé par la vigueur vicieuse de cette parole insidieusement réactionnaire qui creuse la différence et enferme la tolérance. Ce n'est pas une posture romantique, si je pouvais me foutre de tout cela je le ferai mais les vagues successives de paroles racistes viennent de plus en plus éprouver ce qui me serre d'humanité - que faudra t il faire pour que l'on se lève et que l'on tienne tête à l'odieuse parole qui prend de l'ampleur.

 

Aujourd'hui j'ai peur qu'il n'y ai plus assez de majeur à lever pour emmerder tous les connards nationalistes, racistes et néo fascismes de France. Je suis sûr que l'on va me dire que je me trompe, que je m'alarme pour rien, d'un coté encore heureux que ceux qui me lisent ne soient pas racistes, pourtant je ne cesse de croire que le vers est dans la pomme humaniste. Je veux que le racisme s'assume pour ce qu'il est, je ne veux plus que l'on use, abuse et que l'on galvaude des arguments intellectuels pour défendre l'indéfendable, jamais Mc Donalds ne sera de la grande cuisine, ça n'empêche personne d'y aller, que le racisme représente la même chose, idéologie nauséabonde et si le peuple veut en bouffer qu'il le fasse mais qu'il ne cherche pas à faire croire que c'est autre chose. Vous voulez bouffer de la merde idéologique alors faites le mais ne vous leurrez pas.

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Publié le 31 Octobre 2012

En plein jour, en pleine nuit ; là où je me trouve je suis nulle part où je puisse dire être ici. Je suis juste en face d'elle et elle est là. Au demeurant d'une vie d'artiste doit-on les laisser souffrir les muses ces fameuses égéries au corps présent. Faut-il laisser couler leurs larmes, laissé crier leurs cœurs, leur laisser souffrir le monde pour pouvoir y puiser notre inspiration ? Faut-il leur laisser insuffler en moi les sentiments exacerbés de cette humanité qui m’est étrangère. Ne sont-elles pas là pour cela, au sublime de leur personne ressentir le vivant, le souffrir ou en jouir pour d’autre ?

 

Qui sont-elles, que sont-elles ?

 

Souffrir, sourire la nuance est mince mais quel est son rôle à la muse ; donner dans le sentiment, l'émotion, l'inspiration, donner du sensible, rien que du sensible, de l’être soi, c’est à dire de l’être elle ; aimer ou être elle, paraître ou être elle, éternelle question dont les réponses se tissent dans ce que j'y puise et dans ce que j'écris.

 

Doit-on laisser les muses expier au pilori de ce que l'on ne peut pas endurer les sensations que l'on refoule ? Sensuelle, fragile, infiniment désirable parce qu'elles sont sensibles, faut-il les laisser souffrir et vivre une vie dont seuls les artistes s’offre l’audace de rêver et par petite gorgée d’un goût subtil distiller au spectateur fasciné.

 

Les muses souffrent-elles ce que l'on n'ose pas endurer ? On les sait sensuelle et fragile et on les expose aux morsures de la vie, à ses foudres et ses poignards, à son goût âpre et amer dont les hommes n'ont eu cessent de se protéger et que l'artiste a souhaité en silence avoir saisir.

 

Peut-on laisser souffrir les muses ? Du piédestal d'où on les voit là où elles sont belles, irradiantes, irradiées plus que de raison à la place du plus fort, nous les voyons vaciller, pleurer, prier, aimer, crier. Doivent-elles être là parce qu'elles le font si bien, simplement parce qu'elles sont douées pour cela, simplement parce que nous ne le sommes pas assez ?

 

Sentiment de feu, de femme et d'amour ou d'existence au zénith.

 

Doivent-elles être les seules à goûter aux goûts amers, la liqueur âcre de la vie ? Transpercées en leurs corps et conscience des soubresauts de la douleur. Elles sont belles mes muses, ruines fragiles et encore tremblante de leurs âmes ; elles sont fières mes muses crucifiées à l'orée de la folie, elles savent faire face mes muses aux cris, aux pleurs, aux tremblements et soubresauts de la raison, pas celle du plus fort mais celle du plus lâche. Faut-il laisser mourir les muses comme s'éteint une bougie, ne gardant au cœur que la nostalgie légère et l'emphase délicieuse que l’on appel inspiration. Faut-il les laisser mourir pour un éclat de mot, une lueur de plaisir ?

 

Une main sur la tête caressant les cheveux, une main sur le cœur caressant la blessure, figée dans sensualité apparente elle est là. Une pause prise près d’un torrent. Faut-il accepter de la laisser partir et rester là stoïque et exalté en ayant à la conscience l'imminence de sa chute, le probable de son plongeon, le certain de sa fin.

 

Faut-il écrire sur elle, pour elle, avec elle, écrire sans elle ? Puis faut-il encore être lu et aimer cela pour poursuivre cet exercice ?

 

Tête à tête divin, d’elle à moi il n'y a rien d'espace qui nous sépare, juste d'infimes différences et d'infinis petits gouffres ; nous avons le don de les vivre, elle a le don de l'être infinie et différente ; j’éprouve la culpabilité contre l'envie, le sublime contre l'extase. Elle et moi, la muse et l’artiste, elle inonde et je canalise, elle traverse et je transport, elle expérimente et j'exprime ; elle expire et j'aspire.

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Publié le 30 Octobre 2012

Ça a commencé il y a longtemps devant un ordinateur, un vieil ordinateur avec juste un traitement de texte et un écran défraichi orange et noir. A cette époque je n’étais personne, un personnage silencieux et invisible, inconnu des autres et ignoré de soi. L’ordinateur était là, improbable trouvaille qui trônait sur mon bureau sans que je ne parvienne à en débusquer le sens ; je devais même éprouver une forme de timidité devant cette machine inerte. Elle était bonne à quoi ? Et moi je devais être bon à rien. Et puis ça à fait sens en moi, comme émerge une pulsion au milieu de la conscience, comme une évidence qui soudain s’impose, écrire ; pas de la littérature mais quelque chose qui avait l’intuition du journalisme, de la feuille de choux, du fanzine, du prospectus, du tract, l’intuition de l’écrit un peu sauvage qu’on jette à la face du monde et du lecteur.

 

C’est né ainsi ; un après midi d’été avec quelques amis pour se donner le prétexte du jeu et passer à l’acte. Mes premiers mots écris, ils sont vaguement engagés et surtout absurdes mais ils ont déjà le souci de s’agresser au lecteur, de s’adresser sans violence mais avec insistance à la personne humaine. Cette feuille A4 noircie recto-verso de notre prose adolescente s’appellera Tran’quille Emyle et bien entendu la signature est anonyme. Après que quelques tirages soient sortis de l’imprimante on attend que la nuit soit tombée et on se glisse dans les ruelles du village et déposer ce que l’on appelle notre « journal » dans les boites aux lettres, sans quoi le geste d’écriture n’aurait pas été abouti. Les jours suivants nous espérons des réactions sans qu’elles ne viennent alors nous recommençons. Cette fois nous sommes moins nombreux, ça doit être moins amusant pour les autres, reste pourtant les mêmes gimmicks dans la même prose, la même expédition nocturne, la même attente. Et rapidement je me retrouve seul, comme je l’ai toujours été au fond, seul devant le clavier, seul derrière les mots, seul à noircir l’écran d’une écriture nocturne qui n’est jamais automatique mais toujours inspirée, je suis pris au jeu. Sous couvert d’une signature inconnue moi l’éternel introverti abonné au silence je fais l’apprentissage farouche et empirique de la parole écrite, de ces mots que l’on dit en les puisant en soi. C’est apprendre à écrire, dans tous les sens du terme, apprendre le goût âpre de l’écrit quand celui-ci se fait pamphlet ou expression satyrique, la saveur enivrante d’une prose qui se fait insoumise et exacerbée quand l’emphase enivre ou qu’un monologue bien calibré touche en plein cœur la cible que l’on se fixe. Je continu ainsi de nuit en nuit avec pour cœur de cible un minuscule lectorat à dérouler le fil de ma pensée à fleur de peau.

 

Je suis un lycéen de 15 ou 16 ans définitivement introverti, timide, seul, silencieux et solitaire et quelques fois malmené par la bêtise de ses congénères. J’ai pour moi cette écriture nouvellement acquise comme un sport de combat, un salvateur exutoire. Un jour de terminale un prof fait circuler une feuille où l’on doit inscrire nos adresses pour je ne sais plus quelle raison sans importance. Je suis au fond de la salle, seul à ma table. Quand la feuille arrive tout le monde l’a remplit, et dans un étonnant réflexe je décide de noter ces adresses, pas toutes mais celles de ceux qui m’inspirent le plus de ressentiments et celle de celle qui m’inspire le plus de tendresse. Je sais dès lors que je tiens mon nouveau lectorat. Je trouve vraiment excitante l’idée de pouvoir enfin puiser dans les ressentiments, les rancunes, la rancœur et l’amertume que j’ai à leur égare l’inspiration des textes que je m’apprête à leur écrire. Je peux enfin m’attaquer à mon lectorat de front, de plein fouet, avec les mots aiguisés, la parole acerbe et le confort d’un l’anonymat. Prendre soin de poster les lettres depuis des bureaux de poste lointains ne pouvant rien révéler de moi et attendre les réactions. J’attends une semaine, deux semaines, sans déceler de réactions, sans surprendre de remarques chez ceux que j’ai choisie. Je recommence, je continu, je persévère, un nouvel envoi puis un autre encore, je continu parce que je sais qu’ils me reçoivent même s’ils ne disent rien et cette idée simple d’écrire à des gens que je fréquente irrigue mon imaginaire. Jusqu’au jour où une de mes cibles parle, elle explique qu’elle reçoit de drôle de lettre et se demande si c’est quelqu’un de la classe qui envoie cela. A partir de là tous ceux qui reçoivent mes écrits se dévoilent et débute la traque, la recherche de l’auteur. Moi je deviens une sorte de corbeau, je découvre le plaisir de jouer avec mes lecteurs, avec les fausses pistes, avec les sous entendu et bien sûr le mensonge. Pouvoir voir les effets que provoquent mes mots m’enivre, assister à ces discussions qui essaient d’analyser, de dépecer ma prose pour y déceler un indice et jouissif, je suis plus fort qu’eux, ils ne me trouveront jamais. D’ailleurs Je n’ai pas trop à mentir, on ne me soupçonne quasiment pas. Tran’quille Emyle devient le sujet récurant de toutes les discussions et j’aime ça, j’adore, alors j’intensifie les envoies et emmène mes mots toujours plus loin pour espérer faire mouche, faire trembler et ébranler l’ordre établit, ébranler leurs habitudes, ébranler leurs certitudes, ébranler leurs faux semblant. Cela durera ainsi jusqu’à la fin de l’année sans que je ne me lasse, sans que l’on me découvre.

 

Viendra l’été, le silence, puis une nouvelle vie, l’université, la cité U et de nouveaux amis. Mais j’ai pris goût aux lettres anonymes, je me débrouille très vite pour récupérer des adresses et je redeviens corbeau cette fois si un peu moins virulent mais plus amoureux, moins enragé mais plus engagé et toujours anonyme. Et toujours le plaisir de jouer avec les lecteurs, se dissimuler, les manipuler toujours se rapport de force, toujours sûr qu’ils ne me trouveront jamais. Je deviens accros, capable de faire une heure de route pour poster mes lettres d’une autres villes et brouiller les cartes, capable de faire une heure de route pour rentrer chez moi écrire une nouvelle lettre et refaire une heure de route pour rejoindre ma chambre d’étudiant prenant soin d’envoyer mes lettres. J’aimais assister aux remous des mots dans le réel, observer la façon dont ils pénètrent les gens et agitent l’espace et le temps. Je resterai silencieux et anonyme jusqu’à la fin de l’année, jusqu’à la dernière nuit du dernier jour où je glissais une dernière lettre sous la porte de ma lectrice favorite dévoilant mon identité puis je disparaissais sans n’avoir plus jamais de nouvelles.

 

Je restais ce garçon silencieux, solitaire et introverti qui s’il n’avait pas eu la verve de ses paroles écrites contre des auditoires qu’il jugeait hostile ne se serait jamais exprimé. Mais le goût de l’injustice et la sensation romantique de se trouver seul contre tous alimentait mes mots d’une inspiration brulante. L’idée de confronter mes mots à un auditoire possiblement hostile s’enflammait sans demi-mesure. Arrêtant mes études pour une année sabbatique c’est l’époque où je découvrais internet. Après avoir apprivoisé la machine ordinateur, cette caisse vide qui résonnait de mes écris je découvrais un média dont j’ai eu rapidement l’intuition qu’il serait le terrain de jeu idéal pour mon exploration personnelle et intime de l’écriture viscérale. Le crépitement du modem 56k m’a rapidement conduit à écumer les tchats d’AOL non pour y discuter mais pour y voler des adresses mail, les copier, les piocher au hasard dans la foule des internautes pour me constituer un carnet d’adresse d’anonymes tous potentiels lecteurs de ma prose. Je me suis alors mis à envoyer mes textes comme cela, par envoi groupé, dix, vingt, cinquante, cent personnes, parfois plus, je balancer mes mots comme des pavés dans la marre du virtuel et là ce qui était bien c’est que dans le nombre il y avait toujours des personnes pour répondre. Mes mots trouvaient écho et pouvaient rebondir. Bien sûr dans le nombre il y avait toujours des mécontents, des cons, avec qui les insultes fusées mais il y avait aussi des personnes exceptionnelles pour des échanges enflammés. Parfois mes lettres anonymes se sont mues en correspondance privée, passionnée, enflammée et amoureuses mais je ne cessais pas de lancer mes mots sur la foule. Tant et tellement que plusieurs fois j’ai été puni par AOL qui m’accusait de faire du spam, du vulgaire spam, alors j’essayais de tricher, multiplier les comptes, morceler mes listes d’envois, pourtant j’ai fini par être radié mais ça n’a pas éteint ma flamme lyrique, mon envie pour la littérature de clavier, ma passion ces mots à la frontière de l’intime, de la discussion, du discourt, de la rhétorique, de l’emphase déclamative et du pamphlet instinctif, viscéral, irréfléchi. Presque plus que le plaisir de l’écrit c’est l’impatience des retours, des réactions qui m’animait, c’est l’échange, la confrontation de la parole face à la diatribe de la foule, le mot écrit, pensé, pesé, posé face aux ambages de la doxa. Il n’était pas question de réseau social comme maintenant, non c’était la foule, l’arène, la place publique, c’était le chaos, la guerre, la jungle, le paradis et l’enfer, c’était vivant, vivace, coriace, terriblement stimulant, c’était l’inconnu, la découverte, le temps des possibles et le temps des illusions à échafauder ou bien détruire selon de quel coté des mots j’étais. Et puis le temps, et peu à peu j’ai cessé de larguer mes mots dans le hasard. Je n’ai jamais tout à fait cessé c’est juste devenu plus rare puis ensuite se ne fut que pour des amis, des connaissances, des personnes consentante pour recevoir ces proses, mail collectif, à demi enflammé, à demi destiné mais toujours désireux d’une réponse, d’une réaction.

 

Et puis voilà vient les blogs, pas ce blog en particulier mais les blogs, puis mon premier, avec l’envie de retrouver les mêmes sensations que celles que j'avais quand je lançais mes mots à l'abordage de la foule, le plaisir de publier face aux inconnus, alors y’a eu un blog sincère et naïf avec la même prose mais pas dans le même contexte et puis j’étais devenu parlant, vivant et vivace, les mots n’avaient plus la même fonction, moins instinctifs et puis désireux de reconnaissance, de gloire et de séduction. Et puis il y a eu mon premier blog fake trouvant rapidement un public conquis par la l’ingénue fantasmé dans mon esprit. Et puis il y a eu d’autres blogs, en dilettante distancié ou en sérieux sincère jusqu’à en arrivé ici, dans ces lignes. Mais les blogs ont perdu une chose essentielle, il n’a pas un auditoire hostile, ou si rarement. Les lettres que j’envoyais et les mailings collectifs avaient un point commun ils étaient intrusifs et cette intrusion rendez généralement l’auditoire plutôt hostile. Mais on vient sur un blog parce qu’on le veut, on le choisi, auditoire conquis et auteur qui se ramollit, au mieux on cherche à séduire quand le blog se fait vitrine de soi. Et moi je suis nostalgique de l’époque où j’avais dans le sang le bouillon des mots comme le goût du combat.

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Publié le 28 Octobre 2012

Quatre heures du matin, presque cinq, la route est plutôt déserte et la nuit encore noire. Nous traversons la campagne. A côté de moi Lydie somnole sur son siège la route nous berce, la radio aussi, je conduis en silence, calme et absorbé.

 

Il y a une demi-heure encore nous dansions sur la piste d'une boite surchargée, surchauffée, surpeuplée ; danse de boite qui n’est pas de la danse juste des corps côte à côte un peu moites un peu gauche comme secoués ; elle, petite jupe plissée, bottes et débardeur elle flirtait, papillonnait, dansait avec des inconnus. Moi, le ventre collé au comptoir la main sur mon verre je la regarde faire les yeux mi clos de désir, mi clos d'amertume alors je dévisage la serveuse reportant sur elle ma paresse à en séduire d’autre.

 

C’est la même soupe électro que celle déversée par les radios FM et la mode éphémère comme la virginité d’une adolescente en chaleur. C’est à ce demander si les gens ici écoutent la musique ; regard alentour pour aliéner mes arrières pensées à un corps qu’un décolleté dévoile. Je connais la route par cœur, de regard en regard jusqu’au moment où l’on glisse sur des cuisses nonchalamment décroisées ses doigts pour s’assurer du lâché prise de sa proie.

 

Virages serrés et traversée de hameaux sous les halos des réverbères, pourquoi est- ce que je fais cela ? Un trait de lumière, un regard en coin, elle semble dormir, ma main sur sa cuisse, elle frémie, je n’ai même pas le sourire. J'insiste, elle dort, je remonte sous sa jupe, elle s'étire, cuisses entrouvertes, érection sous ma ceinture. Elle est ivre peut être, pas moi, je m’en fouts. Drôles de vibrations, sourdes et rythmées ; la voiture qui tremble et ma main qui revient sur le volant, ralentir, s’arrêter. Elle se réveille, se redresse, s’interroge.

 

Je lui dis que ce n'est rien, mais je n’en sais rien. Je vais voir ce qu'il se passe, je fais le tour de la voiture, pas de surprise ma roue avant à plat ; une putain de crevaison. Je regarde par la fenêtre, elle a baissé le siège et s’est allongée, sa jupe remonte assez pour que je voie dessous le tissu de sa culotte. Il faut vite que je change cette roue.

 

Une crevaison c’est trois fois rien, change cette roue et rejoins là, pourvu qu’elle reste chaude la petite dans sa jupe ; j’ouvre le coffre, soulève le tapi de sol, trouver la grosse vis qui retient la roue de secours, dévisser, bruit sourd de la roue qui se libère et tombe. Défaire la roue crevée, trouver le cric. Retourner vers le coffre, chercher sous l'aile, essayer d'arracher la moquette, non ce n'est pas là, ne pas paniquer, sous mon siège peut être, non plus. Je sais que je sais, oui mais où ? Ouvrir le capot, rien non plus, j'enlève ma veste, retrousse les manches de ma chemise, blanche. Lydie sort, ça va ? Je ne trouve plus le cric et ça la fait rire. Ça me revient, il est dans les aérations, petite grille ouverte et l'objet repéré, reste à le sortir. Je n’ai pas de lampe, reste la lumière du portable, Lydie m'éclaire quand je voudrais qu’elle m’allume, je me bats pour sortir ce putain de cric. C'est fait. Dévisser les écrous, toujours un qui bloque malgré les coups de pieds dans la croix, j'ai chaud, je sue, l'aube ne va pas tarder à poindre. Les écrous retirés, la roue l'est aussi, reste à la changer, remettre roue de secours, resserrer, remettre la voiture sur le sol.

 

Enfin je remonte dans la voiture, j'ai de la graisse et du cambouis plein la main, de la sueur plein la tête, chemise sale, elle rit de plus belle, je ris amère avec elle et je reprends la route.

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Publié le 23 Octobre 2012

Il y avait au pied de la chaise de fragiles escarpins, de ceux que l'on attache à la cheville par des lacets qui s'entremêlent. Je remarquais immédiatement qu'elle avait des pieds admirables, d'une cambrure rare et gracieuse, une beauté particulière qui devait la complexer quand elle était plus jeune. Elle avait l'élégance de porter des bas, des bas qui plissaient légèrement derrière son genou juste au dessus de ses mollets. Elle était assise sur la chaise et le contour de sa cuisse esquissait avec la chute de ses reins des fesses au galbe presque parfait. C'est juste là que les lanières qui tendaient ses bas étaient venues se poser. La lumière était allumée avant que je n'arrive. J'observais le laçage de son bustier bleu de gris. Les lacets, rose vif, étaient suffisamment serrés en bas pour cintrer la lingerie et donner à la taille l'apparence de cette finesse élégante. Le laçage avait laissé de petites marques en forme de X sur la peau tendre, des marques que l'on apercevait à peine laissant penser que le bustier avait bougé. Ce bustier, aux allures désuètes de corset, était lacé dans le dos, elle n'avait donc pas pu le mettre seule.

 

Il y avait eu un avant à cette scène, des coulisses et une assistante, peut être un, qu'il me faudrait découvrir. En grimpant le long de son dos les lacets semblaient se desserrer. L'avaient ils toujours été pour ne pas trop compresser sa gorge et la laisser respirer ou bien avaient ils été innocemment desserrés, telle une invitation ou une provocation au désir ? La base de son cou était enserrée par un câble fin et noir, enroulé anarchiquement en des dizaines de spires entre lesquelles la chaire rougie et exsangue apparaissait parfois. Son visage était à l'avenant, complètement ligoté par un amas de fils, certainement des câbles dont il me semblait apercevoir parfois aux extrémités d'étranges petits cubes de plastique. On distinguait par endroit quelques mèches de cheveux roux, le dessin raffiné de son nez et ou le rouge carin au coin d'une lèvre. Le médecin légiste me confirma sans surprise la cause de la mort par strangulation. Je n'étais pas étonné de voir que l'agresseur s'était servi de la même méthode pour lui lier les mains aux accoudoirs. Cependant j'étais troublé par les circonvolutions qu'il avait prit le soin de faire en faisant courir les liens de ses poignets vers ses épaules avant que le cordon ne l'étrangle.

 

Je n'eu pas vraiment le temps de réfléchir à cela, une chose venait de m'ahurir. Je venais de m'apercevoir que les câbles qui enlaçaient cette femme provenaient tous du clavier de son ordinateur. Je ne dis pas qu'ils avaient été arrachés depuis l'intérieur du clavier mais bel et bien qu'en lieu et place de certaines touches des câbles sortaient et venaient s'enlacer autour de ses poignets. L'écran de l'ordinateur était allumé. La fenêtre d'un logiciel de messagerie était encore ouverte. On pouvait lire les derrières lignes d'une conversation.

 

Heart-of-art : Écoute c'est fini. Je ne veux plus vivre cela, ton m'amour m'étouffe.

The-puppetmaster : Mais non ce n'est pas possible !!!! Tu n'as pas le droit de me faire ça je t'aime trop !

Heart-of-art : Tu vois ... N'insiste pas de toute façon ma décision est prise. Je ne peux plus vivre comme ça

The-puppetmaster : Alors c'est cela mon amour t'étouffe ...

 

Je remarquerai ensuite que les lettres du clavier pendaient aux extrémités des câbles, six lettres : s a l o p e

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Publié le 19 Octobre 2012

Au départ c'est un secret, un arcane du monde découvert par hasard. Un été, un soir, un moment d'abandon, ma conscience qui quitte mon corps et s'incarne dans un autre corps. Je ne sais pas comment encore moins pourquoi mais je vois sur mon lit mon corps humain étendu et inconscient, je suis dans le corps d'une mouche, ce n’est pas glorieux mais ça s'impose comme une évidence à ma conscience : je suis une mouche. Je comprends ma chance et entrevois les excès voyeuristes que s’offrent mes envies. Je m'envole un peu incertain de ce nouveau corps en direction de la fenêtre, la ville tout à moi.

 

Je rentre dans les chambres. Je me suis d'abord posé au plafond et j'ai vu les femmes dans leur intime quotidien. J'ai surpris des gestes non équivoques que font des jeunes femmes seules dans leur lit. J'ai démasqué dans les atmosphères humides des salles de bains la mascarade des jolies. J'ai volé dans le silence de leur solitude à la rencontre de l'ennui sans fin des femmes seules. J'ai observé les jeux que jouent les jeunes filles quand la porte de leur chambre fermé. Je me suis délecté de ces corps qui s’habillent vêtements et sous vêtements.

 

L’été les portes et les fenêtres sont ouvertes, je peux assouvir mon voyeurisme dévorant. Cet été là je suis un insecte parmi les autres et je suis passe inaperçu. Bien sûr il y a le risque de se faire écraser mais j'ai su éviter les coups, claquette, magazine, tapette et toutes sortes de choses lancées contre moi. J'ai su revenir me poser sur mon corps pour retrouver la conscience et mes gestes d'homme. Je revenais en moi surtout pour me soulager des passions affolantes que ces expériences intrusives provoquaient.

 

Parfois je prenais le risque de me poser sur ces femmes, endormies souvent et parcourir leur corps. Sentir gonfler leurs poitrines aux rythmes de leur respiration, la peau chaude et salée. J'ai osé l'aventure des recoins interdits. Je me suis enivré jusqu'à ce qu’un revers de main vienne me chasser. Je suis alors parti à la rencontre des couples trop occupés à se faire l'amour pour s'apercevoir de ma présence. J'ai découvert l'adultère qui décuple la passion. Je me suis ému des gestes maladroits des premières fois. J'ai découvert des expériences inédites à ma morale. Je me suis étonné de la nature dévergondée de certaines de mes amies. Au fil des vols j'ai pris goût à épier mes proches suivre les ébats d'une cousine, les déboires d'une amie.

 

Le temps passant je passais de plus en plus de mon temps dans ce corps de mouche délaissant la pesanteur de mon corps humain. Je suis sorti suivre une soirée, des femmes, des hommes, des aventures ratées, d'autres prolongées. Je les ai regardées s'aimer dans tous les sens, s'offrir l'une à l'autre. J'ai attendu jusqu'à leur sommeil et je me suis aventuré goûter leurs peaux la sueur mêlée. Enivré j'ai pris goût à les suivre dans une parcelle de leur quotidien. J'ai fini par rentrer. En arrivant dans ma chambre, plus personne, plus mon corps mais les scellés de la police. Je ne suis plus là.

 

Jene chercherai pas à me retrouver. Dehors le soleil se couche, je m'envole.

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Publié le 18 Octobre 2012

je t'ai trouvée, je t'ai tournée, toute retournée dans tous les sens de mes phrases. Je t'ai traquée comme sur les traces d'un gibier, je t’ai trouvé, je t'ai séduite. Je me suis joué en déclinaison, je t'ai jouée le partition du grand je, je t'ai traînée dans le sillage de mes mots, je t'ai traitée de reine, de folle, de fille, de jolie princesse, de fille de joie, de juste cause à mes paroles, je t'ai tout dis, tout caché, j'ai tout choisi, je t'ai fais choir de tes belles illusions, je t'ai fais chuter dans mes filets, je t'ai jetée mes mots d'amour, d'envie, d'avenir, mes mots vernis, mon bon venin, les mots visés, je t'ai vainement vendu mon âme puis je t'ai fais virevolter des rêves d’espoir, j'ai franchi des caps, en silence j'ai grandi mes envies, je t'ai faite taire, tenue au silence, j'ai savouré, j’ai connu le loisir de te laisser couiner, murmurer, râler, gémir, geindre, essouffler des tes paroles de désirs que je voulais entendre, j'ai entendu mon corps, gonflé mon sexe, joué des mains, jonglé les mots, j'ai été là, j'ai disparu, je n'ai jamais lâché prise, je t'ai jaugée, je t'ai jugée, je t'ai poussée, je t'ai attirée, je t'ai repoussée, je t'ai violée, je t'ai vidée, je t'ai violentée, je t'ai outragée, je t'ai souillée, je t'ai rêvée, je t'ai jouie, je t'ai fantasmé, je t'ai ciselée, je me suis tout permis, je ne me suis rien refusé, je n’ai rien laissé, je t'ai mise en ligne, mise en bouche, je t'ai balancée dans le rouge, j'ai donné quelques bleus, je t'ai surexposée, je t'ai cramée, je t'ai numérisée, je t'ai scannée, je t'ai sondée, je t'ai clonée, je t'ai multiplié, je t'ai corrigée, je t'ai défraîchie, je t'ai rafraîchie, je t'ai fractionnée, je t'ai défragmentée, je t'ai induite en erreur, je t'ai induite en amour, je t'ai enduite de mon amour, je t'ai allumée, je t'ai éteinte, je t'ai branchée, je t'ai confrontée à moi, je t'ai affrontée à mes pulsions, je t'ai écorchée, je t'ai gravée mon nom, j'ai aggravé ton cas, je t'ai affichée ma vie, je me suis affairé à faire de notre idylle une chronique crépusculaire, je t'ai faite muse de mes moments sombres, je me suis tout permis, je te le rappelles tu n'es qu'une adresse, un avatar, un amalgame de données sur la toile, je te le rappelle je suis odieux, tu es virtuelle, tu es toutes celles, tu es tant d’autre, tu t’étends à l’infini, tu es mes infinies et pourtant je te quitte

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Publié le 17 Octobre 2012

Je recherchais les fées comme un chercheur le fait avec l'or, avec de la fièvre qui bat la tempe, ce trouble dévorant qui pousse l’homme de la passion à la folie. Être chasseur de fée, ce n'est pas une chose qui se revendique ni ne se cri sur les toits ; c'est secret, à moi, rien qu’à moi, c’est mon petit secret. Il fera bientôt jour, je suis heureux, mon cœur palpite comme au premier jour, je viens tout juste d’en attraper une. Elle a les cheveux noirs avec des reflets rouge sang, le regard bleu comme la glace. Elle possède de magnifiques ailes noires qui scintillent quand elle se débat. Elle est encore inerte, inconsciente, prise dans les mailles fines de mon filet électrifié. Elle est assommée, ses cheveux sont tout emmêlés, mais je la trouve déjà magnifique.

 

J’ai mis du temps à retrouver celle-ci. J'ai d’abord été sur sa trace comme on peut être à l'écoute d'une rumeur, en tendant l’oreille aux vents et aux bruits ténus de la rue qu’ils transportent. Je ne me souviens plus exactement comment cette histoire d'ange veillant sur les prostitués est arrivée à mes oreilles. La première fois, ça devait être une rumeur de bar, une de ces histoires alcoolisées qui passe de bouches volages aux oreilles distraites. Simplement des bribes de phrases volées aux conversations débridées qui ignorent que demain viendra. J’ai alors commencé à réunir les pièces éparses d’un puzzle que je reconstituais petit à petit. De mot en mot, j'ai remonté le fil de cette rumeur, recousu la trame lacunaire de cette légende pour en obtenir une idée nette qui convergeait vers le corps des prostituées. J’en étais arrivé au point où une évidence se dessinait ; si je voulais aller plus loin, suffisamment loin, pour rencontrer cette fée, il fallait que je recontre les putes, il fallait que je paie le corps d’une femme pour approcher de la fée.

 

La première fois, c’était tard dans la nuit, au fond d'une impasse, à l'ombre d'une porte de garage. Quarante euros, c’était le prix pour une fellation mais surtout le prix à payer pour avoir quelques minutes propices pour apercevoir une fée.

Je ne l'ai pas vu.

 

La nuit suivante, je suis revenu errer dans le quartier à la recherche d’un scintillement, un crépitement, d’un quelque chose de féerique qui trancherait avec le cloaque de la rue. D'autres nuits encore je suis revenu là où la rumeur me laissait croire qu’elle pouvait apparaître. Parfois je payais ces femmes et je jouissais pour rien, d’autres fois je revenais discuter avec les femmes de la rue. Au fil des nuits, je suis devenu un client assez régulier pour être leur ami. Je venais sans honte, pas sans espoir, j’avais pour elles toujours de l’argent, mais nous échangions plus que du sexe, elles avaient pour moi des histoires de fées et d’ange gardien. Pour elles, l’histoire de cette fée était naturelle, réelle, certaine, c’était un fait.

Enfin une nuit, je l'ai vu. C’était une nuit d’automne, le quartier chaud était électrique, le ciel était chargé d’un orage prêt à tomber. Elle est venue se poser sur l'épaule dénudée de la jeune femme rousse qui, accroupie devant moi, s'appliquait de sa bouche à faire jaillir mon plaisir. Si la rumeur parlait d'un ange, ce que la rumeur avait omis de dire que c’était peut-être celui du vice. Je pouvais voir dans le bleu glacé de son regard minuscule l’éclat lubrique du voyeur. Elle se tenait là sur l’épaule de la pute campée dans un minuscule mais affolant bustier rouge d'automne et une minuscule jupe aux froufrous flamboyants. Elle était toute chaloupée, battant des ailes avec désinvolture quand dans un soubresaut la prostituée lui a fait perdre l’équilibre. D’un battement d’aile qui laissa tomber de la poudre brillante sur l’épaule de la jeune femme, la fée se repositionna sur son épaule. Elle était là, et elle lui caressait les cheveux sans que je comprenne si c'était pour l'encourager ou l'apaiser. Dans l'excitation de l'instant, je n'ai pu me contenir et j'ai joui rapidement. La jeune femme, son travail fini, c'est relevé et la fée avait disparu. La nuit d'après je suis revenue et j'avais cette fois avec moi le filet. Je suis revenu la nuit encore après et une semaine durant toutes les nuits à payer des femmes pour leurs services, à payer pour poursuivre un mythe.

 

Je me sentais un peu comme ces marins d'Ulysse qui n'ont pas su résister à l'appel du mythe, mais pourquoi vouloir résister à une passion dévorante ? Et la passion toujours paie, une nuit alors que l’aube l’allait faire son entrée, pendant que j'étais entrains de besogner une femme payée à m’offrir son dos et puis ses fesses, elle est revenue. Elle s'est posée tout doucement au creux des reins de ma putain comme une brise dépose une feuille morte au pied d’un arbre centenaire. Elle s'est posée comme pour mieux profiter du spectacle. D'un geste vif répété des centaines de fois, je l'ai saisi dans mon filet. C’est à peine si elle a crié quand elle a senti le courant électrique la parcourir. Elle s'est à peine débattue quand j’ai quitté la femme, la ruelle, le cloaque, et que je suis parti en courant avec mon butin vers ma voiture.

 

Enfin elle est là. Étendue sur mon bureau. Je l’ai libérée des mailles du filet avec délicatesse pour ne pas la blesser et maintenant je m’applique à la déshabiller avant qu'elle ne se réveille. Il faut démêler ses cheveux, défaire son bustier et sa jupe que je garde précieusement. Aussi nue qu'elle peut l’être et tellement belle dans son élégance, je l’admire ; ses ailes noires scintillantes, sa peau d’albâtre qui accentue la couleur intense de ses cheveux. Je la prends avec toute la délicatesse dont je suis capable et je la dépose sur la page du dictionnaire à la lettre P tout près de Philosophie et Photographie. J'observe encore sa petite poitrine se gonfler au rythme des respirations, je contemple toujours les nuances irisées sur ses ailes déployées qui irradient au rythme de ses respirations et tout doucement je referme sur elle l’épais dictionnaire.

 

Dans le silence de la pièce, je n'entends que mon souffle et le bruissement de ses os qui craquent. Entre les pages de mon gros dictionnaire, elle rejoindra bientôt ma collection de fée. Le poids des mots et le grain si particulier des pages de ce dictionnaire sont les seuls capables de sécher correctement les fées que je collectionne les fées comme d'autres font collection de feuilles mortes.

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