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Publié le 3 Mai 2017

Pour la seconde fois pendant cet entre deux tours présidentiels j’essaie de mettre à plat mes idées et mes ressentis vis-à-vis des discours auxquels je suis confronté. Et notamment les discours qui en appellent à faire barrage au Front National.

 

Je vais le préciser au cas où le doute vous soit permis, je ne partage pas les idées et le programme du FN et je n’appelle pas à voter pour leur candidat  dimanche. Mais cela ne m’empêche pas d’éprouver des sentiments contrariés lorsque je suis exposé à la doctrine qui convoque avec véhémence le fait de faire barrage au FN. Si je me donne une seconde chance pour rédiger ce texte c’est justement pour essayer de verbaliser ce ressenti qui provoque en moi un certain malaise.

 

Je ne sais pas par où commencer alors je vais rappeler une évidence : je suis pour le fait de faire campagne afin qu’un autre candidat que celui du FN soit élu. Lorsque j’écoute la radio, que j’allume la télé, lorsque je vais sur les réseaux ou que j’entends les gens parler je suis attristé de voir que le principal argument en faveur du vote Macron est le fait de faire barrage au FN. Voilà le nœud  de mon mécontentement la défaite des idées et arguments. Je suis peut-être naïf, pire encore je suis peut-être optimiste et si vous le voulez vous pouvez même considérer que je suis déconnecté de la réalité mais jusqu’à présent je reste convaincu que pour contrer l’idéologie du Front National nous pourrions recourir aux arguments et aux valeurs des idéaux humanistes.

 

Par facilité rhétorique j’ai choisi d’opposer les termes idéaux humanistes que j’envisage comme une doctrine liés à la pensée des lumières aux idéaux nationalistes qui sont défendus par le FN.

 

Mais au lieu d’entendre avec force de conviction ceux des électeurs, des politiques, de la doxa et des journalistes qui sont contre l’idée de l’élection du FN, en appeler à voter en faveur d’idéaux d’ouverture, de tolérance, d’intelligence et de raison je les entends brandir un argument principal quasi unique qui est le barrage au FN. Je considère que faire barrage n’est pas un argument. Je considère que faire barrage n’est pas une conviction. Je considère que l’on ne peut pas convaincre avec du faire barrage. Je crois en la force de conviction des idées et je n’ose pas penser que la société manque de véritables arguments idéologiques contre le Front National. Parce que là on commence à s’approcher de ce qui me révulse tant lorsque j’entends les gens brailler leurs appels au barrage. Se retrancher derrière cette posture « politique » ou « idéologique » c’est déclarer l’échec et la mort d’une idéologie humaniste qui soit à mène d’emporter le sens commun. Si vous aviez une once d’estime ou de respect pour le pool d’idéaux humanistes qui sont mis à mal par les programmes du Front National c’est aux noms étincelants de ces idéaux là que vous cherchiez à convaincre les gens de se détourner du vote FN. Mais se limiter à supplier, invectiver, inciter à faire barrage c’est dévoiler votre propre manque de conviction. Cet appel au barrage révèle que ceux-là même qui prônent le barrage ne croient pas que l’on puisse convaincre une majorité d’électeurs avec des valeurs humanistes.

 

Et qu’est-ce que cela dit de notre société ?

 

Est-ce là un mouvement hautain des élites vis-à-vis de la masse qui considèrerait que les gens d’en bas sont trop cons pour comprendre que les idéaux humanistes sont plus séduisants que les idéaux nationalistes ? Est-ce une tentative des hommes politiques de cacher la véritable déliquescence de la société française ? Est-ce tout simplement une confiscation du pouvoir démocratique de notre république à partir du moment où l’on considère que le peuple vote mal ? Je ne sais pas.

 

Mais entendre cet appel au vote barrage m’épuise, m’attriste, m’irrite, me blesse, me pousse dans mes retranchements. Et lorsque ce n’est pas le faire barrage qui est utilisé, on passe à la culpabilisation ; culpabilisation des abstentionnistes, des votes blancs, des votes FN parce qu’il semble acté que dans ce second tour des élections présidentielles il y a un bon vote et un mauvais vote. Lorsque je suis exposé à cette dialectique de la culpabilisation j’ai envie de vomir. Je crois être un électeur honnête, peut-être pas un citoyen modèle mais depuis que j’ai eu le droit de vote je suis allé voter mais surtout j’ai essayé de réfléchir à la nature et au sens de vote afin de donner du poids à ces bulletins que je déposais dans l’urne. Lorsque l’on vient me faire la morale, que l’on cherche à me culpabiliser, que l’on essaie de me priver de ma démarche démocratique en considérant qu’avoir un doute sur la marche à suivre et réfléchir à la nature de mon vote de dimanche est une mauvaise chose et qu’il faut opter pour le barrage sans réflexion, je suis énervé.

 

Je respecte la règle démocratique, je vote et si des personnes désirent obtenir mon vote j’attends qu’elles cherchent à me convaincre avec des arguments constructifs qui m’exposent la valeur de leur vision de société. Je n’ai pas besoin que l’on agite des spectres et que l’on convoque de la politique fiction pour me faire peur et me priver de mon libre arbitre. Je ne devrais pas avoir à me justifier, je ne devrais pas me sentir pris en otage par la faiblesse rhétorique de cet entre deux tours présidentiel.

 

Faire barrage, je redoutais ce moment avant de connaître les résultats du premier tour. C’est le moment où la démocratie vacille sur ses fondements. Parce que soudainement la machinerie politique qui appel à faire barrage semble se réveiller et réaliser que le Front National existe. S’il avait fallu faire barrage à ce parti politique pourquoi aucunes des personnes ayant été au pouvoir depuis 15 ans n’a fait quelque chose de démocratique ou de non démocratique pour faire en sorte que ce parti ne soit plus en position de faire basculer une élection ? S’il faut faire barrage parce que ce parti n’est pas démocratique ne fallait-il pas essayer de le dissoudre ou de l’interdire ? Et si ma question est purement rhétorique et que ce parti est constitutionnel alors pourquoi l’agiter comme un spectre ? Lorsque je dis que ce front républicain qui aujourd’hui en appel au barrage avait 15 ans pour faire quelque chose afin d’éviter ce second tour, j’entends aussi qu’ils avaient quinze années pour amener les électeurs du Front National à opter pour d’autres convictions politiques. Et ils ont échoué à cela. Chirac puis Sarkozy puis Hollande puis tous les élus de tous les échelons citoyens ont tous échoué à faire changer de conviction les électeurs qui font la force du FN. Ils ont échoué ou alors ils n’ont rien fait pour faire infléchir la tendance qui voit élection après élection les votes du Front National être de plus en plus nombreux.

 

Je n’ai pas attendu dimanche pour avoir des convictions, je n’ai pas attendu le dimanche du premier ou du second tour pour avoir des idéaux humanistes et radicaux. Je n’ai pas attendu cet entre deux tour pour étayer ma prose et forger mes arguments en faveur de mes convictions. Alors quand on vient me dire ce que je dois voter et pourquoi je dois le voter sans quoi on porterait sur moi un jugement de valeur antidémocratique et antirépublicain j’ai envie de rire, de rire et de pleurer et de brûler quelques maisons poussé par la colère. Ce n’est pas faire un barrage une fois tous les quinze ans qui fera changer les mentalités de notre peuple. Soyons honnêtes avec nous-mêmes et visons à terme à faire une autocritique. Il y a quinze ans nous avons fait barrage au Front National et Chirac a été élu avec 80 % des voix. Le barrage a eu lieu, il a été important et ensuite ? Et ensuite les voix conquises par le Front National élection après élection n’ont pas cessé d’augmenter. A quoi a été utile ce barrage alors ? Le barrage contre le FN est un épiphénomène qui n’est suivi par rien. Comprenez bien pourquoi j’ai de l’aversion contre ce discours.

 

J’ai l’amère sensation que la réussite d’un front républicain fausse par la suite la perception que nous pouvons avoir du paysage démocratique de notre société. L’électorat du Front National existe, il persiste dans le temps et il parvient petit à petit à s’accroître. C’est ce que semblent nous dire les chiffres. Si nous ajoutons les voix de Mélenchon et celles de Le Pen nous pouvons considérer que le vote populiste est largement plus grand que le vote Marcon. Si nous ajoutons entre elles les voix de Mélenchon, celles modestes de Hamon et les miettes des candidats d’extrême gauche nous pourrions considérer que le vote de Gauche est supérieur au vote Macron, et identiquement si nous additionnons les voix d’une droite élargie. Mais il est quasi acté que nous allons élire Emmanuel Macron qui se revendique ni de droite, ni de gauche et qui en valeur absolue le représentera aucun des courants d’idées recouvrant le plus de voix dans ce premier tour mais le barrage au FN effacera cette disparité et lancera un président dans un paysage tronqué. Faut-il faire barrage au FN pour réduire au silence les électeurs qui voient dans ce parti la reconnaissance de leurs idées et ensuite continuer de maintenir le système tel qu’il était même si ce système génère toujours plus de vote FN ? Je ne sais pas.

 

Non je ne sais pas ce qu’il faut faire.

 

Imposer le vote de barrage comme s’il était une évidence démocratique me paraît au contraire comme une mutilation démocratique. Cette injonction qui vise à culpabiliser ceux qui hésitent ou qui réfléchissent avant de se décider m’apparaît comme une confiscation du principe démocratique. Et le fait de brandir l’argument du barrage raisonne en moi comme l’échec de la raison et des idéaux humanistes dont il apparaît qu’ils ne pourraient plus convaincre et l’emporter dans un débat d’idée contre le FN.

 

Je soulève ces points du discours actuel parce qu’ils provoquent en moi un trouble profond et sincère. Mais je reconnais que je n’ai pas de solution, la situation dans laquelle nous sommes est complexe et compliquée à solutionner d’un vote. Surtout que la mécanique électorale propose un quasi vote à quatre tours. Je continue de penser que voter pour le candidat qui n’est pas celui du FN n’est pas un geste anodin et qui si barrage il doit avoir je suis étonné que les politiciens qui nous invitent à le faire ainsi que les gens du peuple qui revendiquent ce geste électoral ne témoignent pas plus de doutes ou de déchirements. Dans mon souvenir peut-être tronqué de 2002 lorsque nous sommes allé voter Chirac il y avait beaucoup plus de voix pour s’élever et dire combien la chose était difficile et douloureuse. Alors qu’aujourd’hui le vote Macron semble aussi anodin que le vote Le Pen. Je parle ici du vote Macron venant d’électeurs qui au départ ne sont pas convaincus par sa doctrine, Si d’un côté le vote FN ne mobilise plus contre lui des réactions aussi épidermiques qu’il y a 15 ans, le vote à contre cœur mais par conviction humaniste pour le candidat opposé au candidat FN ne provoque plus lui non plus beaucoup d’émois.

 

Je ne sais encore pas ce que contiendra mon bulletin de vote dimanche, et je ne sais toujours pas le sens que je donnerai à ma voix. J’ai bien conscience qu’actuellement les réseaux sociaux regorgent jusqu’à la saturation de personnes qui comme moi donnent leurs avis, pour ceci, contre cela, faire ci, pas faire ça, et je m’excuse de participer à la confusion actuelle dont je suis le premier à reconnaître qu’elle tire le débat vers le bas. Mais si j’ai voulu écrire et publier ce texte c’est simplement parce que j’en avais besoin. Je subis de plein fouet la médiocrité de cet entre deux tours et j’ai besoin de l’exprimer comme une catharsis. Peut-être qu’une fois que je serai libéré de ces atermoiements intérieurs ma pensée sera plus apaisée et parviendra à penser mon vote de manière plus pragmatique.

 

Merci à ceux qui m’auront lu jusque là.

 

Sur la médiocrité du débat électoral de cet entre-deux tour …

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Réflexion, #egotrip, #Je est un Blog, #Chronique chaotidienne

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Publié le 2 Mai 2017

Par paresse ou parce que les règles de mon fournisseur d'accès évoluaient, mon compte a été bloqué trois fois pour spam et la troisième fois j'ai été radié d'AOL. J'ai heureusement pu récupérer mes carnets d'adresse avec quelques centaines d'e-mails et je suis allé poursuivre mon jeu ailleurs. Cette fois j'avais divisé et limité mes envoies par paquet de 30 e-mails. Entretenir ce carnet d'adresse était laborieux, trier manuellement, vérifier les doublons, supprimer ceux qui vous bloquent ou disparaissent, annoter certaines adresses pour se rappeler pourquoi telle ou telle personne a un intérêt, etc. Mais jamais cela, vraiment beaucoup. Dès qu'un envoi était parti j'étais excité et stressé en même temps. J’avais peur de ce que les gens percevraient de moi au travers de ce que j’avais écris et j’étais excité de recevoir leurs réactions. Je n'ai jamais eu peur que mon anonymat soit dévoilé, mais pourtant sans lui je crois que je n'aurai pas pu agir ainsi. Je veux dire que je n'aurai pas assumé d'écrire ce que j'écrivais, mes pensées, mes désirs, mes fantasmes, mes idéaux. Mais cela changera lorsque je mettrais cette pratique de côté pour me lancer dans les blogs.

Vers la fin de mon âge d'or de la littérature non sollicité je me souviens que j'avais découverts des sites où l'on pouvait s'échanger des carnets d'adresses entre personne ayant envie de diversifier et amplifier la grandeur de leur carnet d’adresses. Il y avait un classement dans mes briques d’adresses, les favorites que je gardais précieusement pour moi, les chiants dont je pouvais me réjouir de balancer leurs e-mails dans des listes interlopes, et les adresses du tout venant. C'était étrange, un peu interlope, mais c'était excitant. J'avais la sensation ridicule de me tenir au sommet d'un empire.

En écrivant cela, je réalise que si cet âge d'or est un peu mon côté obscure de l'écriture il y a eu comme pour les lettres papier, un passage du côté de la lumière. Pour ma première pratique je vous ai expliqué que durant la terminale j'ai envoyé mes textes aux élèves dans une classe que je n'aimais pas et puis par la suite j'ai poursuis à la fac avec des personnes que j'appréciais, mais dans les deux cas en restant anonymes. Avec les envois groupés de littérature non sollicité je réalise que je peux faire une sorte de dichotomie un peu identique, j'ai commencé et j'ai pratiqué le gros de mon œuvre dans l'anonymat total et avec des e-mails volés à la volée. Et par la suite j'ai eu une pratique de l'envoi de textes groupés mêlant idéologie personnelle, intimité voilée, jeux d'esprits et plaisir du dévoilement avec mon groupe d'ami. C'est venu assez tardivement, nous débarquions sur Facebook, nous étions connectés, mais au lieu de leur écrire sur leurs murs, je préférais leurs envoyer des messages groupés. C'était plaisant mais ça avait un goût d'étrange parce que j'exportais quelques années de pratiques de mailing sauvage et secret dans un cadre familier avec des amis.

Petit à petit j'ai abandonné cette pratique de littérature sauvage non sollicité et j'ai transféré mon plaisir et mon apprentissage de l'écriture vers les blogs. Mais vous devinez que ça fera peut-être l'objet d'un prochain chapitre de ma vie et de comment j'ai apprivoisé l'écriture. Enfin ça sera le cas si quelqu'un est intéressé par ma petite vie et par savoir comment j'ai apprivoisé l'écriture comme une compagne et une amante.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #autofiction, #écrire, #écriture, #egotrip

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Publié le 1 Mai 2017

J'envoyais toujours la même prose rédigée avec une plume qui se rêvait en plume pamphlétaire. Mon but premier c'était de faire réagir, de provoquer des réactions, et donc parfois un peu de provoquer tout court. Mais jamais dans le sale, le gratuit ni le graveleux, j'essayais de développer une rhétorique censée et percutante pour amener des idées « marginales » à être exposée à un public dont je supposais qu'il ne partageait pas ces idées. J’apprenais empiriquement à faire de la rhétorique et c’était gratifiant. J'expérimentais aussi les jeux de séduction, le flirt littéraire de masse, une forme de partouze à sens unique où sous couvert de faux semblant et de traits d'esprits j'évoquais la sexualité. Il faut savoir que c'était une période durant laquelle j’étais encore vierge des femmes (et des hommes, et des animaux et des objets domestiques) et qu'évoquer l'intime de la sexualité dans de la littérature non sollicité n'allait pas de soi. Aujourd'hui je fais de mon impudeur un fond de commerce, en tout cas j'en fais le moteur de ma littérature mais avant ce n'était pas si simple.

Je faisais l'apprentissage du pouvoir qu'offre l'anonymat et malgré cela j'avais encore de la retenue à me dévoiler entièrement, disons que je ne me sentais pas encore assez solide pour avancer mes failles comme des qualités, je préférais les cacher et je voyais mon pucelage comme une faille. J'apprenais donc à inventer la sexualité par les mots. Elles ne le savent pas mais à cette époque, deux filles qui se trouvaient dans ma liste d'écriture non sollicitée m'ont indépendamment l'une de l'autre puisqu'elles ne se connaissaient pas, dit qu'un de mes textes érotiques avait parfaitement su saisir la sexualité et l'orgasme féminins et que ça devait souligner que j’étais un bon amant. La vérité c’est que je n’étais pas un bon amant, mais peut-être un bon écrivain … Ces deux phrases échangées de manières anodine et anonyme ont eu un énorme impacte sur moi car elles m'ont donné de la confiance en moi. Encore ici, la perspective de pouvoir convaincre, être crédible en amant accompli par la force des mots m'a donné le goût de l'écriture, le goût du pouvoir de l'écriture. Peut-être aussi le goût du mensonge, mais je préfère parler du goût de la romance.

Bien sûr certaines des correspondances menées depuis ces envois groupés mais poursuivies dans une forme intime d'échange ont menées à la naissance de sentiments amoureux et de passions virtuelles. Il n'y a jamais eu rien de concret, jamais de passage à l'acte, mais des heures au téléphone et des lettres de papier échangées. Et cette forme aussi m'a appris à apprivoiser la forme écrite. Surtout dans le dévoilement de soi, surtout dans cette utilisation de la confidence et de l'impudeur ces mécaniques qui deviendront plus tard les moteurs d'une écriture que j'aurai plus intellectualisé.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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Publié le 30 Avril 2017

En ce temps là récolter les e-mails sur les tchats c'est facilement parce qu'ils étaient toujours affichés. J'essayais de repérer des personnes qui pouvaient m'intéresser, sexuellement ou intellectuellement, et j'ajoutais leur mail à mon carnet d'adresse. Je ne me souviens pas au départ de combien d'adresse je disposais lorsque j'ai fais mon premier envoie groupé sur ma propre liste, mais cette fois j'ai eu des réactions. J'avais peut-être entre 20 et 50 mails qui n'avaient pas demandé à se trouver dans ma liste et sur cette quantité j'ai eu une majorité de non réponses, puis des messages de personnes qui se demandaient ce qu'elles faisaient dans ma liste et qui me demandaient gentiment de les retirer, puis bien sûr des insultes qui me demandaient de retirer leurs mails et enfin des réactions positives. Mais qu'importe le type de réaction, j'étais en joie dès que je recevais une réponse. Je répondais à toutes les réactions, j'affinais ma liste en supprimant les gens trop chiants et en ajoutant de nouvelles adresses, et évidemment je commençais une réponse plus personnelle aux personnes qui réagissaient positivement. Ces échanges sont devenus pour quelques uns de véritables correspondances qui ont durées des mois ou des années. Pour l'anecdote qui souligne que je n'étais pas encore bien habitué aux usages du virtuel, c'est que tous les mails de réponse que je recevais je les imprimais pour les conserver dans le classeur où je conservais mes lettres manuscrites.

Mais même si je développais des correspondances intimes et personnelles avec certaines personnes ça ne m'empêchait pas de continuer les envois groupés de littérature non sollicité. C'était tellement excitant. Et c'était tellement facile d'ajouter de nouvelles personnes et potentiellement un nouveau lectorat. Je crois que la première fois qu'AOL a bloqué mon compte c'est parce que j'envoyais ma littérature non sollicitée à plus de 900 personnes. Mon carnet d'adresse avait grossi et le fournisseur d'accès considérait que je faisais du spam. Alors que ça ne pouvait pas être le cas puisque je ne savais pas ce qu'était le spam. Après négociation téléphonique, et promesse de réduire, je retrouvais ma connexion et plein de bon sens je scindais mon carnet d'adresse en deux, puis en quatre, puis en huit, histoire d'avoir des envois plus discrets.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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Publié le 29 Avril 2017

Lorsque j’ai connu internet j’ai rapidement appliqué mon goût pour la littérature non sollicitée à ce nouvel outil qu’était internet et cette période, même si elle perdure encore aujourd'hui, a débuté pour moi il y a plus de 15 ans. Je parle de littérature non sollicitée pour parler de ces textes que j'écrivais et que j'envoyais par la Poste à mes camarades de lycée (avec qui je rappelle que je n'étais pas camarade), à mes camarades que fac (avec qui j'étais camarade) ou à mes voisins. J'ai appris le goût de l'écriture en ressentant le besoin d'être lu et de provoquer des réactions. Et lorsque l'on écrit sur une feuille de papier que l'on envoie anonymement à des gens dont on n'est pas forcément proche, le taux de réaction est assez faible.

Ceci étant redit revenons à mes moutons qui est seul et ce mouton c'est moi. Donc revenons à moi. L'ordinateur, l'outil qui m'avait poussé à passer à l'écriture, était intervenu dans ma vie par hasard. Mais quelques années plus tard, j'ai désiré avoir internet. C'était encore un truc pas vraiment connu, pas encore bien répandu, on payait nos connexions à la durée et lorsque l'on était en ligne ça coupait la ligne de téléphone. Bref, c'était un peu archaïque et même si j'avais voulu internet je ne savais pas trop ce que je pouvais en faire. Assez instinctivement je retrouvé sur les sites de tchat pour discuter avec des inconnues, essayer de draguer des filles virtuellement, et forcément aussi trouver du porno et de la musique téléchargée. Je vous rappelle que nous n'avions pas encore le haut débit donc nous étions patients, patients, patients. Je ne convoque pas le porno et la musique piratée juste pour faire de la déco un peu sale et prouver que j'ai toujours été un cochon doublé d'un pervers et d’un voleur, mais c'est que fréquenter ces salons m'a permit de découvrir les listes de diffusions. Si tu rencontrais les bonnes personnes en ligne tu pouvais donner ton e-mail qui se retrouvait dans une liste de diffusion qui faisait des envois réguliers et groupés de porno ou de musique.

En voyant cela j'ai rapidement vu le potentiel que ça offrait à mon principe de littérature non sollicité. Si j'accumulais assez d'adresses je pourrais faire des envois groupés de mes textes. Et c'est ce que j'ai vite commencé à faire. Vu que nous étions dans des listes de diffusions un peu interlopes je me suis permis de faire répondre à tous et d'envoyer un texte. Je ne sais plus du tout la nature du texte, toujours un truc exalté, révolutionnaire, colérique, vaguement poétique et moyennement drôle. C'était une bouteille à la mer, un truc qui n'espérait rien. C'était plutôt un teste et je crois que mon adresse a été presque tout de suite supprimée de la liste de diffusion parce que les gens qui s'y trouvaient s'en moquer de lire un pavé, ils voulaient voir des seins et des chattes. Faut dire que je ne connaissais rien des usages du net, j'expérimentais de manière empirique, j'improvisais et j'ai compris que je devais me faire ma propre base de donnée d'adresse.

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Rédigé par Monsieur Ray

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Publié le 28 Avril 2017

 

J'ai pratiqué ce jeu une année durant, seul, au lycée, dans une classe dans laquelle je n'avais aucune estime pour mes camarades. L'année suivant j'étais à la fac, et j'ai eu l'opportunité de rejouer ce jeu. J’'ai tenu là aussi une année totale, mais c'était légèrement différent parce que j'avais rencontré des personnes que j'appréciais. Et dans mes journaux anonymes, en plus d'exprimer les idéaux je découvrais aussi le sens d'un jeu de séduction littéraire. Tout était pareil à la fac mais tout était différent, d'une part il y a avait des filles qui me plaisaient et pour lesquelles j'apprenais à éprouver du plaisir en provoquant chez elles des émotions. Et puis j'avais ma voiture, il m'arrivait parfois de finir les cours à 20 heures, prendre ma voiture, rouler une heure pour rentrer chez mes parents, écrire un numéro de mon journal anonymes, en imprimer quelques exemplaire, reprendre la voiture, retourner dans la ville où j'étais à la fac, faire un détour pour poster mes exemplaires dans des bureaux de postes différentes pour brouiller les pistes et enfin retrouver ma chambre de citée universitaire. J'étais passionné, j'étais excessif mais j'étais solitaire.

Quoi qu'il en soit cette pratique de l'écriture anonyme et de l'envoie à des lecteurs potentiels c'est ce qui m'a amené à l'écrire. Et vu que ce chapitre de ma vie est déjà trop long, je réserve à un futur chapitre comment j'ai appliqué cette expérience dans l'internet de mes débuts. C’est avec la fin de la première année de fac, une année durant laquelle j’ai été plus assidue à mes écritures qu’aux courts que se termine mon expérience de correspondance anonymes et littéraires. Peut-être que ça c’est terminé à ce moment aussi parce qu’internet arrivait …

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Rédigé par Monsieur Ray

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Publié le 28 Avril 2017

 

J'ai pratiqué ce jeu une année durant, seul, au lycée, dans une classe dans laquelle je n'avais aucune estime pour mes camarades. L'année suivant j'étais à la fac, et j'ai eu l'opportunité de rejouer ce jeu. J’'ai tenu là aussi une année totale, mais c'était légèrement différent parce que j'avais rencontré des personnes que j'appréciais. Et dans mes journaux anonymes, en plus d'exprimer les idéaux je découvrais aussi le sens d'un jeu de séduction littéraire. Tout était pareil à la fac mais tout était différent, d'une part il y a avait des filles qui me plaisaient et pour lesquelles j'apprenais à éprouver du plaisir en provoquant chez elles des émotions. Et puis j'avais ma voiture, il m'arrivait parfois de finir les cours à 20 heures, prendre ma voiture, rouler une heure pour rentrer chez mes parents, écrire un numéro de mon journal anonymes, en imprimer quelques exemplaire, reprendre la voiture, retourner dans la ville où j'étais à la fac, faire un détour pour poster mes exemplaires dans des bureaux de postes différentes pour brouiller les pistes et enfin retrouver ma chambre de citée universitaire. J'étais passionné, j'étais excessif mais j'étais solitaire.

Quoi qu'il en soit cette pratique de l'écriture anonyme et de l'envoie à des lecteurs potentiels c'est ce qui m'a amené à l'écrire. Et vu que ce chapitre de ma vie est déjà trop long, je réserve à un futur chapitre comment j'ai appliqué cette expérience dans l'internet de mes débuts. C’est avec la fin de la première année de fac, une année durant laquelle j’ai été plus assidue à mes écritures qu’aux courts que se termine mon expérience de correspondance anonymes et littéraires. Peut-être que ça c’est terminé à ce moment aussi parce qu’internet arrivait …

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Rédigé par Monsieur Ray

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Publié le 27 Avril 2017

Pour la première fois de ma vie, je peux observer de près la réaction des lecteurs exposés à ma prose. C'est terriblement excitant. D'autant plus qu'ils essaient de trouver qui peut être l’auteur et que pour cela ils « décortiquent » ma prose en quête d'indices. Évidemment je me suis empressé une fois chez moi d'écrire un nouveau numéro « sur mesure », jouant des fausses pistes et des moqueries. On pourrait m'accuser peut-être aujourd'hui de jubiler d'une posture de harcèlement, sauf que je ne crois pas que c'était le cas, j'écrivais le même numéro que j'envoyais à la moitié de la classe et même si j'y exprimais des jugements de valeurs sur la culture communément partagé par ceux que je visais, je ne portais aucune attaque personnelle. Et puis c'était une lettre postale par semaine ...

Durant toute cette année de terminale j'ai jubilé de voir les remous que provoquaient mes journaux dans l'écosystème de la classe. Lorsque les élèves rapportaient mes feuilles en cours pour les analyser, ces feuilles sorties de mon imprimante et de ma chambre j'étais fasciné. J'étais aussi fasciné par le fait que jamais personne ne m'ai soupçonné, il y a même plusieurs élèves qui après m'avoir parlé en cherchant l’auteur ont fini par me dire quelque chose du genre « mais je perds mon temps de toute façon ça peu pas être toi ». J'avais du pouvoir sur eux, mon pouvoir c'était de manier les mots pour agiter leurs idées et créer du mystère, des tensions, orienter leurs attentions. Je crois qu’une part de mon goût pour l'écriture est venue de cette expérience littéraire.

J'aimais et j'aime toujours assister à l'effet des mots sur les autres. Durant cette année scolaire, j'ai gagné mon goût de l'écriture, mon goût des idées, mon goût aussi des réactions. Finalement, là encore on peut dire que si j'avais eu Facebook j'aurai été en quête de notifications et de commentaires.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #écrire, #écriture, #egotrip, #autofiction

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Publié le 25 Avril 2017

Le soir, impatient et excité je me mets au clavier et je rédige un morceau de bravoure dans ma prose maladroite et adolescente exaltée. Mes années de lycée ne sont pas de bonnes années, j'ai donc de la rancœur, du mépris et de un esprit de revanche qui nourrit mon écriture mais je m'abandonne à ma plume en prenant bien soin de ne rien laisser deviner de mon identité. J’avais besoin de l’anonymat pour envisager d’écrire et l’auteur que j’étais, auteur de lui-même, faisait son possible pour resté caché derrière son œuvre et son personnage. Après avoir rédigé ce numéro 1 d’un mon journal à visé scolaire je mets au point un stratagème pour envoyer les lettres à ma grand-mère pour qu'elle puisse les poster à son tour d'une ville qui n’est pas la mienne histoire de brouiller les pistes. Et j'attends. J'attends une réaction de mes camarades de classe qui ne sont toujours pas mes camarades.

Rien.

Pas un mot pour évoquer ma lettre. Je suis déçu, frustré, mais j'ai l'habitude, j'ai aussi l'habitude d'être persévérant, j'écris donc un nouvel épisode de mon journal que j'expédie comme le premier. Et j'attends.

Et rien.

Et je recommence une troisième fois ; d'une part parce que je suis têtu, d'autre part parce qu'écrire à un lectorat que je connais me stimule et m'excite beaucoup et puis je ne perds pas espoir d'avoir une réaction. Et au bout de la troisième semaine, enfin un élève évoque les lettres bizarres qu'il reçoit. Du coup, à partir du moment où il évoque la chose, tous ceux qui ont reçu ma prose se mettent à en parler, les langues se délient et c'est comme si un barrage venait de se briser et que toute l'eau contenue se déverser dans un joyeux torrent.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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Publié le 25 Avril 2017

J'ai pratiqué cette pratique solitaire durant quelques mois, c'était une forme de masturbation littéraire, réjouissante mais forcément un peu frustrante. Pourtant j'étais devenu accro au fait de m'exprimer et donc d'écrire. Je n'écrivais pas parce que j'aimais écrire, mais j'écrivais parce que j'aimais exprimer mes idées. Et même si le geste de poster au hasard ces textes dans le village a tout du geste idiot, vain et désespéré j'avais besoin de me dire que j'étais lu. J’ai besoin pour ressentir la plénitude de mon outil d’expression de pouvoir penser que mes mots, quelque part, étaient reçus, lus, perçus et qu’ils pouvaient potentiellement provoquer une réaction. Au travers de cette idée c’était ma façon d’envisager d’exister par la procuration littéraire.

Arrive la classe de terminale, le début d'année scolaire et je vous rappelle encore qu'à cette époque internet était un concept marginal mal distribué dans nos vies. Donc la prof de math lors du premier cours fait passer une feuille où elle demande à chacun d'inscrire son nom et son adresse postale sur la feuille afin de pouvoir nous contacter. Moi je suis le garçon solitaire, seul à son bureau au fond de la classe. Lorsque la feuille arrive à moi j'ai donc le nom de tous mes camarades de classe qui ne sont pas mes camarades parce que je ne les aime pas et leurs adresses. Et à ce moment là j'ai une révélation, je vais noter leurs adresses et leur envoyer mon journal anonymement. Personne ne prête attention à moi et je copie la feuille en toute tranquillité.

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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