Pauvre de lui

Publié le 13 Janvier 2016

Le classique, l'éternel cet autre homme que je regarde assis avec sa femme, lui vieilli et elle souffrante, qui patientent tous les deux dans la salle d'attente des urgences, est-ce que je ne le connais pas ? Est si c'est vrai,si le hasard s'amuse à nous mettre vingt ans après dans le même espace, est-ce que ça a un sens. Que ni lui ni moi ne sache reconnaître l'autre est-ce un message du temps, une destinée foireuse qui s'amuse à nous dire :regardez comme je me suis joué de vous, vous étiez deux connaissances et j'ai fais de vous de vrais étrangers, étanches à l'univers l'un de l'autre. Triste moment d'une indigente indifférence, un drame creux et non visible parce que non signifiant. Lui, moi, vous, nous sommes tous devenus des anonymes, des étrangers réciproques. Une salle d'urgence pour nous offrir une scène hors vie, hors du temps, un non lieu où non lui et non moi ne font que effleurer un possible passé commun qui n'a de sens que parce que j'éprouve un vague mépris social envers lui et que cette sensation m'est familière. Je partirai de là sans souvenir, sans me soucier de sa vie et je saurai oublier l'étrange que son expression familière m'inspire. Pour cet instant où encore il me fait fasse je peux dire sincèrement pauvre de lui et supposer franchement pauvre de moi.

Publié dans #Je est un blog

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