#Nouvelle : Black monomaniaque, une fiction schizoïde

Il est le Pornographe Zéro et il a eu différentes expériences avec l'univers de la prostitution. Au travers de ces nuits de sexe tarifé il a exploré les zones érogènes et interlopes de la baise payante, depuis la chaleur écarlate des prostituées qui assument la rue, jusqu’aux chattes d’un luxe low-cost des étrangères que l'on baise dans le confort désuet d’un hôtel bon marché, en passant par l’orifice encore frais de l'étudiante qui fait la pute pour payer ses études. Ainsi il s’est forgé des souvenirs et une expérience viciée qui occupe une place privilégiée dans son esprit. Dix ans en arrière le Pornographe Zéro construisait une relation folle avec une Poupée de porcelaine un peu fêlée. Le Pornographe Zéro et la Poupée Porcelaine se connaissaient depuis des années, elle venait d’avoir dix-huit ans et elle sortait de l’adolescence quand lui entrait dans la trentaine affirmée. Ce n’était pas une relation normale mais une bien bancale, sincère, et nécessairement déraisonnable. Elle c’était le genre de fille qui aime flirter avec le gouffre de l'autodestruction et lui était quelque chose comme son garde-fou, un chien de garde. Pour venir en aide à la Poupée Porcelaine le Pornographe Zéro pouvait tout abandonner et courir vers elle comme un bon petit toutou qui s'en va faire don d’un rein, de sa chemise et de son âme. Tout était bon dans leur déraison tant que ça pouvait aider à chasser des démons ou augmenter l'ego.

Un été, pour la énième fois, Poupée Porcelaine avait des problèmes d'argent et des angoisses existentielles. Une nuit le Pornographe Zéro recevait alors un SMS lui demandant s’il était prêt à payer pour coucher avec elle. Elle savait que peu de temps avant ça, lors d'un voyage à l'étranger, le Pornographe Zéro avait gouté à la prostitution locale d'un pays exotique. La Poupée Porcelaine s’était servi de cela pour aborder le sujet avec lui, moitié rire moitié supplique et même si elle n'avait pas le saveur suave des lianes exotiques elle savait que ses charmes post-pubères avaient de l'effet sur lui. L'argent dont elle avait besoin il était prêts à le lui donner dans l’instant, sans rien en retour, ni sexe, ni remboursement mais elle refusait cette forme charité et comme Poupée ne pouvait rien rembourser, vendre son corps lui semblait une bonne alternative. Le Pornographe Zéro était célibataire assumé et la Poupée de Porcelaine une magnifique jeune fille. Coucher avec une amie contre de l’argent c’était glauque mais justement ça rendait l'acte excitant et le Pornographe Zéro bandait déjà rien qu'à évoquer cette idée. Quand il fut assuré de la détermination et du sérieux de la Poupée de Porcelaine le Pornographe Zéro a hésité pour le principe avant de dire oui. Pour lui le deal était clair ; Poupée était déterminée alors tant qu’à vendre son corps autant que ce soit à lui car lui c’était un mec bien. Raisonnement bancal pour bâillonner la culpabilité, juste un échange de bons procédés. Certes il y aurait transaction monétaire pour acquérir le droit de baiser Poupée mais pour eux elle n’était pas sa pute et lui pas son client, comme deux enfants qui jouent à ignorer les règles du jeu et du pognon.  

Le Pornographe Zéro entretenait des vraies correspondances platoniques avec une vraie Escorte Gril qui lui avait apprit les coulisses, les rouages et les vocables de cette prostitution. Heureux de mettre en œuvre ces bribes de savoir le Pornographe et la Poupée organisaient alors cette nuit de sexe tarifé en jonglant avec le jargon du milieu, comme dans un jeu. Par SMS interposés définir le cadre, les limites et les tarifs du menu ; décider de la tenue, du maquillage, des orifices par lesquels le Pornographe pourrait baiser sa Poupée ; un jeu clinique. Il faut aussi régler les coulisses logistiques, le train, l’hôtel, l’argent. La Poupée a besoin de beaucoup d’argent alors plusieurs rendez-vous sont planifiés, son vagin était un vrai gouffre financier. À peine quelques jours après le premier SMS le Pornographe est dans le train pour rejoindre la ville où se trouve Poupée. Il faut sortir de la gare, trouver l’hôtel et découvrir, seul, la chambre du délit. Il range ses affaires, dispose les préservatifs et l’enveloppe avec la carte qui contient les 500 euros dans le tiroir du bureau et sort rejoindre son amie. Ils se retrouvent autour d’un verre et discutent comme si de rien n’était. Alors que le soir avance, autour d’un nouveau verre ils commencent à évoquer la nuit. La Poupée quitte le bar pour aller se préparer, se transformer en pute et lui il va manger seul. Le rendez-vous est pris, dans quelques heures ils vont basculer dans la prostitution amicale.

Le Pornographe n’a pas vraiment faim, mais il veut prendre des forces, le repas est expédié dans un restaurant miteux. Il ne tient pas en place dans la chambre d’hôtel, alors, sur la place qui fait face au bâtiment, il tourne en rond et sent monter un trac et un trouble intense. Plus l’heure approche plus une impatience émotive lacère le Pornographe. Il tourne en rond à l’endroit du rendez-vous. Il ne sait pas ce qu’il va se passer, enfin il le sait trop bien de l’avoir fantasmé longtemps mais il ne sait pas comment ça va se passer pour eux. Il l’attend, il a envie, vraiment envie, mais il a peur, peur comme si c’était sa première fois. Non, il a bien plus peur que pour se première fois, plus de trac, plus d’émotions, des sensations inédites. Il tourne en rond, encore, la nuit est tiède. De là où il se trouve il voit la fenêtre de la chambre qu’il a loué, et s’imagine là-haut comme dans un monde étranger. Il va exploser.

Les bus défilent et d’un énième bus descend enfin sa Putain de Porcelaine, elle est habillée comme il l’a décidé, jupe courte stricte, chemisier blanc, talons hauts, et il sait que par contrat sous sa jupe elle ne porte que des bas et pas de culotte. Il voulait d’un maquillage appuyé, elle est maquillée juste assez fort pour trahir sa putasserie. Elle a la maladresse des premières fois, lui ça l’excite. Ils se disent bonsoir comme s’ils ne s’étaient jamais rencontrés et ils rejoignent l’hôtel. Elle reste à l’écart quand il demande sa clef et ils montent dans le tout petit ascenseur. La tension n’est que pas sexuelle, la Putain de Porcelaine est silencieuse. Moquette dans le couloir, porte de la chambre, elle s’assied sur le lit, lui au bureau. L’atmosphère est curieuse, lui est désemparé, il se lève pour lui donner l’enveloppe qu’elle range dans son sac sans compter l’argent, après quoi ses souvenirs sont flous, le Pornographe essaie de parler pour combler le vide et la Putain de Porcelaine répond « on y va ? ».

Il vient s’asseoir près d’elle glisser sa main sous la jupe pour vérifier qu’elle a rempli sa part du contrat, contact pubien établi. Heureusement que les hommes ont une sexualité mécanique, ça aide à ce que les choses se fassent presque naturellement. Caresses, fellations, les mains sur son corps et sa queue dans sa bouche, son vagin, faire l’amour et jouir à la fin du premier round. Dès lors le Pornographe et la Putain de Porcelaine se détendent, ils fouillent le mini bar, ils rient, et comme c’était prévu ils recommencent à baiser, traces de rouge à lèvre sur sa queue, comme dans le contrat. Le Pornographe a le droit de jouir d’elle toute la nuit et il en jouit encore. Douche ensemble, se refaire sucer, il profite d’elle et ils s’endorment. Au réveil, tout va bien. Le Pornographe voudrait recommencer mais la Putain est partie, Poupée est revenue. C’est fini, fini pour cette fois, la gêne, la peur, le trac tout cela c’est aussi fini. Ils évoquent la prochaine fois sans tabou, sans rien cacher de cette prostitution, de combien cela couterait de se faire sucer sans capote ou dans l'ascenseur.

Par la suite il y a eu d’autres rencontres entre la Putain de Porcelaine et le Pornographe Zéro, des nuits de sexe tarifé, des relations payantes et payées, il y en a eu aussi des gratuites, il y a eu des séances photos payées à l’image, des pipes achetées et d’autres offertes. Et puis un jour Poupée n’a plus eu besoin d’argent, et le Pornographe est redevenu son garde-fou. Cette parenthèse de prostitution n’a en rien entamé de leur relation, au contraire cette expérience a scellé leurs destins. Bien sûr il ne nie pas que pendant quelques mois la Poupée a été sa putain, et que si quelques temps après la Poupée a failli plonger pour de vrai dans la prostitution glauque en succombant aux illusions d’un milieu interlope c’est en parti sa responsabilité. Mais la relation qu’il a eue avec la Poupée n’a pas de prix et je ne regrette rien de ce que nous avons vécu, partagé, payé, baisé ensemble. 

Fin

Rédigé par Ceci est un blog

Publié dans #Nouvelles, #érotisme, #Sexualité, #Je est un autre

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