Jour # 1204 une histoire presque vraie

Publié le par #ceciestunblog

Les nuits que je passe à l'hôtel sont d'une volupté particulière, une douche, un lit fait chaque soir et la solitude de l’écriture. Quand la chaleur extérieure colle à la peau elles sont agréables ces nuits propices à l'écriture. Ce luxe est une nécessité d’écriture pourtant je n'avais pas envie quand je passais mes nuits au chevet d’une ville meurtrie. La climatisation ronronne et moi je retourne en arrière dans le creusé de mes souvenirs ...

 

Il fait une nuit lunaire, peu étoilée. Aux cœurs des tentes alignées les lumières irradient faisant danser des ombres. C'est la nuit mais la chaleur est accablante, exotique et étouffante. J'ai la sensation que je vais faire une nuit blanche dans ce décor vert foncé sous la moustiquaire militaire. Je trouve un exotisme dans cette situation, une touche séduisante dans l'angoisse de cette ville éventrée. Je suis dans l'ombre d'une tente longue, profonde et vide, ce genre de tente symbolique des abris de fortunes, abris précaires et provisoires qu'investissent les rescapés des catastrophes naturelles. Le sol couvert d'une bâche est ailleurs rendu à la terre battue où des herbes absurdes s’aventurent hors du sol comme une notre un peu folle dans cet environnement plutôt austère.

 

Je dors chaque nuit sur un matelas poussiéreux directement posé par terre. Il a y des odeurs de renfermé incrusté dans ses fibres, mais ça ne me gène pas. Le repos qu'il me procure et supérieur aux défauts que je peux lui trouver. Chaque soir je m'enroule dans un drap comme pour me rassurer avant de m'endormir. Je me rappelle vaporiser cet insecticide qui sent le mazout autour de moi pour conjurer ces ennemis invisibles de mon sommeil mais à quoi bon vaporiser dans un endroit balayé par les vents. Posé au pied de ma paillasse il y mon sac de voyage jamais fermé. Un simple sac avec rien de précieux dedans, juste un peu de linge que je crois propre lorsque je m'habille après la douche du matin. Le vent qui souffle, celui qui fait claquer les toiles se faufile partout et a vite fait de remplir de poussière la tente, le lit, le sac. Quelques soirs, fatigué par le soleil et vidé par une journée d'errance il m'est arrivé de m'étendre dans la poussière et de m'endormir ainsi sinon chaque soir je prends la peine de retourner le matelas.

 

Autour la nuit n'a rien de calme, moi non plus je ne le suis pas et je ne peux pas l'être tant que j'ai le cœur trop lourd de ce que j'ai vécu dans la journée. J'entends dehors la voix des hommes, des femmes, rencontrés au hasard des errances. Des voix qui disparaissent chassées par un bruit strident dans mes oreilles, attaque de moustiques qui mettent mes nerfs à vif. La fatigue m'inonde. Mon corps a besoin de dormir. Un coup de bombe insecticide pour un répit en silence, juste peut être longtemps pour être emporté par le sommeil.

 

Dans le confort de ma chambre d'hôtel j'inscris les souvenirs de cette nuit sur le clavier de mon ordinateur. La lumière bleutée que je sens sur mes doigts me berce, je vais m'endormir alors je me dépêche d'écrire ces souvenirs avant de sombrer.

 

Je ne dors toujours pas. C'est une nuit que je passe dans les mêmes conditions que les rescapés du séisme, une nuit parmi eux. Les tentes alentours ne dorment pas non plus. J'entends ces bruits synonymes de vie en éveil. Le son des télés qui bercent de leurs voix criardes les enfants anxieux, plus loin des paroles et des pleurs. La fatigue accumulée, la chaleur qui use les organismes, mais c'est surtout la tension de la journée qui consume l’esprit. C'est la nuit que ce libèrent les angoisses que les larmes ne viendront laver qu’au petit matin.

 

Cette nuit là je me suis endormi par hasard sans savoir que je m'en souviendrais un jour.

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