Le beau et le moche

Publié le par Rémy

A la niche la beauté ! Que tu sois dans le canon que braque la doxa sur la jeunesse en bouquets ou que tu sois de la matraque des contre-beautés car il existe des contre-beautés comme il en va des contres cultures et des contrefeux, retournez tous et toutes à la niche de vos expansions. Beauté canonique et beauté alternative sont les deux mamelles malaisantes d’un culte éculé qui se répète et se propage d’affirmation en dénégation. Car si autant il est globalement entendu que la beauté des masses portées en étendard par les mass-médias sont des chimères anxiogènes de papier, le modèle qui s’oppose à lui de la beauté alternative ne vaut pas mieux car dans les deux cas il ne s’agit que des deux faces d’une même pièce. La beauté est une construction culturelle fragile à l’échelle du temps parce qu’elle varie, nait et meurt et se réincarne en cycle chaotique de dictats arbitraires.

Opposer un modèle à un autre c’est toujours faire le jeu d’un système de valeur de la beauté.

Et aussi imbitables sont les discours qui vomissent que toutes les femmes sont belles, imbitables sont ceux qui prône une différence comme une alternative. D’une part la beauté est intrinsèquement une hiérarchisation des formes, qu’importe ces formes puisqu’elles varient au fil des temps et des cultures, en revanche on ne peut pas retirer la dimension hiérarchique de la beauté sans quoi la beauté n’est plus rien.

La beauté est une hiérarchisation. Je ne suis pas en train de dire que c’est une bonne chose ou une mauvaise, j’essaie juste de poser un principe qui est une évidence implicite. Cela étant posé, il m’apparait comme hautement risible la volonté d’affecter un jugement à telle ou telle forme d’homme ou de femme. Qu’importe si l’on juge la beauté à la pâleur, à la minceur, à la grandeur, à la grosseur, à l’adiposité, à la politesse squelettique d’un corps, la beauté sera toujours une hiérarchie des individus selon une subjectivité absolue qui en plus ne dépend pas de la personne jugée mais de la personne qui juge.

Belle ou beau, laid ou moche, tu ne peux pas vouloir contrôler l’arbitraire d’autrui, nous ne sommes pas en état fasciste. Il te faut accepter l’arbitraire d’un jugement hiérarchique éphémère à l’échelle de ta vie. Tu ne vas pas m’imposer d’aimer tel ou tel physique, mon goût est mon goût qu’il soit bancale, normé ou alternatif, mon goût n’est qu’une expression anodine et subjective d’un trait variant de ma personne. Même s’il n’est pas grand-chose je n’accepte pas que tu viennes le remettre en question. Mon goût ce n’est rien de plus que mon goût et tu te dois de l’admettre, le respecter.

Tout le monde est beau.

Tout le monde est moche aussi.

Personne ne l’est, ni beau ni moche et tout le monde en même temps comme dans un beau et un moche heideggérien et vous perdez beaucoup trop de temps sur ça.

Le beau et le moche
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