Je ne suis pas Thanos mais tout le monde le sait

Publié le par Rémy

Combien de fois ai-je voulu empêcher la vie d’être ce qu’elle était ? Je ne parle pas de la mienne que j’ai vécu trop souvent en spectateur, assidue certes, mais passif ne pensant pas avoir de contrôle sur les fils de ma destinée. Je parle de celle des autres ; sauf que je ne parle pas de meurtre ou de séquestration afin d’empêcher autrui de vivre sa vie. Je parle plutôt de cette volonté d’aplanir les reliefs de la vie d’autrui lorsqu’autrui émet par un mot ou un silence une critique de l’instant. Combien de fois sans le savoir, sans le compter ni même l’escompter j’ai voulu aider l’autre non pas dans sa difficulté mais plutôt l’aider à éviter sa difficulté et donc en venir à ce que j’écrivais plus haut, empêcher sa vie. Ce n’est pas une vie que de vivre la sienne dans la peur que celles des autres ne surmontent pas des obstacles que l’on est peut-être le seul à percevoir. Mais c’est peut-être parce qu’ils n’existent pas ; je ne parle pas des autres mais des obstacles perçus. Je ne suis omniscient que dans l’écriture, je ne suis un dieu que pour des personnages de papier qui ne vivent même pas dans ma tête comme le ferai un vers solitaire dans mon estomac. Je n’ai d’omniscient qu’une vague utopie littéraire ; et même là je crois que j’échoue à la satisfaire parce qu’à ma propre surprise je me suis rangé dans la catégorie des auteurs qui disent qu’ils découvrent leurs personnages en les écrivant, de ces auteurs qui laissent entendre qu’émergent des personnages préexistant avec une sorte de destinée ruinant ainsi toutes ambitions de deus ex machina. Il n’y a pas à dire, j’aurai fait un foutu mauvais Thanos.

Je ne suis pas Thanos mais tout le monde le sait
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