Allongé sur le sol

Publié le par Rémy

Il manque aux citadins une chose essentielle et primordiale, un vide absolu dans leurs rapports au monde et dans une certaine mesure dans leurs rapports à la propriété. En effet il manque aux citadins la posture horizontale. Déjà il manque l’horizon à la plupart des classes bases amenées à vivre dans le bas des immeubles, aux pieds des rues, à peine en haut des marches, dans tous ces habitats où les fenêtres n’ouvrent que sur des rues, des parcs, des avenues qui redécoupent l’horizon en silhouettes d’immeubles partiellement dévoilées, partiellement éclairées. La disparition de cette ligne courbe où loger nos points de fuites et nos perspectives soient-elles ou pas atmosphériques forme déjà un œil aveugle dans le visage des citadins. Mais la confiscation de l’horizon n’est rien en regard de la confiscation de la position horizontale.

Je ne parle pas de métaphore sexuelle, les citadins baisent certainement autant et aussi mal que les campagnards, non je parle de manière explicite du fait de l’allonger. Evidemment je ne parle pas non plus de s’allonger dans un lit parce que dans le lit nous ne sommes pas en posture allongé, nous sommes en posture de sommeil, de petite mort, de repos et la fonction prend alors le pas sur l’attitude.

Je parle donc de manière plus précise du fait de pouvoir s’allonger sur le sol ; entendu dans l’herbe ou la terre et de regarder le ciel, le haut, les nuages. Je parle de pouvoir éprouver cette posture naturelle et radicale qui instaure chez l’homme une variation d’échelle. Le citadin n’est qu’un point vague disposé sur un plan, un point en mouvement qui trace une suite de positions référencées qui définisse son parcourt, sa vie. L’homme allongé sur le sol est une ligne qui se trace en parallèle du sol et du ciel. Allongé parterre on éprouve alors la matérialité de nos vies, les racines terriennes de nos existences, et si par chance l’homme allongé est propriétaire de son terrain, de sa parcelle, il est en mesure en étant allongé à l’horizontale d’éprouver sa possession comme une part spatiale qui se découpe sous lui et au-dessus de lui.

Pouvoir s’allonger sur le dos sur le sol c’est s’offrir au monde, posture non utile qui nous donne en tant qu’être et rien de plus. C’est une offrande presque sacrificielle et en même temps c’est le ressourcement du soi. C’est peut-être pour cela que l’été les citadins vont en masses s’allonger le long des plages et des piscines sans vraiment savoir ce qu’ils font.

Mais moi cette chose me manque.

Le fait que la Terre soit ou non plate n'influe pas sur mon ressenti

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N
Je partage le titre devrait s’écrire allongé non ? et pas allonger
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R
J'ai hésité à le corriger