Du bruit dans les branches

Publié le par Rémy

Combien de fois ai-je usé mon esprit à retailler les cheveux en quatre en croyant que cet exercice quasi microscopique était un exercice de l’esprit, une manière que je supposais être la manière de forger mon esprit à être plus aguerrie. Mais plutôt que de m’aguerrir à l’inspection obsessionnelle des filtres et des coutures du monde afin d’en établir le patron, d’en percevoir la trame, je devrais me guérir et reconnaître que parfois les choses sont ce qu’elles sont sans qu’il ne soit nécessaire d’être en mesure de dire pourquoi elles le sont.

Est-ce là une névrose que j’aurai faite mienne de chercher toujours partout et tout le temps d’aller voir au-delà du voile, de l’autre côté du miroir, dans les cintres de la scène afin de discerner rouage et mécanisme ? A moins que ce ne soit un renoncement venant avec l’âge et la sagesse, un abandon non pas de mes élans mais un abandon du monde afin de me préserver un peu de temps et d’énergie parce que la vérité est qu’il y a toujours des voiles derrières les voiles, toujours une porte dans l’arrière-cour afin de passer dans la suivante puis encore la suivante et encore la suivante à l’image de cet infiniment petit que l’on peut infiniment diviser par deux sans jamais parvenir à le réduire à une seule fraction.

Est-ce donc là ma névrose ou est-ce là une sorte de déformation de mon esprit trop habitué à lui-même dresser des écrans entre lui et le monde, entre lui et moi, esprit toujours prompt à tisser les cheveux en tresse de quatre, seize, trente deux ou cent vingt-huit brins en espérant qu’un jour la tapisserie tienne droite d’elle-même sans avoir à la soutenir ?

La névrose ou la mauvaise habitude ? Un peu des deux ou tout autre chose ?

Je commence à prendre conscience de cela parce qu’à force de questionner certaines pratiques comme le fait de collectionner afin de mieux comprendre mais aussi de pouvoir justifier, argumenter et expliquer le pourquoi de mon comment, sans parvenir à trouver de réponses viables j’en viens à me rendre à l’évidence, parfois les choses sont les choses, le plaisir de collectionner réside dans le plaisir de collectionner et tout le reste n’est peut-être que du bruit dans les branches.

Et si les choses sont justes ce qu'elles sont alors peut-être que l'on peut juste aimer une photo parce qu'elle est juste belle

Et si les choses sont justes ce qu'elles sont alors peut-être que l'on peut juste aimer une photo parce qu'elle est juste belle

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article