Des mots pour un clou

Publié le par Rémy

Le clou, sans spectacle le clou entre mes doigts potelés que j’essaie de planter ; planter le clou et non mes doigts même si le marteau de manière alternative et chaotique frappe parfois les uns plus que le petit pieu d’acier. J’ai passé une partie de l’après-midi à poser des plinthes aux bas des murs de l’appartement, activité naturelle de l’homme moderne. J’ai passé cet après-midi à poser des plinthes, planter des clous et à réfléchir doucement suivant le rythme chaotique des coups de marteaux. J’ai pris conscience il y a quelques temps de mon incapacité à vivre les choses comme les choses sont. La simplicité d’un pragmatisme sensoriel m’échappe souvent, et en plantant mes clous et en mettant en perspective ce nouvel apprentissage de moi je me demandais si je saurais écrire sur les clous, sur le fait de planter des clous, chronique minuscule de l’homme qui plante des clous.

Ce n’est pas simple, non pas que le clou ne soit pas un élément inspirant, chargé de symbolique quand il transperce les mains des Jésus Christ par exemple, mais écrire sur l’expérience pragmatique et sensoriel du clou planté, sans virer à la poétique, la métaphore et l’emphase décalée ça ne me parait pas simple.

Deux doigts qui pincent le cylindre d’acier sans tête. Le marteau qui frappe avec une précision maladroite, la main qui doit doser la force, ni trop ni trop peu afin de percevoir le clou s’enfoncer par à-coups jusqu’à disparaitre totalement dans le bois de la plinthe. C’est une expérience simple mais qui me procure une satisfaction qui peut être à la hauteur de ma frustration lorsque le clou se tord et cesse de s’enfoncer en ligne droite.

J’ai les mains d’un terrien, les mains d’un bricoleur mais seulement du bout des doigts.

Des mots pour un clou

Publié dans Chronique chaotidienne

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