Ces textes que je n'ai jamais écrit vol.2

Publié le par Rémy

Il y a quelques temps je parlais ici de la première histoire que je n’ai pas écrite, celle d’une fée devenue prostituée dans un monde d’anticipation futuriste, et qui a longtemps hanté et accompagné mes pensées. Et ce matin sous la douche un second embryon d’histoire que je n’ai pas écrite m’est revenue en tête.

C’est encore une fois autour d’un pitch de science-fiction réaliste que mon imagination s’était cristallisée. Mais comme pour la première histoire, je n’avais pas réussi à convertir en trame narrative et romanesque la situation de départ à laquelle j’aimais penser. Je ne sais pas comment décrire la première image que j’avais en tête lorsque j’ai commencé à imaginer la scène. J’ai annoté cette idée comme science-fiction réaliste parce l’aspect SF n’était qu’un prétexte à décrire un écosystème qui me semblait réaliste puisque je puisais la visualisation que j’en faisais dans les images d’une misère très terre à terre.

Il s’agissait donc pour moi d’imaginer une forme de bidonville qui se serait constitué à la bordure d’une zone terrestre rendue quasiment invivable parce que l’humanité avait décidé d’en faire une zone de lancement pour d’énormes fusées interplanétaires. Plus exactement j’avais imaginé que l’ont été capable de suspendre l’effet de la gravité dans un large cône afin de permettre aux fusées de s’extraire de la planète plus facilement. Par soucis de pragmatisme pseudo réaliste j’avais décidé que cette zone se trouvait quelque part dans le désert australien. Je passais beaucoup de temps à m’imaginer quelques sortes de communautés trop pauvres pour pouvoir quitter la zone ou le pays auraient pu se constituer en périphérie de cette zone régulièrement mise en gravité zéro.

Il y avait une scène qui me plaisait et sur laquelle je revenais souvent dans mes pensées. Elle s’inspirait de deux choses, la première c’était les récits de cousins qui racontaient que pour se procurer des sensations fortes ils s’étaient parfois rendus illégalement sur les pistes de décollages des aéroports afin de se confronter à la puissance et à la dangerosité des moteurs au décollage. La seconde inspiration c’était les images de personnes se réunissant aux abords de Cap Canaveral ou de Kourou pour assister de loin aux décollages des fusées. J’imaginais donc une scène où des autochtones ainsi que des touristes des sciences se rendaient dans ces zones en bordure de cône à gravité zéro où ils trouvaient des guides informels qui les conduisaient jusqu’à des endroits adaptés pour observer le décollage de ces géantes de l’espace ; il fallait que les personnages s’attachent ou s’enchaînent au sol et lorsque l’on activait la cône à anti gravité en vu d’un décollage, les personnages venues assister illégalement à ce spectacle étaient arrachées du sol, suspendus par les chaînes et les liens de bric et de broc et attirés vers l’espace. Je voyais ça un peu comme Ulysse et les sirènes.

Ce qui était important dans mon esprit c’était l’aspect toujours très réaliste des scènes, je collais des images de bidonville actuels, contemporains, réels, à mes scènes de science-fiction et j’aimais cela. La science-fiction dans le fond se passait hors champ de mon écriture, je n’étais pas là pour imaginais les aventures ni même les destinations de ces fusées, mais pour faire un focus sur les gens qui vivaient en bas, en contrebas, en bordure et comment cela affectait leurs vies. Après quelques temps j’avais imaginé un second effet pour agrémenter mon point de départ, c’était le fait que la gravité nulle avait endommagée l’atmosphère et que les rayonnements devenaient très nocifs pour les gens vivants là et pour s’en prémunir je m’étais imaginais qu’ils se baladaient tous avec des ombrelles translucides qui flirtaient les rayonnements. C’était désuet, mais j’ai les images de SF désuète.

J’ai beaucoup pensé à cette scène, longtemps, aujourd’hui je me rends compte que c’était de la SF à la Neill Blomkamp avant même que je ne découvre ses films dans lesquels j’ai retrouvé le mélange de réalisme social et de SF latente et même une certaine chaleur des lumières dont je baignais aussi mon imaginaire. Mais comme pour la première histoire je n’ai jamais réussi à trouver une idée narrative pour utiliser ce décor et cette situation de départ. J’ai réfléchi longtemps mais je ne suis jamais abouti à quoi que ce soit de narratif parce que j’étais, je pense, trop attaché à l’impression que me faisait ces idées de départ et finalement je ne parvenais pas à m’en détacher pour faire vivre un récit. C’est une chose que j’ai apprise plus tard, il faut savoir donner du mou, lâcher du lest à un récit, une idée, une intuition pour qu’elle puisse porter d’autres idées et lui permettre de se dérouler en récit. Avant j’avais une vision trop fidèle, restrictive et entière de mes idées et les imbriquer dans autres choses pour en faire narration était difficile.

Ces textes que je n'ai jamais écrit vol.2
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