Un écrivain sans histoire - un poignard planté dans la porte bourgeoise

Publié le par Rémy

Lorsque j’ai découvert l’écriture comme moyen d’expression j’ai rapidement pressenti que cette forme là pouvait être la mienne. Mais ce n’était qu’un sentiment, une impression indistincte que je sentais évoluer en moi mais sur laquelle je ne pouvais pas mettre de mots ; curieux paradoxe pourtant plutôt révélateur.

Je suis venu à l’écriture pour m’exprimer, c’est la forme naturelle qu’ont pris mes mots lorsqu’ils sont venus. Certaines personnes portent leurs besoins d’écrire par le besoin de raconter des histoires mais je n’ai pas emprunté ce chemin. Je voulais parler, en l’occurrence écrire, pour obtenir une réaction directe d’un interlocuteur potentiel. Correspondance, formes journalistiques et parfois sans le savoir presque une forme d’essai ; mon écriture n’était pas celle de la littérature mais celle de la pensée.

Mais cela n’était pas conscient. J’écrivais en mettant des mots les uns derrières les autres comme n’importe qui ayant écrit avant moi et lorsque j’en suis venu des années plus tard à me lancer dans l’écriture romanesque je sous estimais grandement la distance qu’il pouvait y avoir entre ma conception de l’écriture qui était une écriture de contact en quête de réponse, et l’écriture romanesque qui est servie par une narration.

Ce n’est qu’aujourd’hui, quelques années plus tard, que j’ai pris conscience de cela. Ma prose est une prose de provocation, une écriture que je lance en espérant provoquer une réaction. C’est l’écriture d’un auteur à distance qui lance des pierres dans l’eau et qui regarde les ronds concentriques se former et déformer la surface. Je suis l’auteur et la pierre, la prise l’équation du lancé et la surface de l’onde est la surface du monde et des hommes. Un écrivain de réaction et pas un écrivain d’histoire. Hormis lorsque l’histoire est en réalité un témoignage du je, je ne suis pas un écrivain de narration, je suis l’être de la réaction, de la provocation, de l’agitation et je me rappelle la fascination que j’ai eu lorsque j’ai appris en cour de français l’existence et la forme du pamphlet. Je suis de ces auteurs qui rêvent encore de placarder leurs proses sur les portes des bourgeois en plantant la feuille à l’aide d’un poignard affuté comme une plume qui s’enfonce dans le bois robuste des bâtisses des quartiers chics. Le reste n’est pour moi que littérature au sens légèrement péjoratif de l’expression.

Une lame de viking pour épingler un pamphlet ou un poème au revers d'une porte

Une lame de viking pour épingler un pamphlet ou un poème au revers d'une porte

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