Une page froissée

Publié le par Rémy

Au coin du monde la page s’écorne. C’est le monde, la terre plate ou le plat immense d’un continent à la dérive. Sur cette surface plane qui n’est même pas un livre il y a ce qui se trouve être une page. Continent à la dérive, la page avec, et l’immuable fait des rois pousse la page dans un recoin où le rectangle blanc, papier grammé au millimètre fini par être écorné. Ce n’est pas la marque de l’homme pour retenir une page, une parmi les milliers compilés dans livre, un dossier ou un document relié. C’est juste la surface plane qui se froisse quand elle se frotte à la présence rugueuse de l’indifférence. De la déférence poussée à l’extrême qui fini toujours par froisser son hôte, ou le couple que l’auteur forme avec son récepteur. C’est tout. Ce n’est rien, juste l’infime part d’un tout, mais c’est là, au bas du monde, le coin inférieur droit, là où la page s’écorne comme naissent les montagnes où se creusent les vallées ; par accumulation de poussière, par agrégation, pour érosion, par l’ouvrage du mince filet d’eau et du vent et du temps. C’est sûrement pour cela que l’on grave les nécrologies dans le marbre des pierres tombales parce que même si elles usent à l’usage des temps il est rare qu’elles s’écornent. Elles meurent seules dans l’oubli mais reste intact au temps là où la page pliée, cornée, froissé, finie au rebus dans la corbeille.

Veronica Lake in I married a witch
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