Comme un chien de berger qui s’agite et aboie devant sa télé

Publié le par Monsieur Ray

Nous alimentons chaque jour un espace, pseudo virtuel et numérique, d’une infinité de chose dont ne pourrons jamais faire le tour. Impossible de lire tous les tweets d’un jour, d’une année ni même de l’application, impossible de regarder toutes les vidéos postées sur YouTube en un jour, en une année ou depuis sa création, impossible de visiter tous les blogs et y laisser un commentaire, impossible de solder sur Instagram la somme des images que nous n’avons pas encore vues, impossible de parcourir l’ensemble d’internet, d’écumer toutes les rues, les routes et les ruelles de Google Street View avant que celles-ci soient de nouveau photographiées et changent de nuances. Chaque jour internet grossis en potentiel ventripotent de contenu perceptible par un individu. Et plutôt que d’essayer d’en faire le tour et d’essayer de cerner l’ampleur galopante de cette masse informelle d’informations fluctuantes comme le chien de berger qui s’agite et aboie autour du troupeau pour le contenir et le canaliser, nous préférons ajouter de nos propres productions qui se noient dans l’infini.

J’imagine parfois un monde où tout un chacun éditerait son propre quotidien qu’il distribuerait à ses amis, ses voisins et aux anonymes curieux qui eux aussi éditeraient leurs propres journaux qu’ils distribueraient à leurs propres amis, voisins et à leurs propres anonymes. Je pense à ce monde ubuesque où tout un chacun produirait sa télévision, sa chaîne, son journal de 20 heures et tout le reste de la météo à la publicité, un monde où nous serions tous à la fois les producteurs et les consommateurs des productions d’autrui sans restriction de qualité, de quantité et d’ambition. Et ce monde-là, ce moment-là du monde je le perçois comme un enfer de vacuité dont le vice le plus perfide est de faire disparaître les paroles importantes, la qualité de la pensée et la posture primordiale des penseurs du monde au milieu d’une foule furieuse de son tweet, de sa parole et de son avis.

Et quel que soit le côté auquel je suis astreins je participe d’une certaine manière à cette curieuse débâcle de la parole et de la pensée.

S'ils avaient su ...
S'ils avaient su ...

S'ils avaient su ...

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