Par la fenêtre béante

Publié le par Monsieur Ray

On pourrait penser que cet homme de minuit est prostré sur le canapé où il s’est réfugié dans le noir, acculé par je ne sais quel parasite ultrason, la peur, l’angoisse ou la mort. Mais il est en vérité simplement calé sur la banquette qui est adossée au mur dans un coin de la pièce, à l’exacte opposé de l’ouverture dans le mur. Il tutoie donc du regard la grande fenêtre ouverte comme une béance gigantesque sur la nuit, la rue et la lumière cramoisie qui y circule. Ça fait des jours que cette fenêtre n’a pas été fermée, sa gueule béante fixe de son vide abyssale l’homme d’en face. Derrière le vide, une rivière coule et tinte trois étages en contrebas comme le gargarisme délicat de cette gorge architecturale. Dans la pénombre l’homme visualise le garde-corps qu’il identifie comme une mâchoire cariée qu'il serait facile d’enjamber pour finir sa journée de l’autre côté, écrasé dans les roseaux, les rochers, la rue et la rivière. Le tête-à-tête est long, lent, les pensées croisent le fer dans des éclats sardoniques. L’homme silencieux sourit de ses pensées médiocres car il sait que si un jour il devait tomber d'une fenêtre ça serait dans un saut glorieux, un élan carpé, double vrilles et mine de l’ange pour survoler le garde-fou. Un pas d’homme ou de géant pour enjamber le vide minuscule ça serait tellement pathétique, tellement cinéma de quartier que l’idée lui en est insupportable.

Comme une lumière, un élan, un instant dans la nuit habille les émotions de manière différente

Comme une lumière, un élan, un instant dans la nuit habille les émotions de manière différente

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