Sauvé

Publié le par Monsieur Ray

L’homme se trouve écrasé par une montagne de peaux mortes. Il a plié sous le poids des squames qui pèsent sur lui comme les cadavres des milles et une vie qu’il a laissé mourir sur lui. Il se tient immobile laminé par les tonnes de cheveux morts qui sont tombés de son crâne vers ses épaules comme le trottoir de la ville les jours venteux de l’automne. Lui n’est pas un homme, il n’est que le corps que passage ; de la naissance à la mort il traverse le fleuve temporel de la vie. Il est comme Charon faisant traverser le Styx aux âmes des morts ; sauf que lui il ne véhicule qu’une seule âme et que son trajet est long. C’est en tout cas ce que l’on peut espérer pour lui.

L’homme a disparût au fil des ans derrière les déjections de son propre corps qui se délabre. La graisse autour de son corps, la vieillesse devant son visage, le poids des ans et celui du surpoids c’est ce qui a fini par dévoyer l’oracle de son être. Même ses vêtements ont laissé échapper la mode et aujourd’hui ils recouvrent son corps d’une image qui au mieux peut être désuète. Avant de se lever et de se retourner pour voir la trace qu’il aura laissé dans le décor et d’aller ouvrir la fenêtre, il écrase son mégot directement sur sa table de nuit.

Publié dans Divagations diverses

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