La réécriture du siège du chateau

Publié le par Monsieur Ray

Mon visage se trouvait alors à la hauteur de ses genoux. Elle avait les genoux cagneux mais cela ne m’empêchait pas d’embrasser délicatement le creux, la pliure de l’articulation. Et puis, emporté par un aplomb absurde qui dépoussiérait l’ordre de ma raison je collais mon oreille tout contre elle pendant qu’elle faisait craquer son ménisque. Elle donnait ainsi la note juste pour que j’entreprenne avec mon visage d’ausculter la tension de ses muscles et l’échos secret de ses os sous la chaire de sa cuisse. Je respirais avec lenteur pour mieux m’imprégner de son odeur de poulet grillé ou de dinde rôtie à la broche des métaphores culinaires. Lorsque mon auscultation minutieuse de son épiderme arrivait à son terme je réalisais que j’étais arrivé à la hauteur de sa clef de voute. Son château tremblait sous les coups de butoir des armes de sièges d’une armée en campagne mais d’un geste fort elle décidait de baisser le store de son ingénuité sur ses pierres taillées en créneau qui cernaient sa cour. Nous n’avions pourtant pas fini de jouer à la roulette en vidant nos verres de vodka. C’était à son tour de jouer, elle comprimait le drapeau blanc, dentelle ou dentelé, au niveau de mon visage sans paraître préoccupée par les brasiers au loin allumés par l’armée qui menait son siège. Il nous fallait une clef ; je découvrais donc sa serrure et avec une tension ténue j’examinais les pennes invisibles pour crocheter la porte du château sous les mortaises taillées dans un bois centenaire. A l’emplacement exacte de la possibilité d’une clef le cliquetis retentissait et j’écartais l’épais panneau pour accéder au vestibule où dormaient les portraits en peinture de sa lignée matriarcale.

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