à la tristesse de nos nobles trains

Publié le par Monsieur Ray

La mort nous guète c’est une donnée que nous avons tous plus ou moins acquise comme réelle. La mort et l’entropie sont les points d’orgue de notre passage dans la dimension du vivant. Je ne vais pas épiloguer là-dessus. Evidence éculée. Rien de moins, rien de plus.

Mais d’autres choses nous guettent comment autant de voyeurs lubriques accrochés aux feuilles mortes qui inondent anonymes les rues devant nos fenêtres. Ce qui rôde comme un monstre ancestral affamé c’est le point de bascule où nous devenons démodés. Le moment précis où nous cessons d’appartenir à notre monde et où nous commençons d’appartenir à l’ancien. Là où c’est insidieux c’est que ce point de bascule est lui aussi insidieux, flou et flottant et frappe d’aveuglement de d’amnésie les corps, les hommes, les femmes, les peuples, les sociétés, les idées, les œuvres d’arts, les productions culturelles, les rêves et les utopies. Pas de fractures distinctes que l’on pourrait en vain essayer de réparer. C’est plutôt de l’ordre du glissement, une traversée piétonne dans les sables mouvants et la terre meuble.

Hier nous marchions en conquérant sur la terre vierge des rivages d’une société que nous foulions en dieux, déesses, héros et nymphes. Et sans avoir attendu le futur nous voilà déjà dépassés comme le panthéon dramatique d’une société désuète dont les représentations n’exhalent plus de souffle divin des puceaux éhontés qui bravent le monde mais plutôt le vent frelaté des hommes pas encore devenus vieux qui bavent sur le monde comme des pustules purulentes.

Le temps de conquérir le monde est notre éternité et tomber de cette éternité comme on tombe du train en marche est d’une tristesse implacable.

Pourrions nous désirer cela ?

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