Chronique d'un onze juillet

Publié le 11 Juillet 2017

Onze juillet 2017, je suis obligé de m’attacher les cheveux afin de pouvoir écrire dehors dans que le vent s’occupe de m’envoyer mes cheveux que le lecteur avisé supposera assez long dans le visage. Je répète, nous sommes en juillet, nous sommes le onze du mois, nous sommes 2017 et je m’attache les cheveux ; les vrais sauront goûter à tout le cocasse qu’il y a dans cette situation. Et cela même si moi-même je ne suis toujours pas sûr que tout cela est réel, normal et consensuel. En trente-huit ans durant combien de temps ai-je eu les cheveux longs, assez long pour nécessité d’être attachés ? Si je mets considère les mois et années d’avant que je n’ai une conscience je dirais que je n’ai jamais eu les cheveux longs avant. Et si je m’en réfère aux photos d’enfances, jamais avant ma conscience je n’ai eu cette tête de chevelu.

J’ai donc vécu toute une vie, la mienne, avec une tête surmonté d’une image capillaire donnée. Celle du garçon avec les cheveux raisonnablement courts, parfois le garçon avec le crane presque rasé. Je ne me rasais pas à blanc, je laissais généralement quelques millimètres de tonsure pour pas me sentir nu de la tête, mais j’avais les cheveux suffisamment courts pour sentir l’air, le vent, la pluie et l’ensemble du monde avec le crâne. On se forme à son image, je veux dire que la force du temps nous forme, formate, forge, à nous concevoir avec une image donnée de nous-mêmes. Et je me suis habitué à me reconnaître avec la tête de celui qui n’a pas de cheveux.

J’avais repéré à la fin de l’adolescence un manque de cheveux sur le haut du crâne qui me semblait appeler à une calvitie précoce, je m’étais donc habitué à être ce jeune homme aux cheveux courts avant de devenir l’homme à la tête chauve. Je n’en faisais pas un complexe, seulement une mauvaise habitude. Et puis cette calvitie met du temps à venir, et j’ai essayé de laisser pousser mes cheveux, ma touffe mi frissée mi crépue, et au fil des mois et des semaines j’ai fini par avoir les cheveux longs. C’est une notion très relative j’en ai conscience, disons que j’ai fini par avoir les cheveux plus longs que je ne les ai jamais eus. Aujourd’hui je suis obligé de les attacher pour ne pas qu’ils me gênent, je suis obligé d’en prendre soin et j’en éprouve une drôle de fierté.

Ce n’est pas tant celle d’avoir le fait d’avoir une toison imposante et généreuse, je tire ma fierté du fait de parvenir à apprivoiser cette image nouvelle de moi. C’est comme conquérir un changement de paradigme, ou définir de nouvelles frontières visuelles à mon image. Ce n’est pas encore devenu une seconde peau, et encore ce onze juillet lorsque je croise mon image dans un reflet je perçois d’abord l’altérité avant que de me voir moi. Mais j’apprends à faire de cette altérité l’autre face de mon image et c’est de là que je tire ma fierté. Parfois je pense à ma grand-mère. Je pense souvent à elle, ce n’est pas la question, je voulais dire que parfois devant mes cheveux je pense à elle parce qu’à chaque fois que venais la voir après que je me sois rasé la tête c’était une déception pour elle, elle n’aimait pas me voir le cheveu trop court. Alors je me dis qu’elle aurait sûrement aimé me voir avec cette touffe ubuesque, je n’irai pas jusqu’à la penser fière de moi pour ce hasard capillaire mais je suis sûr qu’elle aurait apprécié l’esthétique de mes boucles naturelles.

Si je fais de mes atermoiements capillaires le contenu de ma chronique du jour c’est peut-être que ma journée m’a pas était bien remplie ; ou alors c’est que je prends le prétexte de cette chronique autofictionnelle pour développer de la prose avec facilité, à mi-chemin entre l’exercice de style et la facilité estivale. J’aurai pu pour varier le sujet vous parler de la Poste où je suis retourné expédier des objets vendus sur Priceminister. Mais la Poste était fermée, la Poste de substitution était fermée et celle de mon village qui était en travaux ne rouvre que demain et mes paquets n’ont pas pu être expédiés. Mais cela n’affecte pas la satisfaction que j’ai à vendre sur ce site. Ce n’est pas une question d’argent, c’est un soulagement spatial.

Vous le savez je chine, et avant même cela, j’ai tendance à accumuler les choses ; j’ai eu ma période DVD il y a des années, lorsque je découvrais Cdiscount et les DVD pas cher, lorsque le DVD était en format roi, lorsque j’allais souvent au cinéma, je veux dire plusieurs fois par semaine, à l’époque où je comprenais que forger sa culture pouvait être un loisir à part entière et à l’époque où je commençais à acheter des objets culturels que je ne consommer pas. Mais je pouvais les montrer, je pouvais sans mentir dire que je possédais tel ou tel film ou livre et ne presque pas mentir en disant que je le connaissais parce qu’il me suffisait de le regarder pour palier à mon mensonge. J’ai donc accumulé pas mal d’objets culturels qui maintenant m’encombrent plus qu’ils ne me nourrissent et pour me libérer d’eux Priceminister est un bon moyen. C’est idiot et arbitraire, ça aurait pu être un autre site mais c’est avec celui-là que j’ai tissé un lien affectif. Aujourd’hui il ne me reste plus qu’une quarantaine de DVD que j’ai choisi de conserver, peut-être même un peu moins, et avec le temps j’ai fini par me libérer quasiment de tous les autres, il doit ne m’en rester qu’une vingtaine. Lorsque je reçois une commande je suis toujours très excité, curieusement c’est comme lorsque je reçois un cadeau, l’effet de surprise et de suspense avant de savoir quel objet j’ai vendu me procure un vrai plaisir. Et puis le fait que cela me ramène quelques euros ce n’est pas pour me déplaire. J’ai dit que ce n’était pas une question d’argent, c’est un peu mentir parce que pouvoir racheter des objets culturels que j’ai choisi avec plus de parcimonie ça compte aussi. J’ai l’impression de ne pas avoir dépensé en vain cet argent, j’ai l’impression que la culture navigue et que je peux renouveler la mienne sans que ça ne me coûte.

Enfin faudra quand même que je retourne à la Poste demain matin.

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Chronique chaotidienne

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