Chronique d'un douze juillet

Publié le 12 Juillet 2017

Chronique d’un douze juillet, soit deux jours avant le quatorze ce qui n’est pas vraiment intéressant en soit. Mais je sais qu’à partir du quatorze juillet et jusqu’au seize du même mois je ne serai pas en mesure de chroniquer mes jours. Techniquement je pourrais sans problème rédiger les chroniques de mes journées mais je ne serai pas en mesure de les publier. D’ailleurs j’ai déjà programmé la publication d’articles pour les jours de déconnexion, preuve que ces jours à venir ont occupés une part de ma journée.

Comme toujours mes contraintes d’écritures sont amenées à devenir de véritables contraintes qui viennent m’interroger sur ma pratique du blogging. Alors que techniquement on s’en moque totalement de savoir si je pourrais chroniquer mon quatorze, quinze ou seize juillet. Je ne suis personne, pas une star, pas un influenceur, à peine un bloggeur que l’on vient lire. Cela fait de moi un homme libre de transgresser les règles que je m’inflige.

Un douze juillet à débattre de soi avec soi pour savoir si je vais me manquer lorsque je ne serai pas là pour écrire. Bien sûr chaque jour où je ne peux pas tenir ce blog j’ai très loin dans mon esprit mais vraiment ancré dans mon esprit pourtant le sentiment de me trahir. C’est idiot, mais je suis un homme de ce genre, un homme qui se fixe des contraintes invisibles et arbitraires qui font ma fierté lorsque je parviens à les domper, mais qui ensuite deviennent des freins lorsqu’il n’y a plus l’excitation du dépassement.

Alors la chronique de ce douze juillet c’est cette lutte qui se passe dans mon esprit, assailli d’obsessions, de questions et de dialogues impossibles que je suis voué à transmettre à l’écriture pour ne pas sombrer dans l’abime qui est toujours proche parce que marcher au bord de l’abime c’est dans ma nature. Enfin bref, comme toujours, comme encore, je pourrais aussi chroniquer ce douze juillet par ma visite à la Poste, c’était même ce que j’avais prévu.

Il y a quelques mois la Poste du village a été fermée pour travaux, trois mois plus tard, c’était à dire aujourd’hui la Poste réouvrait. J’avais quitté un bureau de Poste de village, à l’ancienne, dans un bâtiment comme une maison ; derrière sa grosse porte en bois il y avait une petite pièce aux couleurs passées, au carrelage usé par le passage de l’épaisse porte. La pièce était coupée en deux par le large comptoir en bois qui traversait la pièce surmonter de l’indémodable paroi de verre percée par l’hygiaphone. C’était une pièce d’un autre temps, une Poste d’un autre âge ; autant dire que j’ai toujours connu ce bureau de Poste de dans cet état et d’aussi loin que je puisse m’en rappeler il avait l’air dans son jus hors du temps ; avec sa porte blanche mystérieuse d’où parfois un conseiller de la Poste sortait pour emporter un client via un mystérieux escalier.

Aujourd’hui douze juillet la Poste réouvrait ; et je m’y suis rendu pour envoyer mes fameux paquets Priceminister. Plus de porte en bois, plus d’hygiaphone, plus de couleurs passées, plus de mystères, plus rien que le blanc normatif la Poste, un petit ilot aux coins arondi derrière lequel trône ma postière et une machine automatique pour affranchir tout seul ses paquets. Je me retiens pour dire que c’était mieux avant, avant c’était juste plus authentique, plus ancré dans son espace et dans le temps, aujourd’hui c’est juste un espace passe partout. Je ne suis pas un vieux con, non juste un nostalgique.

Et tant qu’a parfumer ma chronique d’un douze juillet de nostalgie, pendant que j’attendais mon tour dans cette peau neuve de Poste j’ai vu entrer une jeune femme. Au départ je ne l’ai pas vraiment vu, seulement du coin de l’œil mais sa silhouette m’a tout de suite frappé dans le souvenir. Il faut dire que contrairement à cette Poste qui venait faire peau neuve après avoir subi les assauts du temps pendant trop longtemps, le temps ne semblait pas avoir eu de prise sur cette jeune femme. Cette femme je la connais à peine et pourtant je l’ai immédiatement reconnu, c’est la petite sœur d’une fille qui un jour a été une amie. Nous étions partis en vacances une fois avec elle, sa sœur, ma sœur et d’autres personnes ; elle était la plus jeune mais c’était aussi une personne à l’esprit vif et sauvage et j’avais trouvé ça en elle très intéressant. Et puis je me suis fâché avec ma cousine, qui était amie avec la grande sœur en question et dans le sens naturel des choses je me suis éloigné de ces personnes-là au point de ne plus m’en rappeler d’elles jusqu’à ce matin. Lorsqu’elle est entrée dans la Poste deux choses m’ont frappées, trois si veux être précis, la première chose c’est que la jeune femme a conservé sa silhouette de jeune fille, même corps, même visage, même coiffure, même type d’expression sauvage.

Hier je parlais de mes cheveux et du fait que lorsque je me vois je ne me reconnais pas facilement, c’est pour cela que j’ai été assez confiant de ne pas être reconnu, et puis j’avais mes lunettes de soleil, je pouvais donc observer la jeune femme sans peur d’être reconnu et d’entrer en conversation, parce que si son côté sauvage m’avait intéressé c’est parce que j’ai moi-même un côté sauvage et que je n’aime pas toujours les retrouvailles.

Les deux autres choses qui m’ont frappées en la voyant entrer ce sont les deux enfants qu’elle avait avec elle. Un jeune garçon de deux ou trois ans à sa main et un bébé de quelques mois qu’elle portait dans l’autre bras. Il doit y avoir une petite dizaine d’année que je ne l’avais pas vu, si on excepte une fois où je l’avais croisé à la Poste justement, elle revenait d’Inde ou d’une autre destination du genre où l’on va enter son adolescence pour revenir changé. Le fait qu’elle ait conservé sa silhouette longiligne et mince d’adolescente contrastait avec ces deux enfants à son bras au point que j’en suis venu à me demander si c’était les siens, ou ceux de sa sœur ou de son mari qui les aurait eus avec une autre. Mais le petit garçon l’a appelé maman.

Je ne suis pas un émotif qui se sent ébranlé par les enfants des autres, mais ces enfants-là au bras de cette femme-là révélaient toute la distance parcourue par la jeune fille connu par le passé. Et percevoir des distances de vie ça m’a toujours chamboulé.

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Chronique chaotidienne

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