Chronique d'un dix-sept juillet (et quelques jours précédants)

Publié le 17 Juillet 2017

J’ai titré chronique d’un dix-sept juillet mais en vérité sous ces mots entrent les chroniques pêle-mêle du quatorze, du quinze et du seize et de ce jour même et même la chronique de ce moment où je suis sorti pour m’installer dans le jardin à l’heure où le soleil glisse derrière la cime des arbres et qu’en tirant ma chaise et ma table proches de l’amandiers j’ai dérangé mon ami et compagnon de jardin l’écureuil. Je n’ai jamais été aussi proche d’un écureuil ; il est très loin d’être apprivoisé, mais il semble s’être prit de passion pour l’amandier au milieu du jardin et il n’hésite pas à y grimper lorsque je suis là, figé à l’ordinateur, je le regarde approcher, grimper, saisir une amande, l’ouvrir en deux, la grignoté. Malgré le vacarme des cigales qui hurlent toujours bien fort même à cette l’horaire je parviens à distinguer le chuintement de l’écureuil et les petits craquements des amandes qu’il décortique. C’est aussi ridicule de s’émerveiller de cela, que c’est plaisant à observer, le chien, le chat, la tortue et les poissons ne peuvent pas rivaliser avec le degré de mignon d’un écureuil, même s’il a vendu son image à une banque.

Je regarde l’arrosage tourbillonner l’eau.

Je recoiffe mes cheveux d’un geste de la main gauche.

Entre les branches vertes des chênes le soleil passe en une poignée de rayons qui viennent éclairer les gouttelettes de l’arrosage.

J’ai déplacé les gros pots des cactus pour qu’ils soient sous cette pluie artificielle. Même si ce sont des cactus j’ai l’impression qu’ils se flétrissent un peu de chaleur.

Hier nous sommes allés regarder le Tour de France passer.

Hier nous étions en Lozère, c’est presque la montane ; et la route était presque une côte.

Il n’y a pas de Tour de France sans bord de route et caravane publicitaire, et il n’y a pas caravane publicitaire sans sentiment de sidération et une once de malaise devant l’alchimie festive de la route, des spectateurs et des voitures comme des chars de carnaval qui jettent leurs marketings par grandes brassées. C’est étrange. La première fois que j’ai vu passer la caravane du Tour de France j’ai trouvé ça beau, grotesque et burlesque comme un défilé de carnaval ; la première fois que j’ai vu passer le Tour de France c’était pour voir passer les athlètes et apercevoir le prestige des noms. Ce n’est qu’après son premier Tour de France que l’on commence à percevoir dans ce cirque routier la part de sidération et l’once de malaise qui s’y trouve ; le long de la route, des individus de tous les âges s’impatientent et s’existent lorsque des hôtesses anonymes et des travailleurs estivaux leur lance des babioles commerciales. C’est comme les enfants sur le manège qui se battent pour attraper la queue du Mickey et du tour supplémentaire. Sauf qu’ici pas de tour bonus, et pas seulement des enfants, on se passionne pour un échantillon de lessive, une madeleine, un bob ou un porteclé de la sécurité routière. Il y a quelque chose de beau tout comme il y a quelque chose de malaisant ; la passion, la ferveur, la gratuité de ce spectacle œcuménique qui traverse la France comme une procession sainte c’est beau, la frénésie pour de la publicité c’est le reste. Mais cette alchimie est l’alchimie exacte de ce je ne sais quoi d’unique d’être sur le bord d’une route du tour. Et après les coureurs. Avant eux les hélicoptères, les voitures, les motos, enfin les vélos.

Deux heures pour nous, peut-être un peu plus, pour d’autre des heures en plus, une journée, une demie journée, une semaine, un rituel, le temps d’une vie, le temps étiré des souvenirs, ceux qui se transmettent. Le temps de voir passer le Tour de France c’est finalement le temps moyen de n’importe quel spectacle sportif, sauf que le Tour de France à une particularité que je trouve intéressante c’est qu’il incarne une forme de transcendance.

Je m’explique.

Nous sommes là sur la route, sous la chaleur, dans un coin de la France où nous ne sommes pas sûr de capter les réseaux. La course ce sont des bribes d’informations, la rumeur sur le bord de la route, les on-dit, les calculs d’apothicaire, le son grésillant d’un poste radio et l’internet qui va qui vient. Ce temps de l’incertain précède le temps du présent, de l’instant sportif et cycliste qui est un temps éphémère, un temps bien plus court que le temps du spectacle. Et lorsque que la voiture balais est passée, que le spectacle est fini, vient le temps de rentrer chez soi, dans sa maison, dans sa voiture et de retrouver l’immuable temps de la diffusion sportive et c’est dans ce glissement d’échelle que je trouve du transcendantale dans le Tour de France.

La chronique de ce dix-sept juillet se terminera ainsi, je vais passer sous le silence du littéraire le reste, même assis dans le jardin à l’abris de ma haie j’écoute les voisins.

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Chronique chaotidienne

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