3200 après le début

Publié le 26 Juin 2017

Au pied d’un jour neuf qui finira comme tous avant lui par devenir un vieux jour, un jour du passé, je regarde de l’autre côté de la fenêtre, du miroir, de l’écran, de la page, du temps, de moi, de l’univers et de l’autre côté de dieu et sur cette autre rive j’espère qu’une autre vie a laissée des marques dans la plage d’un sable seul, copaux de pierres et de temps. Je suis coincé au pied de cette page comme un passant, un anonyme, coincé dans un recoin sombre d’un parking par un loubard, un anonyme citadin en haine et en rage. Il me bloque, le dos contre le béton, et la lumière névrosée qui s’échappe des lampes nécrosées rendues aveugles à force de n’éclairer que sous la terre ne laisse pas d’espoir  mes regards alentours. Le naufrage est-il une légende ? En bon dyslexique je confonds se vautrer et faire naufrage, le vautrage et le naufrage ; deux mêmes idées d’un désastre identique qui englouti l’individu dans un flot boueux et guttural.

Je ne suis pas prisonnier dans un parking sous terre, il fait encore jour et les lampes aveugles et nécrosées ne déversent des photons que dans le sang de la métaphore.

Et pourtant je m’envisage dans ce sarcophage post-moderne, le grand gouffre où le piéton camoufle ses voitures pour des sommes folles. J’ai toujours aimé les parkings souterrains, leurs peintures, leurs lumières et cette impression d’être chez soi dans l’uniformité de ces architectures invisibles comme des intestins urbains. Alors pourquoi y envisager un naufrage ? Ce n’est qu’un garage. Et dehors, par le fenêtre ouverte je vois la pluie tomber, doucement et je pourrais jurer que l’herbe reverdie à vue d’œil.

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Je est un Blog

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