Sur la médiocrité du débat électoral de cet entre-deux tour …

Publié le 3 Mai 2017

Pour la seconde fois pendant cet entre deux tours présidentiels j’essaie de mettre à plat mes idées et mes ressentis vis-à-vis des discours auxquels je suis confronté. Et notamment les discours qui en appellent à faire barrage au Front National.

 

Je vais le préciser au cas où le doute vous soit permis, je ne partage pas les idées et le programme du FN et je n’appelle pas à voter pour leur candidat  dimanche. Mais cela ne m’empêche pas d’éprouver des sentiments contrariés lorsque je suis exposé à la doctrine qui convoque avec véhémence le fait de faire barrage au FN. Si je me donne une seconde chance pour rédiger ce texte c’est justement pour essayer de verbaliser ce ressenti qui provoque en moi un certain malaise.

 

Je ne sais pas par où commencer alors je vais rappeler une évidence : je suis pour le fait de faire campagne afin qu’un autre candidat que celui du FN soit élu. Lorsque j’écoute la radio, que j’allume la télé, lorsque je vais sur les réseaux ou que j’entends les gens parler je suis attristé de voir que le principal argument en faveur du vote Macron est le fait de faire barrage au FN. Voilà le nœud  de mon mécontentement la défaite des idées et arguments. Je suis peut-être naïf, pire encore je suis peut-être optimiste et si vous le voulez vous pouvez même considérer que je suis déconnecté de la réalité mais jusqu’à présent je reste convaincu que pour contrer l’idéologie du Front National nous pourrions recourir aux arguments et aux valeurs des idéaux humanistes.

 

Par facilité rhétorique j’ai choisi d’opposer les termes idéaux humanistes que j’envisage comme une doctrine liés à la pensée des lumières aux idéaux nationalistes qui sont défendus par le FN.

 

Mais au lieu d’entendre avec force de conviction ceux des électeurs, des politiques, de la doxa et des journalistes qui sont contre l’idée de l’élection du FN, en appeler à voter en faveur d’idéaux d’ouverture, de tolérance, d’intelligence et de raison je les entends brandir un argument principal quasi unique qui est le barrage au FN. Je considère que faire barrage n’est pas un argument. Je considère que faire barrage n’est pas une conviction. Je considère que l’on ne peut pas convaincre avec du faire barrage. Je crois en la force de conviction des idées et je n’ose pas penser que la société manque de véritables arguments idéologiques contre le Front National. Parce que là on commence à s’approcher de ce qui me révulse tant lorsque j’entends les gens brailler leurs appels au barrage. Se retrancher derrière cette posture « politique » ou « idéologique » c’est déclarer l’échec et la mort d’une idéologie humaniste qui soit à mène d’emporter le sens commun. Si vous aviez une once d’estime ou de respect pour le pool d’idéaux humanistes qui sont mis à mal par les programmes du Front National c’est aux noms étincelants de ces idéaux là que vous cherchiez à convaincre les gens de se détourner du vote FN. Mais se limiter à supplier, invectiver, inciter à faire barrage c’est dévoiler votre propre manque de conviction. Cet appel au barrage révèle que ceux-là même qui prônent le barrage ne croient pas que l’on puisse convaincre une majorité d’électeurs avec des valeurs humanistes.

 

Et qu’est-ce que cela dit de notre société ?

 

Est-ce là un mouvement hautain des élites vis-à-vis de la masse qui considèrerait que les gens d’en bas sont trop cons pour comprendre que les idéaux humanistes sont plus séduisants que les idéaux nationalistes ? Est-ce une tentative des hommes politiques de cacher la véritable déliquescence de la société française ? Est-ce tout simplement une confiscation du pouvoir démocratique de notre république à partir du moment où l’on considère que le peuple vote mal ? Je ne sais pas.

 

Mais entendre cet appel au vote barrage m’épuise, m’attriste, m’irrite, me blesse, me pousse dans mes retranchements. Et lorsque ce n’est pas le faire barrage qui est utilisé, on passe à la culpabilisation ; culpabilisation des abstentionnistes, des votes blancs, des votes FN parce qu’il semble acté que dans ce second tour des élections présidentielles il y a un bon vote et un mauvais vote. Lorsque je suis exposé à cette dialectique de la culpabilisation j’ai envie de vomir. Je crois être un électeur honnête, peut-être pas un citoyen modèle mais depuis que j’ai eu le droit de vote je suis allé voter mais surtout j’ai essayé de réfléchir à la nature et au sens de vote afin de donner du poids à ces bulletins que je déposais dans l’urne. Lorsque l’on vient me faire la morale, que l’on cherche à me culpabiliser, que l’on essaie de me priver de ma démarche démocratique en considérant qu’avoir un doute sur la marche à suivre et réfléchir à la nature de mon vote de dimanche est une mauvaise chose et qu’il faut opter pour le barrage sans réflexion, je suis énervé.

 

Je respecte la règle démocratique, je vote et si des personnes désirent obtenir mon vote j’attends qu’elles cherchent à me convaincre avec des arguments constructifs qui m’exposent la valeur de leur vision de société. Je n’ai pas besoin que l’on agite des spectres et que l’on convoque de la politique fiction pour me faire peur et me priver de mon libre arbitre. Je ne devrais pas avoir à me justifier, je ne devrais pas me sentir pris en otage par la faiblesse rhétorique de cet entre deux tours présidentiel.

 

Faire barrage, je redoutais ce moment avant de connaître les résultats du premier tour. C’est le moment où la démocratie vacille sur ses fondements. Parce que soudainement la machinerie politique qui appel à faire barrage semble se réveiller et réaliser que le Front National existe. S’il avait fallu faire barrage à ce parti politique pourquoi aucunes des personnes ayant été au pouvoir depuis 15 ans n’a fait quelque chose de démocratique ou de non démocratique pour faire en sorte que ce parti ne soit plus en position de faire basculer une élection ? S’il faut faire barrage parce que ce parti n’est pas démocratique ne fallait-il pas essayer de le dissoudre ou de l’interdire ? Et si ma question est purement rhétorique et que ce parti est constitutionnel alors pourquoi l’agiter comme un spectre ? Lorsque je dis que ce front républicain qui aujourd’hui en appel au barrage avait 15 ans pour faire quelque chose afin d’éviter ce second tour, j’entends aussi qu’ils avaient quinze années pour amener les électeurs du Front National à opter pour d’autres convictions politiques. Et ils ont échoué à cela. Chirac puis Sarkozy puis Hollande puis tous les élus de tous les échelons citoyens ont tous échoué à faire changer de conviction les électeurs qui font la force du FN. Ils ont échoué ou alors ils n’ont rien fait pour faire infléchir la tendance qui voit élection après élection les votes du Front National être de plus en plus nombreux.

 

Je n’ai pas attendu dimanche pour avoir des convictions, je n’ai pas attendu le dimanche du premier ou du second tour pour avoir des idéaux humanistes et radicaux. Je n’ai pas attendu cet entre deux tour pour étayer ma prose et forger mes arguments en faveur de mes convictions. Alors quand on vient me dire ce que je dois voter et pourquoi je dois le voter sans quoi on porterait sur moi un jugement de valeur antidémocratique et antirépublicain j’ai envie de rire, de rire et de pleurer et de brûler quelques maisons poussé par la colère. Ce n’est pas faire un barrage une fois tous les quinze ans qui fera changer les mentalités de notre peuple. Soyons honnêtes avec nous-mêmes et visons à terme à faire une autocritique. Il y a quinze ans nous avons fait barrage au Front National et Chirac a été élu avec 80 % des voix. Le barrage a eu lieu, il a été important et ensuite ? Et ensuite les voix conquises par le Front National élection après élection n’ont pas cessé d’augmenter. A quoi a été utile ce barrage alors ? Le barrage contre le FN est un épiphénomène qui n’est suivi par rien. Comprenez bien pourquoi j’ai de l’aversion contre ce discours.

 

J’ai l’amère sensation que la réussite d’un front républicain fausse par la suite la perception que nous pouvons avoir du paysage démocratique de notre société. L’électorat du Front National existe, il persiste dans le temps et il parvient petit à petit à s’accroître. C’est ce que semblent nous dire les chiffres. Si nous ajoutons les voix de Mélenchon et celles de Le Pen nous pouvons considérer que le vote populiste est largement plus grand que le vote Marcon. Si nous ajoutons entre elles les voix de Mélenchon, celles modestes de Hamon et les miettes des candidats d’extrême gauche nous pourrions considérer que le vote de Gauche est supérieur au vote Macron, et identiquement si nous additionnons les voix d’une droite élargie. Mais il est quasi acté que nous allons élire Emmanuel Macron qui se revendique ni de droite, ni de gauche et qui en valeur absolue le représentera aucun des courants d’idées recouvrant le plus de voix dans ce premier tour mais le barrage au FN effacera cette disparité et lancera un président dans un paysage tronqué. Faut-il faire barrage au FN pour réduire au silence les électeurs qui voient dans ce parti la reconnaissance de leurs idées et ensuite continuer de maintenir le système tel qu’il était même si ce système génère toujours plus de vote FN ? Je ne sais pas.

 

Non je ne sais pas ce qu’il faut faire.

 

Imposer le vote de barrage comme s’il était une évidence démocratique me paraît au contraire comme une mutilation démocratique. Cette injonction qui vise à culpabiliser ceux qui hésitent ou qui réfléchissent avant de se décider m’apparaît comme une confiscation du principe démocratique. Et le fait de brandir l’argument du barrage raisonne en moi comme l’échec de la raison et des idéaux humanistes dont il apparaît qu’ils ne pourraient plus convaincre et l’emporter dans un débat d’idée contre le FN.

 

Je soulève ces points du discours actuel parce qu’ils provoquent en moi un trouble profond et sincère. Mais je reconnais que je n’ai pas de solution, la situation dans laquelle nous sommes est complexe et compliquée à solutionner d’un vote. Surtout que la mécanique électorale propose un quasi vote à quatre tours. Je continue de penser que voter pour le candidat qui n’est pas celui du FN n’est pas un geste anodin et qui si barrage il doit avoir je suis étonné que les politiciens qui nous invitent à le faire ainsi que les gens du peuple qui revendiquent ce geste électoral ne témoignent pas plus de doutes ou de déchirements. Dans mon souvenir peut-être tronqué de 2002 lorsque nous sommes allé voter Chirac il y avait beaucoup plus de voix pour s’élever et dire combien la chose était difficile et douloureuse. Alors qu’aujourd’hui le vote Macron semble aussi anodin que le vote Le Pen. Je parle ici du vote Macron venant d’électeurs qui au départ ne sont pas convaincus par sa doctrine, Si d’un côté le vote FN ne mobilise plus contre lui des réactions aussi épidermiques qu’il y a 15 ans, le vote à contre cœur mais par conviction humaniste pour le candidat opposé au candidat FN ne provoque plus lui non plus beaucoup d’émois.

 

Je ne sais encore pas ce que contiendra mon bulletin de vote dimanche, et je ne sais toujours pas le sens que je donnerai à ma voix. J’ai bien conscience qu’actuellement les réseaux sociaux regorgent jusqu’à la saturation de personnes qui comme moi donnent leurs avis, pour ceci, contre cela, faire ci, pas faire ça, et je m’excuse de participer à la confusion actuelle dont je suis le premier à reconnaître qu’elle tire le débat vers le bas. Mais si j’ai voulu écrire et publier ce texte c’est simplement parce que j’en avais besoin. Je subis de plein fouet la médiocrité de cet entre deux tours et j’ai besoin de l’exprimer comme une catharsis. Peut-être qu’une fois que je serai libéré de ces atermoiements intérieurs ma pensée sera plus apaisée et parviendra à penser mon vote de manière plus pragmatique.

 

Merci à ceux qui m’auront lu jusque là.

 

Sur la médiocrité du débat électoral de cet entre-deux tour …

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Réflexion, #egotrip, #Je est un Blog, #Chronique chaotidienne

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