D’un vote politique vers vote spectacle ?

Publié le 6 Avril 2017

Il paraîtrait que le vote est un acte si fort que l’on ne peut pas oublier la première fois que l’on a dépucelé une urne dans la chaleur secrète de l’isoloir. Et pourtant lorsque je me penche sur mon souvenir je ne retrouve pas instantanément ce souvenir de ma première fois présidentielle. Je pensais avoir voté pour les présidentielle avant les années 2000 à la sortie de Mitterrand. Mais je me suis résout à calculer pour réaliser que ce n’était pas le cas. Le premier président pour lequel j’ai voté c’était Chirac en 2002 contre papa Le Pen au second tour.

A la sortie de l’adolescence tous les citoyens devraient avoir en tête un goût pour les idéaux et la révolution  et assez de naïveté pour croire la porté de son vote par conviction idéaliste. J’avais le penchant gauchiste mais ma conscience était sous le joug de la raison qui me poussait à croire qu’il fallait se détourner des petits candidats seulement présents pour amuser le grand jeu démocratique. J’avais donc voté Jospin au premier tour. Et si je m’étais sagement rangé derrière le vote utile au second tour, j’avais eu la sensation d’avoir était un bon petit soldat, un bon citoyen qui pouvait maudire les autres citoyens parce qu’ils avaient mal voté. Je m’en excuse j’étais con.

Cinq ans plus tard le tableau était clivant, le bouillant Sarkozy ne recevait pas les faveurs de mes croyances politiques mais face à lui la personnalité clivante de Royal avait tendance à me révulser. J’avais du mal à décider mon vote. Encore une fois c’est la raison qui l’a emporté, encore une fois elle m’a détourné des petits candidats surtout que le première tour de 2002 avait échaudés les plus audacieux des votants. Je votais donc à contre mon instinct qui me faisait fuir Royal et venu le moment de la grande messe des résultats j’étais soulagé que mon vote ai été vain. C’était une posture électorale absurde et paradoxale.

Cinq ans encore après, j’avais le même choix, le même dilemme et le même manque d’appétence pour l’offre électorale. Toujours les mêmes partis, les mêmes joutes, les mêmes désillusions et je n’étais peut-être plus assez jeune pour croire que le vote était porteur d’une solution pour cette société parce que je ne voyais en personne, ni grands ni petits, ni institutionnels ni marginaux, les fermants d’un vrai changement de paradigme de société. Et là encore, la date approchant j’ai dû me résoudre à la violence pour décider mon vote. J’étais parti pour voter blanc, mais j’étais tiraillé par une conscience citoyenne qui rappelait à la surface la culpabilité du gaspillage d’une expression démocratique. Encore une fois, porté par une posture de responsabilité citoyenne je me suis battu contre moi-même pour trouver en moi les ressorts d’un choix politique et j’ai choisi Hollande en décidant ainsi de déclarer ma fidélité le temps d’un mandat.

Et nous voilà cinq ans après. J’ai voté sur ordre pour Chirac. J’ai voté contre mon appétence pour Royal. J’ai voté par devoir pour Hollande. Et maintenant ?

Est-ce qu’il reste dans le monde politique, dans ses mécaniques et ses objectifs quoi que ce soit qui puisse cristalliser mon respect et ma conviction ? Je ne parle même pas des hommes et des femmes qui tiennent le devant de la scène aujourd’hui, mais bien du système dans son ensemble. Est-ce qu’il reste en moi, une once de croyance civique et de docilité citoyenne qui peut me pousser à un vote de raison ? Paradoxalement et regardant en arrière c’est sûrement l’élection présidentielle pour laquelle j’ai eu la décision de mon vote la plus simple ; en formulant une seule phrase au milieu de tant d’autres Hamon a su s’accorder ma voix parce qu’il a formulé avec des mots qui sont presque ceux que j’utilise moi-même une idée sur un sujet qui a tendance à me faire sur-réagir. Mais je n’ai jamais été aussi proche de ne pas voter dans une logique politique mais de voter pour le spectacle.

Depuis que je vote, je me suis toujours forcé à donner une voix dont j’avais essayé de peser et d’impliquer une valeur politique et citoyenne. Et pour quel résultat ? Le monde est ce qu’il est, nos hommes politiques en sont les acteurs mais ni les scénaristes ni les metteurs en scène. Aujourd’hui la société est grotesque, le monde est pathétique, la doxa est pitoyable et mon me demande de voter. Et si enfin je laissé s’exprimer le cynisme et comme un joueur de poker paie la main de son adversaire pour voir, si je voté pour voir ? Oui pour voir le pire, si je votais voir ce qu’il va se passer si je pousse la société qui marche innocemment au bord du gouffre ? Il n’y a plus qu’une chose qui compte actuellement c’est le spectacle, et the show must go on. Peut-être qu’il est temps que j’assume d’appartenir à la génération qui a mit sur un piédestal les showrunners qui écrivent les climax de ces séries aux succès ascendant.

Alors peut-être qu’au lieu d’un vote politique je devrais donner dans le vote spectacle et choisir de mettre en scène un des trois candidats de l’extrême qui promet à la France une saison pleine de rebondissement ; choisir l’extrême Gauche dévoyée, l’extrême Droite pandémique ou l’extrême vide du centre sans tête. Peut-être est-il venu le temps du vote pour la vanne.  

En 2015 c'est Zahia qui posait en Marianne pour Pierre & Gilles

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Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Je est un autre, #élection, #Réflexion, #Pictogranimation

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