Comment j'en suis venu à apprivoiser l'écriture #autofiction 10/11

Publié le 1 Mai 2017

J'envoyais toujours la même prose rédigée avec une plume qui se rêvait en plume pamphlétaire. Mon but premier c'était de faire réagir, de provoquer des réactions, et donc parfois un peu de provoquer tout court. Mais jamais dans le sale, le gratuit ni le graveleux, j'essayais de développer une rhétorique censée et percutante pour amener des idées « marginales » à être exposée à un public dont je supposais qu'il ne partageait pas ces idées. J’apprenais empiriquement à faire de la rhétorique et c’était gratifiant. J'expérimentais aussi les jeux de séduction, le flirt littéraire de masse, une forme de partouze à sens unique où sous couvert de faux semblant et de traits d'esprits j'évoquais la sexualité. Il faut savoir que c'était une période durant laquelle j’étais encore vierge des femmes (et des hommes, et des animaux et des objets domestiques) et qu'évoquer l'intime de la sexualité dans de la littérature non sollicité n'allait pas de soi. Aujourd'hui je fais de mon impudeur un fond de commerce, en tout cas j'en fais le moteur de ma littérature mais avant ce n'était pas si simple.

Je faisais l'apprentissage du pouvoir qu'offre l'anonymat et malgré cela j'avais encore de la retenue à me dévoiler entièrement, disons que je ne me sentais pas encore assez solide pour avancer mes failles comme des qualités, je préférais les cacher et je voyais mon pucelage comme une faille. J'apprenais donc à inventer la sexualité par les mots. Elles ne le savent pas mais à cette époque, deux filles qui se trouvaient dans ma liste d'écriture non sollicitée m'ont indépendamment l'une de l'autre puisqu'elles ne se connaissaient pas, dit qu'un de mes textes érotiques avait parfaitement su saisir la sexualité et l'orgasme féminins et que ça devait souligner que j’étais un bon amant. La vérité c’est que je n’étais pas un bon amant, mais peut-être un bon écrivain … Ces deux phrases échangées de manières anodine et anonyme ont eu un énorme impacte sur moi car elles m'ont donné de la confiance en moi. Encore ici, la perspective de pouvoir convaincre, être crédible en amant accompli par la force des mots m'a donné le goût de l'écriture, le goût du pouvoir de l'écriture. Peut-être aussi le goût du mensonge, mais je préfère parler du goût de la romance.

Bien sûr certaines des correspondances menées depuis ces envois groupés mais poursuivies dans une forme intime d'échange ont menées à la naissance de sentiments amoureux et de passions virtuelles. Il n'y a jamais eu rien de concret, jamais de passage à l'acte, mais des heures au téléphone et des lettres de papier échangées. Et cette forme aussi m'a appris à apprivoiser la forme écrite. Surtout dans le dévoilement de soi, surtout dans cette utilisation de la confidence et de l'impudeur ces mécaniques qui deviendront plus tard les moteurs d'une écriture que j'aurai plus intellectualisé.

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #egotrip, #autofiction, #écrire, #écriture

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