La mort et la marelle

Publié le 22 Février 2017

[...]

J’étais la petite fille qui jouait à la marelle

Elles disaient que je n’irai pas au ciel

Menteuses ! Je n’en étais qu’à quatre degrés d’y être.

Mon paradis pour leurs enfers ! Foutaises simiesques !

Je me rappelle de la colère que je minais.

Le chien aboyait.

Les passants ne nous regardaient même pas.

Nous jouions dans la rue avec personne pour soudoyer nos jupes.

Personnes pour regarder nos cheveux.

Nous aurions pu partir en fumer.

D’ailleurs mon amie Sophie apportait quelques fois des cigarettes tirées dans le paquet de sa grand-mère.

Nous avions l’âge des marelles et nous ne cachions même pas pour allumer nos cigarettes.

Nos quintes de toux prenaient des tours de fous rires.

Nos ballerines roses écrasaient ces cigarettes à peine consumées.

Et nous reprenions notre conquête de l’enfer ou du paradis.

Cela dépendait des secrets que nous voulions camoufler.

Le futur c’était trop loin pour nous inquiéter.

Nous n’imaginions pas devenir des femmes, notre présent c’était l’éternité.

Nous n’imaginions pas qu’il fallait croire en dieu non plus.

Nous étions les seules du monde dans cette rue, avec juste un univers de craie.

Et tout à basculé dans l’instant d’après.

Les pneus qui crissent au coin du boulevard.

La taule qui se déforme, la mécanique qui rompt lorsque le mur intervient.

Le corps démembré ensanglanté qui nous regarde d’un air mort.

Une flaque d’urine danse sous la jupe.

Je suis stupéfaite de voir la mort en face.

Elle entre dans nos jeux comme le chien qui marche sans voir la marelle.

[...]

Fiction à une aile

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #ébauche, #Fiction

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