La forme courte n’a eu qu’à parachever mon désastre

Publié le 8 Février 2017

J’ai tant aimé lancer mes mots à la ligne folle de l’inconnu, des inconnues au féminin pluriel. C’est là tout le sens de mon écriture, de ma naissance aux mots, de ma renaissance à l’âme et à la vie, et à une vie. Oui, toutes mes vies, et tout le sens à leur accorder, sont nées de cette volonté de lancer le fil désuet des lignes de mots aux femmes qui échappaient à ma vie, à ma compréhension et à la complétude de mon être.

C’était donc là, dans les nuits blanches des correspondances que je me suis forgé une plume, comme les grosses et grasses plumes que l’on épile avec vigueur du croupion des autruches. J’ai aimé ça ; c’était en toute logique sans mesure et sans raison et dans ce feu torrent je suis venue mille fois à la vie qui devenait la mienne.

Aujourd’hui le monde a eu raison de ces nuits d’ivresses à s’envoyer des e-mails. On supposait pourtant déjà à cette époque que l’e-mail allait tuer la lettre, qu’importe la forme j’avais l’ivresse et nous avions nos mots qui s’étalaient en pages qui s’échangeaient sans fards. Mais la forme courte a eu raison de mes correspondances.

Non je ne suis pas honnête. C’est moi qui ai eu raison de mes correspondances, je me suis détourné d’elles parce que je n’étais plus à la hauteur des muses et des personnes avec qui j’échafaudais ces va-et-vient lettrés ; l’image que me renvoyait des jeunes femmes n’était plus celle que je pouvais assumer. Je me suis laissé couler dans le silence, infiniment nostalgique et mille fois bouillant de souvenirs et de regrets mais je n’étais plus celui que j’étais, je n’étais plus celui que je voulais être, je n’étais plus celui que je devais être, je n’étais plus celui qu’il aurait fallu être pour être honnêtement à la hauteur des espérances que je chérissais dans ces mots échangés. La forme courte n’a eu qu’à parachever mon désastre et à me couper les doigts.

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Je est un Blog, #créer, #Réflexion, #Chronique chaotidienne

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