Est-ce que la démocratie nous pousse à ne pas avoir de conviction ? #PrimaireLeDébat

Publié le 19 Janvier 2017

Durant longtemps j’ai pensé que la légitimité de la pensée se trouvait dans la quête de l’objectivité. Plus précisément j’ai cru qu’avant d’exprimer son avis, l’individu devait être sûr d’avoir une pensée honnête, éclairée, argumentée, et construite. Et si j’ai rapidement admis que la seule objectivité à laquelle l’homme pouvait prétendre, était celle qui le rendait conscient que sa voix était toujours subjective, je continuais de penser que la légitimité nécessaire à exprimer son avis ne pouvait naître que dans la construction d’une pensée éclairée. Lorsque l’on était sûr d’avoir cerné les forces et les faiblesses de son avis, on pouvait commencer à le donner. Si je voulais pouvoir parler et prétendre à faire entendre ma voix alors je me devais d’affûter mon esprit critique pour forger une pensée argumentée.

C’est ainsi, je crois, que j’ai commencé à me construire un avis politique, quelque chose qui était un peu plus qu’une simple opinion adolescente, en tout cas c’est ce que je croyais. Voilà 20 ans que j’ai le droit de voter, durant ce laps de temps la société médiatique et culturelle n’a pas cessée d’exposer, disséquer, détourner, médiatiser, spectaculariser la pensée politique. Et de mon côté je n’ai pas cessé d’essayer d’affiner une conscience politique qui ne soit pas dictée par la bien-pensance ou une pensée de devoir et qui ne relève que ce que j’espère être mon libre arbitre.

Je viens de me rendre compte que plus je progresse dans ma pensée politique et plus le vote est difficile. Ce n’est pas tant l’acte de voter qui m’est rendu difficile, la difficulté réside dans le choix d’un candidat. Mais je m’accroche, et je cherche à chaque fois dans le paysage politique une raison de voter qui ne trahisse pas mes convictions. En ce jour de débat pour la primaire de gauche je crois comprendre pourquoi il m’est de plus en plus difficile de voter. J’ai regardé les candidats de droites mais je me m’attendais pas à ce qu’ils parviennent à me convaincre de voter pour eux, je ne me suis pas étonné de ne pas me retrouver dans leurs programmes. Maintenant que je regarde les candidats de gauche en espérant qu’ils me parlent je réalise qu’ils ne me permettent pas de voter pour mes convictions. Au contraire ils attendant à ce que l’on vote pour leurs convictions. Je suppose que c’est légitime pour eux. Mais j’en viens à me demander à quoi bon chercher à se construire une opinion politique honnête, argumentée, personnelle, intègre et mesurée, une opinion qui ressemble à une conviction pour au final choisir la conviction d’une autre personne, une personne qui porte une conviction qui vise à parler au plus grand nombre, donc une conviction moyenne.

Est-ce que la démocratie nous pousse à ne pas avoir de conviction ? La démocratie nous pousse t elle à choisir entre avoir une conviction intime et la trahir en allant voter pour une conviction moyenne ? Quel choix avons-nous ? Le vote blanc et l’abstention n’affectent que les titres du 20 heures pendant deux ou trois jours. Le vote de colère ou de contestation est en parfait contradiction avec mes convictions. Est-ce un mal de vouloir voter par conviction ? Et si au final je réalise que personne ne porte mes convictions comme j’aurai aimé les voir porter, que dois-je faire ? Voter par défaut ? Ne pas voter ? Ce n’est pas du cynisme, ou le dénigrement de mon rôle de citoyen. Je pense que je ne suis pas le premier, ni le dernier à prendre conscience de cela, comment faites-vous ?

Rédigé par Monsieur Ray

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