Avoir voté

Publié le 22 Janvier 2017

Sortir du lit et quitter le cocon ouaté où sous la tendre et chaude couette où l’air palpite de bouffées licencieuses. Lorsque je regarde par la fenêtre, la tête à la renverse, je guète les intentions du ciel gris convaincu qu’il va lâcher sur nous une floppée de flocon. Quitter la maison, dehors l’air est trop chaud pour de la neige alors il pleut. Dans la voiture les essuies glaces hachurent le temps de ma pensée ; fallait-il où non prendre la route et la décision de voter ? Par-dessus le couvercle nuageux je suis sûr que le soleil ce couche mais en dessous c’est déjà la nuit d’un dimanche d’élection pluvieuse. J’ai hésité jusqu’à la dernière minute, y aller, ne pas y aller, voter ou s’abstenir. Ce n’est pas tant la conviction idéologique pour tel ou tel candidat qui m’a décidé, mais c’est une forme de réflexe de survie démocratique, j’ai la sensation que si je laisse filer cette élection présidentielle sans parvenir à m’impliquer c’est toute mon implication pour la société que je laisserai partir et je risquerai de devenir une de ces personnes qui ne s’implique pas, et qui s’enfonce dans l’indifférence ou le radicalisme en ayant laissé s’éloigner la réalité.

J’ai roulé avec un œil sur l’horloge pour arriver à l’heure, dans la nuit, sous la pluie, jusqu’à un village reculer dans ma campagne, même pas mon village, même pas ma campagne, et dix neuf heure qui approchaient à l’horologe. Mais je suis arrivé à tant pour voter, la maire avait ouvert une très grande salle blanche, de longues tables où deux urnes presque vides trônent discrètement. A combien de votes déjà exprimés est venu se rajouter le mien, je ne le sais pas, j’ai été là à temps et je suis rentré dans ma maison froide pour allumer le feu et y brûler quelques bulletins de candidats qui ce soir ne sont pas au second tour de la primaire de gauche.

Pour combien de temps cela va durer, aucune idée, mais ce soir je crois que j’ai éprouvé le plaisir d’éprouver la sensation d’avoir fait parti d’un mouvement, pas un mouvement idéologique, plutôt à un mouvement démocratique. J’ai voté un peu comme on pari sur un lévrier sur un champ de courses avec le frisson qu’il puisse gagner, pas parce qu’il est le meilleur, pas pour ses idées (parce qu’on ne peut miser sur les idées d’un lévrier) mais bien qu’il puisse gagner parce que l’on a misé sur lui. C’est excitant, un peu grisant, et je crois que c’est pour le moment le très mince fil qui me raccroche au barnum électif.  

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Chronique chaotidienne

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