Chiner sa bibliothèque #41 : Ne pas en faire des caisses

Publié le 10 Novembre 2016

Le froid donnait à ma matinée la sensation d’une traque joyeuse réveillée par la piqûre impétueuse du vent du matin. Les mains calées au fond des poches et ma personne recluse derrière les tours serrés de mon échappe je déambulais entre les stands dressés sur le parking d’un supermarché. En d’autres termes je chinais dans la fraîcheur garantie du matin tôt qui elle-même garantie au chineur d’être là aux premiers émois des vendeurs. Dans une caisse de livre anciens parce qu’ils étaient usés, marqués par le temps, assumant moyennement leur cinquantaine d’années de lecture je repère un visage mécanique avec dans son arrière plan des cosmonautes en tenues orange. Le parfait graphisme de ce qui me plait.

C’est un ouvrage de Jack Vance, je n’ai jamais rien lu de cet auteur mais je connais son nom, je sais qu’il est un des maîtres de la science-fiction à l’américaine. Et même si le livre est usé, tâché, plié, le visuel me plait beaucoup. L’ayant prit en main pour le sortir de la caisse où je ne vois rien d’autre qui m’attire l’esprit j’interpelle la vendeuse en demandant le prix. Ce que j’entends me trouble, je crois entendre 5 euros. Cinq euros pour un vieux livre de SF usé et écorné ça me semble moins que raisonnable. Mais la réponse est tellement incongrue que je fais répéter la personne. Non, elle me proposait de prendre toute la caisse d’ouvrage pour 5 euros. Comprenant à son tour que je n’étais intéressé que par un seul ouvrage, elle hésite entre 20 centimes et 10 centimes. Le prix sera fixé pour le plus bas. Je n’aime pas vraiment acheter des lots, en tout cas pas de cette manière là sans savoir quel sens et quel intérêt je vais avoir à prendre ce lot.

Lorsque je chine l’idée de chiner les objets les uns après les autres est importante pour moi. Bien entendu je pourrais parfois acheter toute une collection, de livre, de jeux, de casse noix, qu’importe, je pourrais effectivement acquérir une série d’un coup. Mais curieusement dans ces cas là j’ai la sensation de manquer un truc. C’est une sorte de syndrome du Petit Prince qui me pousse à penser que lorsque je chine un objet il est unique et donc forcément – pour mon esprit – seul. J’ai déjà refusé de prendre un lot de livres dont vous êtes le héros, simplement parce que c’était un lot, alors que le prix était plutôt correcte, du genre 15 euros les 20 livres. Et là aussi, j’ai refusé de façon abstraite et idiote parce que 5 euros pour une caisse d’une trentaine (voir plus) de vieux livres de poche c’était sûrement une affaire. Peut-être que dans le lot j’aurai trouvé une pépite à faire entrer dans la bibliothèque chinée ou un livre dont la revente aurait rentabilisé l’achat. Mais je ne l’ai pas fais, je ne le fais pas, pas encore.

Donc pour 10 centimes d’euro j’ai simplement acheté La machine à tuer de Jack Vance dans une édition de 1969. Il s’agit du second volet du cycle écrit par Jack Vance La geste des Princes-Démons dans laquelle un héros galactique traque au travers de la galaxie cinq grands criminels dénommés les princes démons. Qui sait, peut-être avait-il tout le cycle dans la dite caisse, jamais je ne le saurai.

Avec une dépense de 10 centimes la somme dépensée monte à 89,6 euros

Avec une dépense de 10 centimes la somme dépensée monte à 89,6 euros

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