Tenir un blog ce n'est pas un livre

Publié le 4 Octobre 2016

Voilà peut-être un siècle que j’écris sur des blogs. En temps des êtres biologiques ça doit faire peut-être quinze années que je pose ma prose sur différents types de blogs. Et c’est tout le temps qu’il m’aura fallu avant de comprendre que je ne sais pas bloguer parce que je blogue des livres et que l’on ne répond pas à un livre.

[ Lâchez vos com’]

Depuis l’ensemble de ces années, masses prolifiques depuis lesquelles je poste et publie mes écrits sur des blogs, je poursuis la quête vaine du commentaire. Si je blog au lieu d’écrire des livres c’est exclusivement pour cela. Et si j’en suis venu à écrire, c’est exactement pour cela ; je voulais des commentaires.

[Lâchez vos putains de commentaires !]

Plus précisément j’écrivais pour obtenir des interactions. La correspondance m’offrait cela de façon plus sûr ; envoyer sa part du marché tacite et recevoir la part que l’autre envoyée de soi, c'est-à-dire d’elle-même. Depuis tout ce temps que je blog j’espère la même chose ; écrire ici et récolter des commentaires. Et pourtant, ce blog là, est sûrement le moins rentable en commentaires. L’investissement écriture personnelle, récolte d’interaction est devenue si faible que ça n’a plus de sens d’attendre cela.

[Lâche ton gros com’ gros !]

Il m’aura fallu mille ans pour comprendre que c’est moi qui ne sait pas y faire ; je ne sais pas bloguer, j’écris peut-être, mais je ne blog pas, ou alors mal. Pourtant, lorsque je me travesti et que j’endosse le rôle d’une jeune fille un peu paumée, un peu délurée, ou que je campe le rôle d’une mère stricte qui frôle le frigide, lorsque je suis une autre je ramasse les commentaires à la pelle ; sans appel, sans autres formes de racolage que ma présence travestie je récolte les interactions. N’y a-t-il donc qu’aux femmes que l’on lâche des commentaires à défaut d’en lécher d’autres sur leurs lèvres silencieuses ?

[Fichtre, dépose ton com’ comme un étron sur de la porcelaine]

Je me suis moqué un million de fois de l’ère archaïque des lâchez vos com ! des Skyblog en mendicité dilettante. Aujourd’hui toujours je continu d’avoir le jugement condescedant pour les youtubers qui quémande la récolte des pouces. Tout cela parce que j’ai cru jusqu’à maintenant que l’économie des interactions reposait sur une forme de mérite et que de demander relever de la plus indigente vulgarité.

 [Laisse ton com’ vivre sa vie pour moi, c’est vital pour l’un de nous deux]

Souvent je me suis abstenu, j’ai joué le garçon détaché qui blog pour le plaisir et qui se contre fous des commentaires ; mais c’est un mensonge. Je blogue pour les interactions, je suis sur les réseaux sociaux pour la même raison, lorsque je veux écrire des choses qui n’attendent pas de retour interactionnels alors j’écris des livres ou bien j’écris ici, ce blog, dans cette forme là.

Non je n'ai pas honte, je veux juste mon commentaire

Non je n'ai pas honte, je veux juste mon commentaire

Rédigé par Monsieur Ray

Publié dans #Blog, #écrire, #Je est un Blog

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