Chiner sa bibliothèque #22

Publié le 6 Septembre 2016

Retour au milieu du mois d’Aout, aux alentours du 15, un dimanche matin lendemain de mariage pour la seconde fois de l’été. Et avant de nous rendre au plus ou moins traditionnel brunch de lendemain de mariage ma petite amie et moi décidons de prendre le temps de visiter un vide-grenier local sous un soleil de plomb et une chaleur ardente. Ce petit sacrifice de température n’a pas été vain puisque nous en sommes revenus avec quelques livres que je suis heureux de faire entrer dans le projet chiner sa bibliothèque.

Deux figures d’autorité et d’histoire

Au milieu d’un stand surchargé de bazar en tout genre je suis surpris par une caisse de livre où je remarque en premier le buste de Marc-Aurèle empereur de l’empire Romain et philosophe stoïcien. Je ne connais pas vraiment l’homme, ni l’empereur ni le philosophe, mais l’ami de ma mère, figure militaire emprunte de réflexion et de philosophie avec qui nous avons de passionnant échanges de pensées fait souvent référence à l’homme Marc-Aurèle et j’ai déjà vu souvent dans sa bibliothèque ou sur son bureau l’unique ouvrage de Marc-Aurèle, pensées pour moi-même. C’est pourquoi en découvrant l’ouvrage dans ce vide-grenier j’ai tout de suite su que j’allais l’acheter. C’est une édition de 1964, l’époque où Flammarion signait ses couvertures avec un cadre reprenant le nom de la maison d’édition en filigrane ; ce n’est pas grand-chose mais j’aime beaucoup ces couvertures. Je demande le prix des livres et les personnes me répondent 1 euro les deux. Tant mieux, ça me permet de fouiller encore la caisse de livre.

J’entrevoie alors un autre visage lui aussi porteur d’une figure d’autorité réputée. Il s’agit de Lénine dont le visage trône sur l’ouvrage L’état et la révolution, la doctrine rédigée par Lénine lui-même lors de son retour en Russie en 1917. J’ai d’abord été très émoustillé par l’idée de trouver ce livre de propagande idéologique. Mais rapidement j’ai été tiraillé, certes la dépense était minime mais je savais très bien que si j’achetais cet ouvrage je ne prendrais jamais le temps de le lire parce que je ne me sens pas intéressé par ce genre de littérature. Mais en même temps c’est un livre dont Lénine est l’auteur, une édition en langue étrangère de 1966 imprimé en République de Chine et ça fait de ce livre un objet de curiosité qui m’a convaincu que l’acheter.

Deux classiques sans revisite

Entre le chineur et le collectionneur il n’y qu’une infra mince frontière qui est franchi cent fois par vide-grenier, j’étais donc devant une caisse de livre, c’était 1 euro les deux, j’avais déjà deux ouvrages en main et je fouillais encore. J’ai déjà trouvé Le Horla de Guy de Maupassant. J’en ai déjà fait le compte rendu ici et j’ai déjà expliqué pourquoi j’avais envie de le lire pour enrichir mon imaginaire autour d’un jeu de rôle. La première version que j’ai achetée est une édition commentée pour lycéen, très pratique mais sans beaucoup de cachet. Et donc en voyant cette édition de poche de 1979, je me suis décidé à racheter Le Horla de Guy de Maupassant même si je le possède déjà. Il fallait que je prenne un second livre pour avoir un compte rond, et en voyant en grasses lettres s’afficher Ray Bradbury je n’ai pas hésité et pas réfléchi non plus. Je n’ai même pas pris la peine de lire le titre, me contentant de regarder avec une gourmandise rétro la couverture délicieusement désuète. J’aurai mieux fait de prendre le temps de lire le titre ou la quatrième de couverture, ça m’aurait permis de remarquer que c’est une édition anglo-saxonne et que je parle pas l’anglais, à fortiori je ne le lis pas non plus. Je possède donc le recueil de nouvelle The Illustrated Man que je ne peux pas lire. Mais au moins je trouve la couverture jolie.

Et de la poésie …

C’est devenu une habitude, un plaisir et une démarche accentuée, je ne peux pas revenir de vide-grenier sans poésie. Et ce jour là nous avons eu le plaisir de tomber sur un livre d’Arthur Rimbaud. Il s’agit de Œuvre de Arthur Rimbaud – vers et proses – dans édition de 1946 aux éditions Mercure de France. C’est une édition brochée aux pages non coupées, cela laissait aux lecteurs le plaisir d’ouvrir son livre et d’avoir l’honneur de couper ses pages avec son coupe papier. Et avec cet ouvrage d’Arthur Rimbaud il y a quelque chose qui m’interpelle ; à partir de la page 129 (sur 318 pages) les pages ne sont plus massicotées ce qui me fait comprendre que la personne que possédait ce livre n’en a lu qu’un tiers et que depuis plus d’un demi-siècle personne n’a voulu ouvrir ces pages. C’est une édition de 1946 mais vous pourriez penser que le livre n’a été acheté ou offert que plus tard mais il y a à l’intérieur de l’ouvrage une dédicace à la plume datant du 21 juin 1946 et du coup je m’interroge sur le pourquoi de cet arrêt de lecture. Est-ce que la personne a cessé d’aimer la poésie, a-t-elle cessée de vivre ? Est-ce la seconde guerre mondiale qui est passée par là et qui a enlevée à cette personne le goût de la poésie en vers et en prose ? Mais le livre a continué de vivre, de passer de main en main, d’héritage en don, je ne sais pas, mais depuis Paris en 1946 quand il a été édité jusqu’à ce vide-grenier de province où je l’ai acheté des gens ont eu ce livre en main et personne n’a désiré déchirer ses pages pour en libérer la prose. Je trouve ça terriblement étrange et à la fois très impressionnant. Et du coup j’hésite moi-même à ouvrir ses pages. Est-ce que le livre a plus de valeur à demi massicoté ? Je ne sais pas, et puis je ne suis pas sûr d’avoir acheté cet ouvrage pour sa valeur mais pour son contenu d’Arthur Rimbaud. Quoi qu’il en soit ce livre de poète, avec une histoire que je fantasme autour de lui m’aurai couté 3 euros et je suis vraiment très content de le faire entrer dans ma bibliothèque.

Et après ces achats le projet chiner sa bibliothèque peut revendiquer n'avoir mobiliser que 42,5 euros
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Rédigé par Monsieur C

Publié dans #chiner, #bibliothèque, #livre, #vide grenier, #videgrenier

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