Ma chronique olympique

Publié le 14 Août 2016

Cette nuit sera la nuit du 100 mètres olympique ; le temps du sacre médiatique d’un dieu choisi parmi les sprinteurs venus du monde entier se défier sur une longueur de stade. La tradition est ainsi, fidèle à elle-même depuis bien longtemps. Hier c’était donc le jour des qualifications de ce 100 mètres olympique et j’ai manqué de temps pour chroniquer mon indignation devant ce qui me semble une nouveauté. Mais l’indignation ne retombe avec les jours qui se tournent, je prends donc le temps de poser ici, l’irrévérence

En effet hier j’ai découverts qu’avant les séries du 100 mètres qui allaient décider des coureurs qualifiés pour les demi-finales il y avait trois séries préliminaires. Pourquoi des séries préliminaires ? Pour aligner et faire courir les sprinteurs les plus exotiques, ceux qui possèdent le moins d’expériences et les références chronométriques les plus basses, quand ces coureurs là en possèdent, car il y a plus d’un de ces sprinteurs qui ne possèdent pas encore de référence chronométrique sur piste. Ces séries préliminaires étaient donc là pour désigner les coureurs qui seraient admis à concourir pour les qualifications. Et je trouve cela révoltant.

En d’autres termes, ces séries préliminaires incarnent la deuxième division du sprint mondiale, une seconde division qui n’a pas lieu d’être et qui n’existe que lors de ces jeux olympiques de Rio. Il faut savoir que les nations présentes dans ces séries préliminaires, petits pays exotiques dont les athlètes ne sont pas de véritables spécialistes du sprint ont été invités par le Comité International Olympique. Elles ne s’imposent pas et on ne peut pas leur reprocher de venir pourrir les qualifications de l’épreuve reine. Avant ces jeux, lors des séries, pour le premier tour on nous offrait des séries composées d’une tête de série, sprinteur leader, quelques hommes de valeur, et quelques athlètes invités qui venaient participer aux Jeux Olympiques et pas à une course de second rang. Ainsi un sprinteur samoan légèrement en surpoids pouvait courir un jour contre une légende du sprint, un champion, voir Usain Bolt. Bien sûr personne n’était dupe de qui allait l’emporter mais cette mixitée illustrait pour moi ce qui pouvait être l’esprit olympique.

Bien sûr je sais que de l’esprit olympique il ne reste rien, cet esprit olympique que j’invoque est une peau de chagrin élimée que l’on dresse en étendard en espérant cacher des jeux olympiques qui coûtent des milliards, médiatisés, professionnalisés et qui visent à la rentabilité. Pourtant j’arrivais à croire à ces instants d’olympisme quand les neufs hommes s’alignaient sur la ligne de départ. Durant ces quelques secondes, chaque homme, chaque nation, chaque athlète était présenté sur le même pied que sont concurrents et durant ces quelques secondes là qui précédaient la course l’olympisme pouvait donner l’impression de jauger les hommes de façon égalitaire.

Créer des séries préliminaires pour faire courir entre eux des pays exotiques que la plus part des gens ne peuvent pas situer sur une cartes que l’on invité pour se donner une caution étique et moral c’est pour moi un outrage violent à l’olympisme comme à l’humanisme. Inviter des athlètes pour les faire courir dans une course de seconde zone, même si celle-ci peut donner accès à la véritable course, ressemble à mes yeux à un diner de con. Et si je vais un peu plus loin dans la révolte de mon ressenti, j’ai la sensation que ces séries préliminaires sont comme une attraction de foire ; venez voir les athlètes exotiques ! Venez voir nos nègres ! Dans mon esprit les échos se ressemblent et mon indignation bouillonne.

Et si nous visons à une forme d’équité sportive, si je considère cette série préliminaire comme une course normale, alors elle est profondément injuste et inégalitaire. Imaginons un sprinteur malgache venu disputer les jeux olympiques, innocemment, honnêtement et sincèrement. S’il vise à se qualifier pour la finale olympique du 100 mètres il devra gagner sa série préliminaire, puis gagner sa série de qualification, et ensuite gagner sa demi-finale, donc participer à trois courses pour atteindre le graal d’une finale. Ensuite imaginons un sprinteur jamaïcain, s’il ambitionne de se qualifier pour la finale il doit gagner sa série de qualification, puis sa demi-finale, donc deux courses avant la finale. Deux courses pour un sprinteur reconnu, trois courses pour un sprinteur non reconnu ; ce n’est pas pour moi la meilleure illustration de la justice et de l’égalité. Et cela souligne bien que les membres du CIO n’imaginent pas qu’un sprinteur qui va courir une série préliminaire puisse décemment concourir véritablement. C’est pour cela que les séries préliminaires me jettent au visage une condescendance détestable.

Bien sûr le principe des têtes de séries qui possèdent un parcourt aménagé existe dans d’autres sports et d’autres disciplines et cela ne me révolte pas. Alors pourquoi devenir si outrancier pour un changement sur le 100 mètres ? Parce que cette discipline à des prétentions égalitaires, elle est un symbole d’un olympisme où chacun peut venir participer. Une telle révolte parce que le 100 mètres offrait jusqu’à présent une vision qui respectait cette ambition olympique qui permettait de faire de cette discipline un moment iconique du sport.  

Un changement d’accord, mais un changement pourquoi ? La seule raison plausible qui vient à mon esprit en colère c’est que c’est un changement pour faciliter la vie des sprinteurs, d’un sprinteur en particulier qui remplit les stades et qui le VRP mondiale de l’athlétisme, Usain Bolt. Je n’ai aucune preuve, aucun savoir, aucune certitude sur ce sujet, c’est ici que ma théorie maudite nourrit par la colère. Mais nous avons déjà laissé faire quand contenter la prétention de ce sprinteur les organisateurs ont modifiés la tradition du programme. Et là nous assistons à une nouvelle évolution qui me semble desservir l’esprit de l’athlétisme au profit d’une plus grande rentabilité médiatique.

Riche de cette colère, cette nuit je me lèverai pour regarder la demi-finale et la finale du 100 mètres en espérant comme à chaque course que l’incertitude triomphe.

Ma chronique olympique

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Sport, #Réflexion, #jeux olympique

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