Ma chronique olympique ; non je n'adhère toujours pas à Usain Blot

Publié le 15 Août 2016

Le show Usain Bolt à commencé et ma sœur pense à moi, elle suppose à juste ironie que cela me ravi. En effet, trois heures du matin je suis réveillé depuis quelques heures pour être sûr de ne rien manquer du show Usain Bolt en espérant toujours que la vérité du sport rattrape ce spectacle. Comme prévu tout se passe comme prévu, le héros jamaïcain fait son entrée, insolent et attendu il respect les codes de la marque Bolt, une AOC sprinte de grand spectacle en route pour la légende, avec l’application d’un VRP s’évertuant à vous vendre une assurance. Mais on passe tout à Usain Blot, parce que derrière ses singeries marketing et ses simagrées de show télé le monsieur assure le sprint comme jamais personne avant lui ; et certainement jamais personne après lui.

Trois fois l’homme devient champion olympique, c’est respectable pour une légende, les chiffres ne mentent pas, c’est le premier sprinteur à réussir cela. Et moi, depuis au moins huit ans, je ne crois pas à Usain Blot. Je vois la réalité de ses chronos, la vérité de ses médailles, je ne peux que m’incliner devant ces faits et pourtant … Je vais essayer de laisser de côté mes suspicions impies sur la possibilité de dopage et me concentrer sur mon incroyance. Le sprinteur est incroyable, mais je n’adhère ni ne croit à l’homme et à son personnage. Voilà huit ans que je reste insensible et hermétique à ce personnage autoproclamé légende par la nature des résultats ; si le sport repose sur les muscles bandés des hommes qui décrivent gestes qui inscrivent des chiffres sur l’anneau en tartan, les légendes s’écrivent avec des histoires et pour moi Usain Bolt ne sait écrire des chiffres et des lignes de palmarès sur les livres de comptes.

Huit ans et plus que le sprinteur Jamaïcain à pulvériser le sprint mondial ; en terme de record bien sûr, mais plus métaphoriquement aussi il a pulvérisé le sprint mondial, son essence, son esprit et sa dramaturgie antique. Lorsque qu’Usain Bolt s’aligne sur un 100 mètres, que ce soit en meeting ou pour l’obtention d’une médaille l’histoire est connu d’avance, le show se déroule sans accro en suivant un filage millimétré encodé par un esprit de communication bien rôdée ; ses gestes sonnent comme des gimmicks, ses sourires résonnent comme des slogans et la course aussi longue qu’une page de pub se déroule de la même façon. Et qu’importe si le sprinteur est arrogant avec ses adversaires, la plèbe tolère tous les manques de tact et de charisme et son idole et qu’importe si l’idole assure avec la foule de supporters électrisés un fan service d’automate qui s’éteint dès la piste quittée. Qu’importe l’homme, on accepte de lui  les écarts et les excès, le marketing et l’automatisme, tant que l’homme focalise sur le lui le regard de la plèbe parce qu’Usain Bolt est un aimant médiatique qui remplit les stades et aides le quidam à se lever en pleine nuit pour regarder sa télévision. Je comprends bien que l’athlétisme veuille choyer sa poule aux œufs d’or, surtout quand la poule à courue un jour le 100 mètres en 9’58’’ mais permettez moi de ne voir que la poule lorsque je regarde Usain Bolt.

J’entends déjà ceux qui me connaissent médire à mon sujet en me rappelant que je fustige le show insolant d’un Usain Blot alors que j’encensais le trash talking et le show du sprint à l’américaine des années 2000. Bien sûr ça peut sembler injuste et partisan de ma part. Mais à cette époque, lorsqu’un Maurice Greene venait rouler des mécaniques sur la ligne de départ ou lorsqu’un sprinteur jaugeait d’un regard hautain ses adversaires durant la course il n’était pas certain de gagner. Cette nuance peut sembler ridicule, pourtant elle me paraît essentielle. Faire du show une part intégrante de sa stratégie de course était un choix qui comportait un risque et conservait l’incertitude d’un résultat. Chaque adversaire jouait sa partition, c’était le ballet des bulldogs et des sphinx comme des animaux sauvages qui cherchent à s’impressionner avant d’entrer réellement en lutte pour la domination. Mais Usain Blot n’a pas d’adversaire, depuis huit ans nous savons tous qu’Usain Blot ne lutte pas contre quelqu’un, il ne lutte même plus pour un chrono tant les temps de sa jeunesse semblent inaccessibles ; depuis des années Usain Blot ne vient que faire la récolte des certitudes et se comporter comme le public l’espère, comme la télévision l’attend, comme le championnat lui demande. Et dans ce cadre là, quand un homme écrase toute concurrence sans même avoir à combattre, le show, l’expression calibrée de ce que l’on suppose être le personnage Usain Bolt apparait pour moi comme de la suffisance, de l’insolence mal placée et du mépris vis-à-vis de son sport. Si Usain Bolt continu de jouer les mauvais garçons en jouant avec ses adversaires sur la piste, s’il continu d’assurer le spectacle avant la course pour concorder aux codes de son personnage c’est pour moi qu’il est soit profondément déconnecté de la réalité du sprint et que cette insolence méprisante est de la maladresse, soit qu’il fait passer les intérêts médiatiques de son personnage avant la vérité du sport. Et dans les deux cas je n’apprécie pas la démarche.

Lorsqu’un homme écrase une discipline d’un talent hors norme et qu’il continu de lutter contre ses adversaires des velléités de suprématie c’est qu’il ne sait pas choisir ses combats. Lorsqu’un athlète est baigné d’un talent hors norme il doit pouvoir choisir des défis à la hauteur de ses ambitions. Si un Michael Phelps a su faire vibrer autant de monde ce n’est pas qu’il nageait contre ses adversaires, mais parce qu’il nageait pour l’histoire et contre la tragédie du héros déchu. Je peux évidemment me tromper, mais si Phelps avait eu l’arrogance d’un Usain Bolt il n’aurait pas gagné une telle adhésion du public. Parce que se lancer des défis plus grands que soit replace le héros dans narration à son échelle qui emporte le public avec elle. Je ne retrouve rien de cela chez Usain Bolt, je ne vois que la machine formatée à faire du marketing pour remplir les stades et les contrats des partenaires en courant 100 mètres.

Et même si je ne veux pas laisser planer mes suspicions de dopage vis-à-vis d’Usain Bolt, je ne peux que faire remarquer que depuis quelques années l’adversaire attitré d’Usain Bolt, sa Némésis médiatique c’est Justin Gatlin sprinteur américain de 34 ans, suspendant quatre ans après s’être fait prendre deux fois pour dopage, et qui court aujourd’hui plus vite après sa suspension qu’à l’époque où il était jeune est dopé. Avoir pour seul adversaire dangereux, un coureur sans charisme revenu du dopage et qui cristallise sur sa personne la détestation du public n’aide pas Usain Blot à devenir une légende. Et si je devais laisser libre cour à mes théories du complot visant à expliquer la machine Usain Blot j’aurais envie de penser que si la fédération internationale à laissée revenir Justin Gatlin pourtant suspendu deux fois consécutives pour dopage, c’est que justement il cristallise sur lui dédain, suspicions, haines et huées du public évitant ainsi à Usain Blot de se confronter aux doutes de la plèbe. Plus qu’un Némésis Gatlin est le paratonnerre idéal pour Usain Bolt.

Alors oui, hier soir Usain Blot a joué sa partition comme prévu, Gatlin dans ses valises, et les photographes avec pour lui les yeux de l’amour. Oui, hier soir je me suis levé en espérant encore une fois que l’histoire tourne à la tragédie, et moins de dix secondes plus tard j’ai accepté que ça ne serai pas pour ce jour. Rien n’y fait et peut-être que rien n’y fera, pour le moment je continu de resté imperméable au show d’Usain Blot, celui qui éclipse l’athlétisme et qui comme Attila ne laisse rien derrière lui (à part Justin Gatlin). La nuit dernière Wayde Van Niekerk à couru une course extraordinaire, au couloir huit il a remporté le 400 mètres en battant le record du monde de Michael Johnson. Un record établi  en 1999 durant les championnats du monde d’athlétisme de Séville. J’y été, nous y étions, le temps passe, les records tombent mais les souvenirs restes. Et Usain Blot peut bien continuer à gagner des courses sans enjeux il n’entamera jamais la valeur de mes souvenirs et de mes passions.

Usain Blot et Michael Johnson ont plusieurs points communs évidemment, gardons pour aujourd'hui les chaussures en or ...
Usain Blot et Michael Johnson ont plusieurs points communs évidemment, gardons pour aujourd'hui les chaussures en or ...
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Usain Blot et Michael Johnson ont plusieurs points communs évidemment, gardons pour aujourd'hui les chaussures en or ...

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Jeux Olympiques, #Sport, #Réflexion, #Sidération

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