Chronique de jeux olympiques

Publié le 8 Août 2016

Cette nuit un peu avant une heure du matin je me suis levé pour regarder le premier match du tournoi olympique de handball ; France Tunisie, petite musique connue. Début du match est j’entends la voix lourde, calme et posée de Jérôme Fernandez. Retrouver Jérôme Fernandez en commentateur et non sur le terrain ça me fait bizarre, il parle bien, sa voix enveloppe mon handball de supporter d’une douceur nostalgique parce que cette voix sonne comme la fin d'une époque dorée. J’ai des souvenirs des Barjots, 92, Barcelone, j’ai quelques échos lointains du titre mondial de la génération des pioniers de 1996 mais je suis réellement rentré dans le handball en 2001.

Il y a quinze ans étaient déjà présents dans cette équipe de France championne du monde Thierry Omyere bien sûr, Daniel Narcisse aussi, mais surtout Jérôme Fernandez. Pourquoi surtout ? Difficile à expliquer, il était joueur de Montpellier, il était jeune et pensait sur les matchs mais plus que cela je crois que ce qui a fait entrer Jérôme Fernandez dans mon imaginaire c’est une séquence à la mi-temps découverte à posteriori dans un reportage sur les coulisses du titre. Lors du quart de final contre l’Égypte Fernandez est auteur d’une très mauvaise première période et durant la mi-temps, dans les vestiaires, on assiste au discours de Daniel Costantini qui remobilise son joueur avec des mots forts et simples. Fernandez est revenu en second période et il s’est montré décisif. Pour moi c’est ce moment là le moment clef qui a fait entrer Jérôme Fernandez dans mon minuscule panthéon personnel des sportifs qui comptent et pèsent sur mon affect. Durant toute sa carrière son engagement et sa présence sur l’équipe de France a toujours était remarquable, capitaine et buteur emblématique il était pour moi le pilier de cette génération folle. Et si ce n’est pas la première fois qu’il n’est pas appelé en sélection, c’est la première fois qu’il est hors-champ, comme on dirait hors-jeu, et que je l’entends commenter.

Entendre cette voix me provoque une nostalgie irrémédiable ; même si Narcisse et Omeyer sont toujours sur le terrain, la mise hors du jeu de façon définitive de Jérôme marque pour moi la fin d’une époque. Je ne suis pas passéiste, je trouve dans la nouvelle génération des raisons de me passionner, je ne me sens pas réactionnaire et je ne suis pas non plus celui qui dit que c’était mieux avant ; je suis seulement un supporter fidèle qui conserve pour celui qui a un jour enflammé mon émotion une émotion encore intacte. C’est comme lever le nez au ciel les nuits étoilés et éprouver cette émotion où se mêle beauté et tristesse lorsque l’on contemple et que l’on s’émerveille devant l’éclat brillant d’une étoile dont on sait qu’elle a disparue depuis des millénaires. Au travers de la voix de Jérôme Fernandez je contemple toutes les émotions merveilleuses que cette équipe et cette génération m’a offerte mais je suis aussi que cette génération n’est plus.

Il y a des sports et des sportifs dont la retraite ne m’affecte pas ; et puis parfois il y a des sports et des sportifs dont la fin d’un cycle m’émeu. Sûrement parce que je regarde en eux comme je regarde un ciel d’étoile, même si j’en ignore la mécanique précise j’en perçois l’ampleur que ça a sur une vie, la leur, la puissance de la passion et du labeur et que je sens vaciller cette flamme qui a un dernier éclat avant que le sportif ne passe à autre chose. Je ne suis pas sûr que ce soi anodin d’assister à cela ; j’ai la sensation que l’on sous estime la violence de la situation ; cette nuit si je me suis re levé à quatre heure du matin c’était pour cela, pour assister à derniers moments d’incandescences de quelques champions. Et cette olympiade est le théâtre de nombreuses carrières sportives de haut niveau qui s’arrête, surtout chez nos nageurs et nageuses françaises. C’est beau et c’est triste, c’est beau parce que c’est triste, c’est beau comme la voix de Jérôme Fernandez qui commente le match de ses amis et coéquipiers. Et tandis que nos nageurs décident de tourner une page, la légende Micheal Phelps est revenu briller au firmament parce que s’arrêter était trop violent, trop difficile pour lui. Cette nuit j’ai vibré, c’est ce que je voulais, j’ai versé quelques larmes et j’en étais heureux.  

Chronique de jeux olympiques
Chronique de jeux olympiques

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Sport, #Rio2016, #handball

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nn 12/08/2016 16:38

titre mondial de la génération des pioniers de 1996 : c'était en 1995 :)
Thierry Omyere : C'est Thierry Omeyer
il était jeune et pensait sur les matchs : et pesait sur les matchs

Mais sinon, c'est excellent !