Chronique de jeux olympiques

Publié le 18 Août 2016

Les jeux olympiques ne ressemblent jamais plus aux jeux olympiques que sur un stade d’athlétisme. Je ne boude jamais mon plaisir devant aucun des sports qui se voient offrir un déroulé olympique et j’encourage même le CIO à faire tourner les disciplines dans une noria chronométrée entre nouveauté et tradition. Mais lorsqu’il s’agit pour moi d’avoir en tête une image des jeux olympique je vois un stade où des athlètes dépensent sans compter leurs efforts musculeux et suants. Le corps de l’athlète dans un effort anonyme c’est cela pour moi le visage des jeux olympique.

L’athlétisme ne ressemble jamais plus aux jeux olympiques que durant les épreuves combinées et les concours où se répètent les gestes quand se succèdent les hommes et les femmes. Voilà dix jours que je glorifie l’émotion transporté par la narrativité du sport et aujourd’hui subitement je prends le contre pieds de moi-même et j’affirme que l’image des jeux olympiques, son esthétique fondamentale, se joue lorsque des corps anonymes répètent des gestes athlétiques. De la même manière dont je pense que l’émotion du sport surgit bien mieux lorsque l’épreuve est revisionnée une seconde fois et donc qu’elle est dépecée de la tension et de l’adrénaline qui sont provoquées par l’incertitude glorieuse, je pense que l’esthétique du sport surgit bien mieux lorsque l’épreuve est nettoyée de sa narration noueuse et souterraine.

Les sprintes et les courses sont souvent des courses d’un jour dont le déroulé invite à focaliser son attention sur la narration dramatique de l’enjeu. Les athlètes concourent en simultané et l’attention se concentre avant tout sur l’incertitude du vainqueur et la tragédie des perdants. On ne se délecte pas réellement la nature du geste ; même si le ralenti permet parfois d’extrait le geste de son ensemble narratif. Pour réduire l’esthétique olympique à un concours d’athlétisme ou à une épreuve combinée il faut comprendre que ces épreuves là reproduisent en grandes séries le même geste. Un par un les athlètes répètent inlassablement le même lancé, le même saut, la même tentative de sport. Et lorsque le concours est bien filmé, c'est-à-dire qu’il est retransmit dans l’intégralité de ses essais on fini par oublier l’enjeu des médailles et on commence à entrer dans l’admiration du geste. Et si je joins les épreuves combinées aux concours pour styliser l’esthétique olympique c’est que pour le néophyte le décathlon ou l’heptathlon parvient à éviter la starification des épreuves uniques. Le sprint et les courses sont formatés pour mettre au firmament un homme ou une femme qui sera champion après sa dernière foulée.

Dans le déroulé d’un décathlon la dernière foulée d’une épreuve n’est qu’un pas vers l’épreuve suivante et le meilleur d’une épreuve ne sera pas forcément le champion de la suivante. Alors, quand on a la chance d’assister dans son longueur à une épreuve combinée on découvre petit à petit la grande esthétique des corps athlétiques contraints par un effort antique. On s’éloigne doucement des machines de pointes formatées pour concourir sur qu’une seule épreuve et on embrasse ces corps noueux qui s’expriment sur toutes les disciplines du stade. Ils sont nombreux, tous différents, et les sauts s’enchaînent, les lancés se suivent, même les courses se répètent et émerge toutes les différences des corps et les nuances maladroites des techniques et soudain on réalise que l’on n’est plus en train de suivre un classement, on assiste à un geste et on s’émerveille de la nature du geste. Qu’importe la hauteur, la longueur, la performance, nous sommes devenus spectateur d’un geste esthétique d’une grande force. Je remercie encore une fois Canal Plus de nous avoir offert de longs moments d’épreuves combinées en espérant que d’autres personnes aient succombés à l’esthétique olympique.

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Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Jeux Olympiques, #Sport, #Rio2016

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