Chronique de jeux olympiques

Publié le 16 Août 2016

Retour de nage et une nuit blanche ; des France Brésil à répétition et toujours la même fin. Je sens la fatigue peser sur mes yeux, pousser derrière le crâne comme un rideau obturant qui cherche à cacher l’intérieur suranné d’une maison de campagne. On joue en olympisme, et aujourd’hui je suis l’athlète qui laisse courir, celui qui laisse filer ses adversaires et que si contente du plaisir d’être là. Je ne vais pas épiloguer sur les polémiques, les victoires sauvées, les défaites médaillées et la sensation d’injustice à ceux qui se sentent privés de leurs lauriers. Tout ceci fait l’essence du sport, les larmes de rages, l’injustice, les sifflets, les écarts de conduites, les cris, les hourras et la valse des juges c’est la grammaire du sport spectacle ; ne cherchons pas à jouer contre, à fustiger les injustices. Et pourtant j’écris cet article en regardant le final du 10 kilomètres en eau libre chez les hommes et j’ai bien du mal à comprendre que l’on sanctionne une athlète pour avoir touché, frotté ou frappée dans le mouvement de sa nage son adversaire. Un sport de peloton, un sport d’eau vive, un sport de contact ne devrait pas se passer de ces contacts lorsqu’ils se déroulent dans le mouvement de la nage. Encore à l’instant les commentateurs désignent le finish du marathon en eau libre comme la guerre, la bataille, je m’étonne que l’on puisse batailler sans heurts.

Parfois la beauté du sport se cristallise dans l’injustice ; il y a les champions magnifiques mais il y a aussi les perdants héroïques, ceux qui ont laissé échapper une victoire à cause d’une destinée cruelle. L’écriture des narrations sportives se basent souvent sur le sens de la tragédie et c’est pour cela que l’injustice et la cruauté entrent si facilement en échos avec nos cœurs de supporters qui ont grandis dans l’ombre de la culture hellénique ; n’et-ce pas d’ailleurs là bas que les jeux olympiques sont nés ?

Et sans gratuité, ni mauvais esprit, je voudrais laisser ici quelques mots sur le podium du 100 mètres qui a sacré hier la victoire de Usain Bolt. Je ne sais pas si c’est ma mauvaise langue qui influe sur mon regard mais ce podium m’a paru sans âme, sans émotion. Alors que les officiels remplissaient leurs rôles, on pouvait voir Usain Bolt, le visage neutre, lancer régulièrement des regards par-dessus son épaule. Un complotiste aurait vu dans ce regard une pointe d’inquiétude d’un homme qui regarde derrière lui personne ne le suis. Le canadien André De Grasse était en retenu, le sulfureux Justin Gatlin affichait un sourire satisfait mais artificiel et Usain Bolt était là à attendre sans émouvoir. Lorsqu’il est monté sur sa première marche il a l’expression attendue, trop attendue pour paraître sincère, et rapidement la cérémonie s’est terminée. J’ai envie de croire que je ne suis pas le seul à avoir ressenti cette fraîcheur sur le podium du 100 mètres, j’ai été étonné par exemple de voir comme les télévisions ne se sont pas attardées sur la cérémonie elles qui sont pourtant si promptes à glorifier la légende Usain Bolt.

Chronique de jeux olympiques

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Jeux Olympiques, #Sport

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