Chronique de jeux olympiques

Publié le 19 Août 2016

Christophe Lemaitre est un extraterrestre. Aussi incroyable que cela puisse paraître je suis convaincu que le sprinteur français est un extraterrestre ; et j’affirme cela sans fonder mon jugement sur ses performances. Dans l’univers du sprint la grammaire du langage corporel est très codifiée au point de frôler parfois la caricature. Un sprint vit et se joue bien en amont du coup de feu et dans ce laps de temps de l’avant course chaque athlète use de ce langage du corps pour déjà influé sur le rapport des forces qui sous-tendent les cents mètres d’une course comme des forces telluriques. Actuellement Usain Blot est certainement le meilleur porte drapeau de cette expression codifiée, il campe ce jeu muet de l’avant course de manière ostentatoire me laissant parfois penser de lui qu’il n’est qu’un automate bien huilé, mais cette saillie gratuite n’est pas au centre de mon propos.

Cette pantomime est l’héritage d’une tradition du sprint et d’aussi loin que je puisse me le rappeler, c'est-à-dire depuis la finale du 100 mètres à Tokyo en 1991, le rapport de force des personnalités s’incarne dans une joute implicite qui se joue derrière les plots de départ. L’indifférence ébène d’un Carl Lewis, l’insolence caraïbéenne d’un Ato Boldon, la perspective sculpturale d’un Lindford Christi, l’arrogance canine de Maurice Greene, chaque école de sprint avait son dialecte d’avant course et sur la scène du départ ce dialogue outrancier écrivait déjà la course.

C’est ainsi, c’est ancien, c’est nécessaire et c’est en cela que Christophe Lemaitre est un extraterrestre. Encore aujourd’hui, chaque homme qui vient se positionner sur la ligne de départ cherche à exprimer sa détermination avec force cherchant à impressionner ses adversaires ou s’attirer les faveurs de son dieu. C’est ainsi, c’est toujours, c’est eux tous et puis il y a Christophe Lemaitre. Lorsqu’il arrive sur le stade et qu’il s’installe derrière son plot au milieu des athlètes surmotivés qui montrent les muscles comme une meute de loups, je vois un grand dadais dégingandé qui se tient là avec des grands yeux écarquillés qui semblent demandaient ce qu’ils font là. Il prépare son départ, il installe ses starting-blocks et il se tient là à attendre que les autres finissent de jouer pour commencer à courir.

Comme beaucoup je me suis souvent moqué du charisme de Christophe Lemaitre avec son cheveu sur la langue et sa spontanéité désarmante. Parce qu’en plus de ne pas chercher à imposer une image sur la ligne de départ, en plus de ne pas rouler des mécaniques et de gonfler le torse pour se faire plus gros que les autres, lorsque la course est finie Lemaitre reste le même grand dadais dégingandé qui ne joue aucun rôle et qui s’exprime avec sincérité. Entre ces deux instants, après le coup de feu du départ et l’arrivée du sprint Christophe Lemaitre se mue en coureur qui s’incarne dans une foulée qui l’arrache des moqueries.

Et ne venez pas me dire que c’est parce qu’il est blanc qu’il ne sait pas rouler des mécaniques comme Usain Blot et tous les autres. Les espagnols, les italiens et tous les autres européens jouent à afficher leurs déterminations. Et si on se penche sur le sprint féminin aujourd’hui Dafné Schippers et hier Zhanna Pintusevich incarnent des sprinteuses blanches qui derrière leurs plots de départs campent mieux que personne le jeu outrancier de la détermination exprimée avec force et fureur. Dans son rôle de sprinteur d’une finale olympique Christophe Lemaitre et son allure de poupée de chiffon abandonnée dans un chenil fait office d’extraterrestre. Un extraterrestre merveilleux qui est passé dans mon esprit d’objet de curiosité à objet d’admiration.

Chronique de jeux olympiques
Chronique de jeux olympiques

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Jeux Olympiques, #Rio2016, #Sport, #Réflexion

Repost 0
Commenter cet article