Chronique de jeux olympiques

Publié le 17 Août 2016

Chaque nuit je me réveille et devant ma télévision je m’enthousiasme pour les jeux olympiques. Chaque nuit il y a matière à me passionner ; au fond de ma nuit, entre le jour et le sommeil dans une parenthèse interstitielle du réel je trouve toujours à vibrer. Un match de handball féminin, un 110 mètres haies, une victoire qui va se gagner dans les retranchements d’une équipe, il a toujours matière à m’insuffler de l’adrénaline. Seul, supporter solitaire rivé à mon canapé rouge comme un acteur soliloquant sur sa scène je n’hésite pas à crier, j’éructe lorsque le sort bascule du bon côté et je colère à l’inverse lorsque l’incertitude du cœur l’emporte sur tapis vert ; la passion palpite comme une corde lourde qui vibre intensément à chaque assaut de cette adrénaline qui exulte en moi lorsque le sport écrit ses pages les plus épiques.

Si je me tiens éveillé nuits olympiques après nuits olympiques c’est que l’adrénaline distillée par ces JO repousse la fatigue. J’aime cet état de supporter qui se tient debout sur le flot tumultueux du sport incertain, romantique et narratif. Et lorsque la nuit olympique s’arrête, j’éteins ma télé et je laisse retomber doucement cette agitation intérieure jusqu’à ce que le sommeil revienne prendre la place qui devrait être la sienne.

Dès le lendemain matin je rallume ma télé et je remercie Canal Plus pour son émission Tout Rio qui relate en images et commentaires la journée écoulée la veille. En toute logique je connais déjà tous les résultats, je connais la fin de chacune des histoires qui se sont déroulées hier et pourtant je regarde avec une avidité différente ces résumés. Lorsque je suis purgé de l’adrénaline que provoquent la tension et l’incertitude du direct des épreuves je deviens alors particulièrement réceptif aux émotions. Chaque matin je regarde les résumés d’épreuves dont je connais le résultat et ça ne manque pas, il y a chaque matin un moment où je ne peux pas retenir mes larmes. Est-ce la fatigue qui s’accumule qui me rend plus sensible moi qui me prétend régulièrement comme un cœur de pierre ? Je ne sais pas, mais je ne le crois pas parce que je sais que ce sport là, que cette expression dramaturgique du sport, a toujours été ma principale source d’émotion. Des mois, voir des années après le titre de champion du monde des handballeurs français en 2001 il m’est arrivé de me retrouver en larme rien qu’en retraçant dans un dialogue imaginaire de moi avec moi l’incertitude de la finale et l’égalisation de Gregory Anquetil. Chaque matin je rejoue cette quête à l’émotion, plus précisément je cultive ces émotions pour m’en nourrir et m’en enrichir.

Je ne connais rien qui me provoque de pareilles émotions que d’assister à des enjeux sportifs qui se dénouent dans l’effort de chacun. Et pour moi ça va plus loin que la performance, que le geste ou le compte patriotique d’une médaille. C’est le chemin d’une vie qui durant quelques minutes, quelques heures, se dénouent devant nous. C’est d’une impudeur et d’une intensité touchante, et ce que je ne trouve pas chez Usain Bolt, je le retrouve partout ailleurs dans les luttes sincères d’athlètes qui livrent l’effort d’une vie.

Lorsque je revisionne une épreuve et que je n’ai plus l’adrénaline provoquée par la tension induite par l’incertitude, lorsque que je revisionne une épreuve en connaissant et le dénouement et la dramatique de l’épreuve alors je peux percevoir au mieux les émotions qui sont enjeux et sous-jacentes dans l’épreuve. Je pourrais lister ces moments de renversement durant lesquels je ne suis qu’une émotion intense devant l’émotion d’athlètes, mais ça n’aurait pas forcément beaucoup de sens parce que ce qui me parle à moi ne parle pas nécessairement aux autres et parce que ce partage d’émotion impudique et sincère qui se joue entre l’athlète et le supporter relève de l’intime. Bien sûr je parle d’une intimité médiatisée par la télévision, et d’ailleurs ce n’est pas pour rien que j’éprouve beaucoup plus de plaisir à regarder les jeux olympiques qui se déroulent dans un pays avec lequel le décalage horaire est si grand que les épreuves se jouent durant notre nuit. Parce que ces nuits olympiques sont de biens meilleurs écrins à ce partage émotif que les jeux qui se déroulent dans un fuseau horaire voisin.

C’est lorsque je prends conscience de la dramaturgie d’une épreuve, que je me la remémore, que l’émotion monte en moi aussi sûrement que la colère m’inonde lorsque je regard le 20 heures de TF1. C’est pour cette raison que je trouve primordial et important de véhiculer les narrations, les histoires et les éléments de développement qui permettent de percevoir la dramaturgie qui porte l’émotion. Cette transmission là dépend beaucoup des commentateurs qui peuvent ou non donner aux néophytes les codes pour se laisser emporter cette émotion.

Vous pouvez trouver cela idiot, vain et ridicule, je ne viendrais pas vous convaincre du contraire si tel est votre conviction. En aucun cas cela fera changer ce que je vais chercher dans le fait de suivre les jeux olympiques ; l’épreuve olympique est faite pour être celle d’une vie, et cette plus-value culturelle qui est au cœur du principe des JO crée des moments de transcendance privilégiée là où une femme ou un homme trouve la force de se délivrer de son histoire pour en écrire une nouvelle page. Hier Mélina Robert-Michon qui décroche une médaille et un record de France à 37 ans pour sa cinquième participation aux JO m’offrait un de ces moments dont je nourris mes émotions. Chaque jour, deux types d’émotion, l’incertitude et la tension induite, puis les larmes et l’émotion et chaque jour je sens monter, déjà, l’ombre de la nostalgie parce que je sais que les jeux vont finir. Par chance, dans quatre ans ils seront à Tokyo ; décalage horaire merveilleux, presque parfait et qui plus ai j’ai découverts l’athlétisme les nuits de l’été 1991 lors dans championnats du monde d’athlétisme de Tokyo …

Il suffit que je me remémore le déroulé d'une épreuve pour ressentir l'émotion remonter en moi

Il suffit que je me remémore le déroulé d'une épreuve pour ressentir l'émotion remonter en moi

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Jeux Olympiques, #Rio2016, #Sport

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