Il devait entrer dans sa légende

Publié le 11 Juillet 2016

C’est l’histoire de deux footballeurs, deux génies, deux géants, deux histoires de joueurs géniaux qui ont le luxe ou le malheur d’être né dans la même génération ; ils auraient pu être d’un Pelé à la Zidane, d’un Maradona à un Platini des passeurs de témoin, vecteur transversal d’une légende universelle, mais ils sont montés ensemble au firmament de leur sport dans ce même temps universel, médiatique et footballistique. L’un Messi le bien nommé et l’autre Ronaldo qui porte le nom d’un qui fut déjà légendaire avant lui. Le premier illumine le foot d’un génie à taille humaine, presque humble dans son corps, avec son physique d’antihéros du stade La puce, transcende les foules, il inonde les terrains d’un talent hors norme et rayonne au-delà de ses adversaires et de ses coéquipiers d’une aura solaire. L’autre est insolant, porté par une sculpturale prétention, il domaine le terrain en prédateur ; et sur le terrain c’est avec rage qu’il éclabousse sa volonté de gloire tel en chevalier arrogant, sûr du fait de son armure étincelante il combat et court sa quête du Graal.

Deux icônes d’un même sport, d’une même génération, qui dessinent deux destins illustres avec des encres différentes. Et il a fallu que ces deux là, jouent dans le même championnat, Espagnol, et qu’ils campent deux figures classiques de rhétorique footballistique, duel fratricide et fameux qui oppose plus que deux villes, deux visions, deux peuples scindés dans le même état, un perpétuel combat dont le nom est entré aux registres de bien des langues de sportifs, le classico ; Madrid et Barcelone, et toujours deux garçons qui deviennent des hommes en concourant à marquer leur sport d’une empreinte définitive. Et ils gagnent tous, à tour de rôle, les ballons d’or, les coupes d’Europe, les championnats, ils accumulent les titres et si jamais exactement ils ne mettent de mots sur cette opposition qui les conduit toujours plus loin dans l’excellence nous supporters nous sommes témoins et partisans, plus ou moins secrètement de l’un ou de l’autre.

L’un à franchi la trentaine, l’autre s’en approche, ils culminent au sommet de cet art footballistique, sans que vraiment les titres récoltés puissent aider à trancher laquelle de leurs légendes le futur devra retenir. Il y a quelques jours, l’argentin jouait sa finale continentale et la perdait au bout du suspense ; lassé de son désarroi de ne jamais gagner avec son Argentine il décida de renoncer à porter le maillot de son pays, supposant une retraite bien méritée. Quelques jours plus tard, hier, c’est le portugais qui s’est opposé à toute notre nation, il était le dernier obstacle à franchir avant que la France renoue durant un court instant dans un moment de liesse. Ce soir du 10 juillet la dramatique était parfaite, un homme en quête de légende sous le maillot de sa nation contre une nation traversée par l’envie de vibrer comme un seul homme.

Et le destin sait faire les choses quand il faut oser écrire des tragédies pour ses géants. Après 24 minutes de jeu, Ronaldo se blesse ; il choit, terrassé par l’ironie du destin, il doit quitter le terrain et ses coéquipiers et regarder impuissant la fin de la pièce. Le narcissique se brise le masque, héroïque il fond en larme. Le reste de l’histoire ne relève que de football, de tirs qui échouent sur les poteaux, de la France qui frôle son heure instant de liesse et d’une prolongation au bout de laquelle c’est un portugais qui va marquer. Et à la fin c’est le Portugal qui l’emporte et Ronaldo qui signe sa première et unique victoire d’un grand titre national sous la bannière de son pays.

Si depuis hier soir je n’ai pas été triste, si depuis hier je connais même une forme de pensée douce c’est parce que j’ai la sensation, intime et subjective, que l’histoire à choisi sa légende, à moins que ce soit un homme qui soit parvenu à écrire la sienne. Contre le sens statistique, contre un certain esprit d’une esthétique du jeu, contre le destin, et en contre-point de son rival immense qui a choisi de d’abandonner la lutte nationale, Ronaldo est parvenu à faire gagner son équipe et j’y vois une forme de poésie romanesque et romantique qui dans mon esprit est une forte que la joie ou la déception partisane pour mon équipe nationale.

Quand le désespoir révèle toute l'humanité d'un homme en quête d'un Graal, une déraison utopique qui le destine à la légende

Quand le désespoir révèle toute l'humanité d'un homme en quête d'un Graal, une déraison utopique qui le destine à la légende

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Sport, #Chronique chaotidienne, #Je est un Blog

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