Faut-il mépriser les supporters de football ?

Publié le 8 Juillet 2016

Alors que l’équipe de France se hisse en finale de l’euro, je regrette l’émergence – pourtant récurrente dans le domaine – d’une forme d’ostracisme qui consiste à mépriser le supporter de foot et la joie qu’il éprouve dans la victoire de 'son' équipe. Il est de bon ton aujourd'hui de cliver la société entre ceux qui s’émeuvent pour le foot et les autres qui s’émeuve pour de supposées 'bonnes' raisons. On se moque des beaufs et autres bœufs parce que selon leurs détracteurs ils se passionneraient pour une balle et pour les vingt-deux sportifs qui s’efforcent de s’agiter autour. Comme si la passion pour le sport se logeait dans l’adoration primitive d’un objet et des gourous qui en font la gloire. Je trouve cette remarque gratuite mais surtout incongrue pour ne pas dire idiote, conne et grotesque. Supposer que les amateurs de foot vibrent pour le ballon, ça revient à penser que l’amateur de littérature vibre et s’émeut pour le stylo ou le clavier qui permet à l’auteur de rédiger les œuvres qui l’emportent dans l’émotion.

Le sport, et le football ne déroge pas à cette règle, n’est pas autre chose qu’un outil de narration qui transcrit des drames, quelques fois des comédies, des élégies ou des récits mythologiques qui ont tous en commun d’être des vecteurs d’émotions et de sentiments et de permettre une forme de communion pour ceux et celles qui partagent le déroulé de cette narration sportive. Bien sûr parfois la narration est bancale, les histoires dispensables et le match mauvais, tout comme il y de mauvais romans et des tableaux sans âme. Je n’ai pas le souvenir d’avoir un jour rencontré un supporter soit seulement amateur d’objets ou de gestes ; ce n’est pas le ballon qui emporte les hommes, ce ne sont pas les gestes des sportifs qui renversent les esprits supporters. Je ne connais pas un supporter qui n’ait pas de récits à partager, et ces récits qui se partagent d’homme à homme sont écrits dans la langue du sport, dans le dialecte football en ce qui concerne l’euro qui se déroule en ce moment.

Fustiger la ferveur du supporter, c’est ne pas lui reconnaître sa capacité à s’émouvoir, vibrer et éprouver de l’empathie pour l’histoire qu’il regarde et pour laquelle il se passionne. Se moque t on des lecteurs passionnés qui vibre et s’émeuvent par procuration en lisant les mots d’autres personnes ?

Bien sûr on peut ne pas aimer ces histoires là, être sourd à la narration sportive, vouloir s’en démarquer par goût ou par ignorance, il est possible que l’on passe à côté de cela parce que l’on ne parle pas cette langue, mais la décence et le respect devrait conduire les uns à ne pas mépriser les autres avec tellement de morgue. On est en droit de ne pas aimer, et même de critiquer l’émotion d’autrui. Mais la mépriser c’est manquer de respect à ce qui fait le fondement de la nature humaine, c'est-à-dire manquer de respect à la capacité de l’homme à vibre et s’émouvoir.

Qu’importe l’objet qui vient mettre en résonance nos cordes sensibles, ça reste de la sensibilité. Et l’émotivité quand elle est stimulée n’a que vocation à grandir, se propager et s’affiner. Ce n’est pas parce que l’on va vibrer pour un match de foot que l’on se prive de vibrer pour d’autres choses. Il faut simplement amplifier et canaliser ce vibrato initial pour être amené à s’ouvrir à d’autres chants du sensibles.

Et c’est pour cela que j’écoute avec peine ces voix hautaines qui s’élèvent pour moquer la doxa qui s’émeut. J’ai l’impression que cela scelle dans mon esprit la conviction d’une société malade alors qu’en éternel optimiste je voudrais croire en un espoir pour nous.

De l'histoire, toujours des histoires, drame ou comédie, toujours des histoires oui

De l'histoire, toujours des histoires, drame ou comédie, toujours des histoires oui

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Sport, #Réflexion

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SEP-yeah sépia 09/07/2016 22:39

Fine analyse. Hauteur, Gégé.
Pisse. Démagogie. Cucul la praline. s'émouvoir, l'empathie, un espoir pour nous, tralala lala....
Allez, allez !